Manga
RAPPA – FURYO NINJAS : bagarres bavardes ?!
Tout est dans le titre : importer le ninjutsu chez les voyous. Comment gérer grosses bastons et discrétion ? Premier tome disponible chez Kazé Manga.

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Je suis toujours prêt à lire un manga qui propose un concept bien décalé en guise de pitch. Le succès du manga en France s’explique d’ailleurs par ce dynamitage répété des barrières entre les genres et les univers de fiction. La bande-dessinée franco-belge et le comics ne savaient pas souvent le faire, même si l’audace est plus souvent de mise depuis la méga-baffe Mutafukaz. Mais le Japon-what-the-fuck garde quand même une belle longueur d’avance.
RAPPA pose les bases habituelles du manga de furyos : des clans s’opposent dans un lycée privé qui rassemble les pires raca… les meilleurs bagarreurs du coin, ceci dit au beau milieu d’élèves normaux (et non pas dans un lycée déchiré du sol au plafond comme le veut l’une des traditions du genre). Le boss de la ville, Endo, est un grand costaud guidé par son sens de l’honneur et de la justice, quitte à humilier les keums qui s’en prennent pour rien aux élèves herbivores.


© EIJI HASHIMOTO (AKITASHOTEN) 2025
Et comme il a déjà éteint tout le monde, il glande en attendant un nouveau challenger. Un petit blond nommé Ichiya vient alors siffler la fin de la récré, car comme Endo il maîtrise une capacité spéciale.
C’est donc là que débarquent les arcanes secrètes du ninjutsu, livrées en un seul exemplaire à certain.e.s élèves. En gros, à chacun.e son super-pouvoir unique, qui dépend simplement du clan dont il est l’héritier : maîtrise de la fumée (dissimulation / protection) ou des ombres (invocation de pièges), etc. Le mangaka, Eiji Hashimoto est connu en France pour Chiruran. Et il pioche en effet le lore de cette nouvelle série dans le Japon féodal et ses clans, fidèles au pouvoir central ou au contraire rebelles.

© EIJI HASHIMOTO (AKITASHOTEN) 2025
Ce background demande un minimum de culture historique pour être entièrement apprécié, et là où un adolescent japonais aura automatiquement les références, ce ne sera pas forcément le cas à l’étranger. Ce qui n’a rien de gênant pour apprécier RAPPA, disons que c’est 10% du sous-texte qui risque de vous échapper.
Après tout, on ouvre RAPPA pour la baston et là c’est plutôt bien servi. L’ambiance graphique est top, avec un trait chargé et toute la puissance nécessaire quand le cardio des protagonistes est mis à l’épreuve. On découvre rapidement de multiples adversaires ou alliés potentiels, tandis qu’un tournoi pointe à l’horizon. Pas la peine d’étaler ici les objectifs de cette compétition, l’essentiel étant qu’ils se mêlent naturellement au lore de la série, et à ses racines féodales.


© EIJI HASHIMOTO (AKITASHOTEN) 202
Le vrai problème de ce premier tome, c’est la narration. Il faut dire les termes : c’est pas très bien raconté. Ou plutôt : le lecteur est trop pris par la main. Il y a trop d’explications et d’effets d’annonce, en dialogues ou en pensées, que ce soit à propos des enjeux du scénario, du caractère des personnages et de la mise en œuvre des pouvoirs.
C’est dommage, parce que sur le papier, tout cela tient bien la route, les idées sont cool, par contre dans un premier tome qui sert avant tout à introduire ces idées, cela fait une MASSE d’infos qui passent au final par des prises de parole, et non pas par la mise en scène, les cadrages ou le découpage.
Ce qui fini par affaiblir la dynamique que l’on ressent avec ce premier tome. Sachant que RAPPA en compte déjà sept de plus au Japon, on attend la suite pour savoir comment Eiji Hashimoto s’en est sorti sur la durée.
Scénario et dessin : Eiji Hashimoto
Éditeur : Kazé Manga
Tome 1 disponible
Prix : 7,29 €

