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Manga

KAMAKURA BAKENEKO CLUB

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Daisuke Igarashi, mangaka culte des Enfants de la mer et invité de choix l’été dernier à Japan Expo, vous invite dans la région de Kamakura pour explorer cent contes fantastiques sur le thème des chats.

©Daisuke Igarashi/Kodansha.Ltd

Soyons honnêtes, votre humble serviteur n’est ni un fan de félins domestiques et encore moins du « cat-porn » qui s’est emparé du manga dès le milieu des années 2000. Car on en a bouffé à toutes les sauces, publiées de façon industrielle au Japon avec une frénésie de traductions en France, témoignant de l’attrait culturellement croissant en Europe pour les chats. Et dans la masse (on doit approcher désormais les quatre-vingt titres en France), d’immenses mangakas y sont allés de leurs points de vue tels Junji Ito (Le Journal des chats) ou Tayô Matsumoto (Les chats du Louvre). Il faut bien reconnaître que ce foisonnement de greffiers en manga n’est pas seulement le reflet d’un opportunisme commercial : les chats prennent une place énorme dans le quotidien des Japonais. Et à Daisuke Igarashi, autre mangaka qui n’a jamais versé dans le « commercial », de tenter d’illustrer pourquoi à travers la place très importante des chats dans le folklore nippon.

©Daisuke Igarashi/Kodansha.Ltd

Kamakura Bakeneko Club se présente ainsi comme une collection d’anecdotes fantastiques très courtes racontées le plus souvent pas les clients du Kamakura Neko Club, une boutique-salon de thé qui vend des objets artisanaux autour des chats. La boutique est tenue par Maya et Gakuto, un « couple » un peu étrange qu’Arisa, une cliente qui squatte quotidiennement le lieu pour télé-travailler, soupçonne d’être en réalité des chats. Les clients, égarés, sont souvent à la recherche du Bakeneko Club, un lieu qui, selon la légende urbaine qui l’entoure, permet à des maîtres de retrouver leurs chats disparus… Puis chaque client raconte son histoire de matou, quand ce ne sont pas directement Maya ou Gakuto, véritables puits de science au sujet des chats.  Chats protecteurs, chats fantômes, chats qui parlent, chats-dieux, chats démons… constituent au fil des pages une mythologie foisonnante, captivante et très ancré dans une réalité qui semble hyper documentée. Daisuke Igarashi nous emmène en effet dans les légendes qui entourent les temples (dûment restituées dans ses planches) de la province de Kamakura ou illustrent des explications passionnantes sur les rôles symboliques ou pratiques des chats dans l’histoire de la région. Vous apprendrez par exemple que les chats mâles tricolores sont extrêmement rares et pourquoi.

©Daisuke Igarashi/Kodansha.Ltd

Le principe du récit-cadre (la boutique, Maya, Gakuto et Arisa qui écoutent ou racontent ces histoires) pourraient vite devenir répétitif et ennuyeux mais Daisuke Igarashi sait distiller les informations et dérouler une intrigue autour de ces personnages. Si, dès les premières pages, on donne raison aux soupçons d’Arisa tellement Maya et Gakuto sont « félins » dans leurs comportements, on est tenu par un suspense étonnant quand le mangaka prend de temps de dérouler le récit de leur rencontre et de leurs origines.

Au-delà du sujet et de l’approche narrative du manga, le style d’encrage si particulier du mangaka, foisonnant et vibrant comme s’il terminait son dessin « rough » à l’encre, participe beaucoup au réalisme qui le caractérise. Son travail sur les trames et les textures hachurées, particulièrement denses lorsqu’il est en recherche de contrastes subtiles, est également tout à fait unique. Même s’il ne les déploie plus de façon aussi spectaculaire que dans les scènes sous-marines des Enfants de la mer, on retrouve cette recherche de cinquante nuances de gris dans les scènes nocturnes. Cette identité graphique très spécifique, à l’instar d’un Tayô Matsumoto justement, vaut à elle seule le détour. Kamakura Bakeneko Club est un manga à l’image de son épicentre, un endroit cosy, relaxant, instructif, mystérieux et jamais ennuyeux. Ultime preuve de qualité, le titre est prévu en quatre volumes donc garanti sans gras et sans sucre ajoutée.

©Daisuke Igarashi/Kodansha.Ltd

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