Manga
L’archange de la décapitation
Un josei sanglant, avec un punisher habillé de soie et de velours, face à des nobles qui abusent de leur pouvoir. La série est bouclée en cinq tomes au Japon, et vient déclencher la guillotine via Delcourt / Tonkam.

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L’histoire débute à la veille de la révolution française, au printemps 1787. Saint-Just est l’enfant d’un noble, pourtant il déteste ces gens qui trônent au sommet de la hiérarchie sociale. Peut-être parce qu’en réalité, son père est un homme du peuple qui a acheté son titre de noblesse ? En tous cas, Saint-Just va bientôt avoir de vraies raisons de les haïr. Quand une personne qui lui est chère est victime de cette caste intouchable, quelque chose craque en lui, et il va dédier sa jeunesse à une vengeance par le sang…
C’est avec curiosité que l’on a ouvert le premier tome de L’archange de la décapitation. Une série classée josei au Japon et publiée par Comic Tatan, un magazine en ligne des éditions Coamix qui s’aventure souvent assez loin de l’image que l’on se fait (à tort, donc) du manga féminin. On y trouve par exemple Replica, Make up with mud, On n’est pas ensemble et La sorcière du château aux chardons.


DANTOU NO ARCHANGE ©2022 by MEIJI MEROU AND SORA KARIN/COAMIX
La beauté androgyne de Saint-Just prend un aspect plus inquiétant quand il dévoile son obsession, une sorte de guerre totale contre la classe dominante. Et il n’y va pas avec le manche du couteau. La brutalité de certaines scènes est une réponse à la brutalité des rapports sociaux, et à celle qui percute de plein fouet les femmes. Par contre, ne vous attendez pas pour le moment à des envolées de finesse d’écriture. Ce n’est pas la voie choisie par les autrices.
La bourgeoisie est peuplée d’horribles pervers qui s’amusent à rouler en carrosse sur les enfants des rues et à violer les jeunes femmes, en ricanant de plaisir et de toute-puissance. Les victimes ont de vraies séquelles et symbolisent l’innocence détruite. Quant à Saint-Just, il cherche à rétablir la justice, en mode œil pour œil, intestin pour intestin. Bref, c’est tout blanc d’un côté, tout noir de l’autre, et le héros est au milieu, à tremper dans les zones grises (et rouge profond) de la morale.


DANTOU NO ARCHANGE ©2022 by MEIJI MEROU AND SORA KARIN/COAMIX
Cette simplicité, voulue par les deux autrices de la série, c’est pas un problème en soi une fois que l’on est prévenu. Cela permet un récit fluide, rythmé, facile à lire et ponctué de scènes qui soulagent (si toutefois vous adhérez aux principes de Saint-Just). Le dessin est tour à tour angélique et inquiétant, avec ce qu’il faut de travail sur les décors. Et on retient qu’elles ne plaisantent pas avec les conséquences de la violence : les victimes ne sont pas effacées du récit une fois le pire arrivé. Brisées, elles sont toujours là.
Le dernier chapitre vient faire du teasing en introduisant de célèbres personnages historiques. Et là, vu les noms mis sur la table, on se demande si au prochain tome ils vont apporter des nuances au propos, et contrebalancer les actions de Saint-Just, ou si la terreur va monter d’un cran. Disons qu’il est peu probable que les autrices tiennent une ligne bulldozer pendant cinq tomes, à un moment donné, il va falloir redistribuer les cartes et c’est ce qu’annonce la dernière ligne droite du premier tome…
Scénario : Karin Sora
Dessin : Meiji Merou
Éditeur : Delcourt / Tonkam
Tome 1 disponible
Prix : 8,50 €

