Interview
Sweet Konkrete : interview de Senchiro
Quatre ans avant No Devil, Senchiro signait Sweet Konkrete, son premier manga en trois tomes aux éditions Kana. Mêlant action, révélations, immersion et d’autres noms en « -tion », ce shônen 100 % français propose aux lecteurs une plongée réussie dans un décor urbain et hostile : celui de la Citadelle !

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En cherchant à découvrir la vérité derrière la mort de son père, Asa, une policière fonceuse et frondeuse, se retrouve plongée au cœur de la Citadelle. Endroit de Cielazur à propos duquel les autorités maintiennent un secret absolu, la Citadelle se révèle être un ghetto dont les habitants vivent au jour le jour. Asa devra compter sur l’aide de Diego, un mercenaire, et Kenotte, une petite fille curieuse, pour en percer tous les secrets… Dans ce premier tome, Senchiro plante le décor de son shônen urbain autant qu’il pose de questions : de quoi donner envie d’obtenir des réponses dans le tome deux !
Retour sur la création de cette série pétillante et décapante !

© SENCHIRO – KANA (DARGAUD-LOMBARD SA)
Sweet Konkrete est ta première œuvre publiée par un éditeur. Pourrais-tu nous raconter ton parcours avant d’être édité ?
J’ai commencé à dessiner quand j’étais petit, en découvrant les dessins animés à la télévision comme Pokémon, Yu-Gi-Oh… Puis, quand je suis arrivé au lycée, je me suis mis à dessiner des pages de mangas tous les jours. À la fac, j’avais déjà 400 ou 500 pages dessinées au compteur ! J’ai ensuite travaillé comme illustrateur, notamment pour la Cité des Sciences et la librairie Le Renard Doré à Paris.
Qu’est-ce que ta collaboration avec la librairie Le Renard Doré t’a apporté ?
Cela a été l’occasion de tester plein de choses ! Mickaël (le gérant), pour chaque projet, avait des références et des inspirations différentes. Je me suis laissé guider par ses envies pour tester des techniques que je n’avais pas l’occasion d’utiliser. Quand il m’a proposé de faire les portraits des libraires à l’époque, il fallait jouer sur le clair-obscur mais j’ai aussi dû en réaliser d’autres dans le style Alfons Mucha que j’aime beaucoup.
Depuis combien temps travailles-tu sur Sweet Konkrete ?
J’ai eu les premières idées pour Sweet Konkrete en 2017. J’ai signé mon contrat fin 2019 mais, comme il y a une enquête policière dans l’histoire et qu’on avait signé pour trois tomes, mon éditeur voulait le scénario des trois albums avant que je n’attaque le dessin. Je n’avais jamais écrit de tomes avant de les illustrer et réussir à réfléchir à tout avant de dessiner les personnages en situation n’a pas été évident !


© SENCHIRO – KANA (DARGAUD-LOMBARD SA)
Comment as-tu trouvé le titre de ta série ? Un rapport avec le mot « concrete » (« béton » en anglais) ?
Tout à fait ! Je voulais à la fois un côté « béton » – pour la ville – et un côté magique dans le titre. Je cherchais un mot en anglais qui sonnait bien avec « concrete » et, j’ai trouvé « béton sucré » puis « sweet concrete » qui sonnait bien à l’oreille. « Béton sucré », c’était complètement absurde, illogique, et je me suis dit que cela représentait bien l’aspect magique, loufoque de la Citadelle
Pourquoi avoir fait le choix d’un environnement carrément urbain ?
Ma toute première inspiration c’était une vidéo sur les endroits les plus densément peuplés du monde dont la citadelle de Kowloon à Hong Kong. Je me suis dit que j’avais envie de créer un projet avec un tel univers. J’ai toujours été fan des films d’action hongkongais, des environnements urbains avec des néons, des petites ruelles… Depuis tout petit, j’adore aussi me balader dans les villes médiévales. Comme les rues y sont assez serrées, on a l’impression que le décor nous entoure, qu’il est vraiment présent.
Tes décors sont d’ailleurs très réussis, immersifs. Comment les travailles-tu ?
Ce sont les villes médiévales qui m’inspirent. J’essaie de trouver l’angle, la composition adéquate pour donner l’ambiance que je souhaite. Au moment de la composition, je n’utilise pas de références mais des formes géométriques que je place et que j’affine. Finalement, je pars de quelque chose d’abstrait pour le rendre cohérent.
Tu as fait le choix de mêler enquête policière et magie dans Sweet Konkrete. Pourquoi un tel mélange ?
L’enquête policière, c’est pour le mystère. J’aime beaucoup les intrigues avec une question qu’il faut résoudre. La magie me vient d’Alice aux pays des merveilles et d’Harry Potter que j’adore car j’ai grandi avec. La Citadelle, au début, s’inspirait de Kowloon avec un petit côté fantastique qui arrivait beaucoup plus tard dans le scénario. Mais je me suis dit qu’il manquait quelque chose pour que ce soit intéressant. L’idée de rendre la Citadelle magique est venue en écrivant une phrase : « La Citadelle est une ville sans foi ni loi où même les lois de la nature ne s’appliquent pas. »

© SENCHIRO – KANA (DARGAUD-LOMBARD SA)
Au final, comment t’est venue l’idée d’un trio de personnages atypique comme noyau de l’histoire ?
Le duo Asa / Diego a toujours existé car j’ai toujours aimé les histoires en duo. Kenotte est arrivée dans la deuxième version du projet seulement. Quand je l’ai ajoutée, le groupe fonctionnait encore mieux : Asa et Diego ne s’entendent pas du tout et n’arrivent pas à coopérer tandis que Kenotte, c’est la gamine qui rajoute la couche de trop. (rires)
Et que nous réserves-tu pour le second tome ?
Il y aura toujours l’enquête policière avec le questionnement d’Asa mais ce tome sera beaucoup plus centré sur l’action. Concrètement : plus d’action, moins de bla-bla ! Plus de shônen, plus de bagarre ! (rires) Mais il y a quand même de la réflexion avec de bonnes révélations.
Propos recueillis par Julie Carrasco le 27 mai 2022. Remerciements à Camille Claude.
Pour en savoir plus sur No Devil, notre critique du premier tome est juste ici. Et vous pouvez suivre Senchiro sur son compte X et sa page Instagram.

