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Interview

The regalia of the underdog : interview de Shinachiku

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Son expérience d’assistant sur MHA, la création des personnages, sa vision du shônen, etc. : le mangaka vous dit tout !



Vous avez lu notre critique de The regalia of the underdog ? Envie d’en savoir plus ? Voici une sélection de questions / réponses avec Shinachiku, extraites du dossier de presse confectionné par Glénat Manga pour la sortie du premier tome. Ancien assistant de Kôhei Horikoshi sur My Hero Academia, Shinchaku livre ici des clés essentielles pour mieux apprécier sa série. Et comprendre à quel point elle lui ressemble…

Shinachiku : The Regalia of the Underdog est un manga qui explore la question : Que faut-il pour qu’un “underdog”, un faire-valoir, devienne un héros ? Sa particularité réside dans l’inversion des rôles entre le héros et les personnages secondaires, afin d’apporter un nouveau regard sur le shonen classique.

Parce que ça prête plus au rêve. Pour moi, un manga shonen illustre des idéaux et des souhaits, des “Ce serait bien si…”. Le héros est celui qui réalise ses rêves. Je ne suis plus un ado, mais je continue à admirer cette figure du héros. Or, dans la plupart des mangas shonen, le héros possède un pouvoir particulier, il est bienveillant, soutenu par beaucoup de gens et occupe une place centrale dans son univers.

À l’inverse, un personnage arrogant comme Tarte, qui abuse d’une autorité empruntée à d’autres, en général il sert uniquement à mettre en valeur le héros. Il est souvent détesté ou tourné en ridicule. Même s’il évolue au fil de l’histoire, il ne surpasse jamais le héros ni ne prend sa place. Les personnages de faire-valoir des mangas shonen ne peuvent donc pas devenir des héros.

Pour quelqu’un comme moi, un individu ordinaire avec un caractère pas très agréable, c’est un principe qui manque cruellement d’espoir. Je me dis donc que si les mangas shonen sont censés représenter des rêves et des idéaux, voir un personnage comme Tarte évoluer en vrai héros, tel serait mon souhait aujourd’hui.

©Shinachiku / MAG Garden

Mon expérience auprès de Horikoshi-sensei a été fondatrice pour ce manga. Il incarne pour moi le héros idéal : talentueux, travailleur, avec un caractère en or. De plus, il est élégant, cultivé, plein d’humour et visuellement parfait. Malgré un emploi du temps infernal, il se donnait corps et âme pour divertir les lecteurs, et même épuisé, il prenait soin de nous, ses assistants.

En voyant cela, je me suis dit : “Voilà le mangaka idéal !”, tout en réalisant en même temps que je ne pourrai jamais être comme lui, ce qui m’a complètement brisé. Aujourd’hui, je continue à dessiner des mangas en me sentant inférieur en tout : talent, passion pour le manga, humanité, et pourtant, je n’arrive pas à renoncer à mon admiration. Ce manga est né d’un désir un peu pathétique : celui de consoler ce moi obstiné qui refuse d’abandonner.

J’ai choisi la fantasy pour deux raisons. La première, c’est qu’elle permet de faire coexister des personnages de héros typiques dans un même univers sans créer trop d’incohérences. Ce manga comporte un aspect “méta” : il fait apparaître en tant que personnages secondaires des figures héroïques issues de différents genres de fiction. Pour que ces personnages puissent cohabiter sans problème, il fallait un monde où l’on puisse accepter beaucoup de “mensonges”.

La fantasy est un univers entièrement fictif, ce qui permet d’intégrer aussi bien des personnages utilisant des machines que d’autres pratiquant la magie, simplement en affirmant que c’est ainsi dans ce monde. Si l’histoire se déroulait dans le monde réel ou dans un genre comme la SF, il faudrait expliquer pourquoi ces personnages existent, et je voulais supprimer au maximum ces informations parasites pour ne pas polluer le concept de ce manga.

La deuxième raison : justement parce que la fantasy est à la mode,j’allais devoir affronter de nombreux rivaux et les grands maîtres du passé. Ce manga raconte l’histoire d’un homme ordinaire qui défie les génies. Tarte doit batailler pour surpasser des rivaux talentueux et des rois légendaires.

Aujourd’hui, au Japon, avec l’essor du genre isekai, il existe une quantité énorme de mangas fantasy. Gagner en popularité dans ce contexte est extrêmement difficile. De plus, mon manga reprend des formats préétablis par de grandes œuvres du passé, ce qui entraîne des comparaisons inévitables. En tant qu’auteur sans talent particulier, plonger dans l’océan rouge* de la fantasy me permet de me rapprocher de Tarte et de mieux comprendre son combat pour devenir roi.
*En économie, désigne un environnement de concurrence acharnée

©Shinachiku / MAG Garden

Je n’ai pas de souvenir d’un obstacle ponctuel, mais je rencontre un problème persistant : je n’arrive pas à être vraiment passionné par le fait de dessiner des mangas. Je suis constamment tiraillé entre deux pensées : “Je veux me rapprocher de l’idéal du mangaka, comme maître Horikoshi,” et “C’est trop contraignant, je n’ai pas envie de dessiner”. Je continue à travailler sans avoir tranché ce conflit intérieur. J’aimerais moi aussi ressentir un plaisir irrésistible à créer des mangas, mais je n’ai toujours pas trouvé de méthode efficace pour y parvenir.

Je n’ai pas vraiment de préférence particulière quand je suis en train de dessiner. Peut-être les combats, mais je pense surtout que je me mets à aimer les scènes que j’ai réussi à bien dessiner.

Peut-être Kajira, car il est à lui seul un condensé de tous les héros des shonen que j’admirais dans mon enfance. Il représente mon admiration passée pour les héros. Cependant, je n’ai pas encore totalement saisi les personnages que je suis en train de dessiner. Au moment de les créer, je décide d’un concept et je ne développe pas vraiment le reste. Je suis donc toujours en train d’essayer de les comprendre, pour pouvoir les apprécier.

©Shinachiku / MAG Garden

Aucun. Quand on possède, comme Tarte, quelques avantages ou armes, on souffre du décalage entre ses idéaux et la réalité. À l’inverse, si l’on détient une puissance écrasante comme les personnages secondaires, on subit la responsabilité et la pression liées aux attentes des autres. C’est pourquoi je pense que n’avoir aucun pouvoir est la meilleure façon de vivre heureux. Je préfère être un citoyen ordinaire, spectateur des efforts des héros.

Je ne sais pas trop… La première raison était toute simple :j’avais envie d’essayer. C’était une motivation assez légère. En réalité, cet alphabet Astoria n’est pas d’une grande qualité en tant qu’écriture inventée. Une autre raison est que j’éprouvais un certain malaise à voir des lettres réelles utilisées dans un monde fictif. Il y avait donc sans doute le désir de construire un univers cohérent.

Je ne pense pas que je sois en mesure de créer un monde ou des personnages parfaits dès le premier jet. Chercher la perfection et la précision, c’est en quelque sorte tenter de dépasser ou de s’affranchir de la condition humaine. Quand l’œuvre d’un homme atteint ce stade incroyable, elle provoque une forte émotion, une admiration mêlée de crainte face à ce qui semble inhumain. À l’inverse, accepter l’imprécision et l’approximation revient à reconnaître et accepter notre humanité. Se dire que l’humain n’a pas besoin d’être parfait apporte un sentiment de réconfort et de bienveillance. Je crois que la création de cet alphabet reflète à la fois mon désir de viser la perfection et mon côté flemmard qui me souffle d’être un peu plus libre et nonchalant. Et ce mélange se retrouve sans doute non seulement dans l’alphabet, mais également dans l’ensemble de l’œuvre.

Le premier chapitre de 75 pages de The regalia of the underdog est à découvrir sur Glénat Manga Max.

Shinachiku poste sur X, alors donnez de la force à un auteur qui entame une seconde vie comme son héros !!

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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