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Planètes : une odyssée pour aigrettes intrépides
Présenté en 2025 à la Semaine de la Critique à Cannes, primé au Festival d’Annecy, Planètes, le premier long-métrage de la plus française des réalisatrices japonaise, Momoko Seto, est disponible en vidéo. Retour sur une façon unique de faire du cinéma et de l’animation.

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Espace, temps, matière
Momoko Seto s’est taillée une grosse notoriété dans la sphère du court-métrage depuis vingt ans. À la croisée des arts plastiques du cinéma expérimental et du cinéma d’animation, elle a développé un univers et des techniques spécifiques aux thèmes qui l’obsèdent. La transformation, l’évolution et la confrontation du minéral et du vivant, faune comme flore.
Si ses premières œuvres s’intéressaient surtout à la physique des minéraux (dont le désormais célèbre Planète A, son premier court-métrage également proposé dans cette édition vidéo pour mesurer le parcours de l’artiste), elle a ajouté progressivement depuis vingt ans des végétaux, des insectes et des animaux à ses œuvres.
Mais de quoi parle-ton exactement ?
Momoko Seto travaille des scénarios parfois abstraits, parfois narratif, avec des éléments naturels qu’elle va mettre en scène avec diverses techniques. Dans Planète A, en 2008, elle avait filmé des larges surfaces de cristaux de sel en plan macro et en time-lapse. L’évolution lente des structures des cristaux, en fonction de l’humidité, de la température, a été photographié sur le temps long. Les prises de vue, une fois accélérées, évoquent un paysage extra-terrestre qui colonise son environnement. Depuis ces premiers essais, très visuels, mais difficiles à appréhender pour un public profane, Momoko Seto s’est donnée d’autres défis. On pense notamment à son court documentaire (Arekara en 2013) sur les conséquences matérielles du Tsunami qui a ravagé la région de Fukushima en 2011.
Mais tous son parcours dans le champ du court-métrage, pétri de réflexions sur la disparition et la préservation de la nature, l’a conduite à se lancer dans un projet titanesque de long-métrage.
Arekara, court-métrage documentaire de 2013
Flocons voyageurs
Pour Planètes donc, la réalisatrice sort de l’expérimentation en format court pour mettre en scène une véritable épopée. Pour cela elle s’est entourée d’une vaste production, de musiciens, d’animateurs, de spécialistes d’effets spéciaux visuels, de décorateurs, de botanistes, d’entomologistes, de photographes… mais surtout, pour commencer d’Alain Layrac, un scénariste, pour structurer le voyage interplanétaire de quatre pappus. Quatre quoi ? – Quatre PAPPUS. Il s’agit des petites touffes de poils de soie qui couronnent les fleurs de pissenlit et qui une fois dispersées par le vent, permettent à l’espèce de se reproduire. Heureux et accrochés au départ à leur fleur, ils échapperont de peu à une pluie de météorites qui va ravager leur planète. Les voilà perdus dans l’espace, avant de l’échouer sur un autre monde où ils vont partir en quête du coin idéal pour enfin se planter et reprendre le cycle de vie de leur espèce.
Il s’agit bien d’un film muet mettant en scène des aigrettes (autre nom des pappus), perdues au milieu d’une nature souvent hostile. Planètes se situent complètement dans la veine de Microcosmos, la référence des films fictifs et poétiques sur la flore et les insectes ou encore de Minuscule : la vie privée des insectes, la série comme le film La Vallée des Fourmis perdues.

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Un marathon de patience
Le mélange de techniques distingue néanmoins Planètes de ses illustres ainés. Il y a un travail d’animation sur les pappus et parfois de éléments de décors, intégré des environnements naturels filmés en prises de vues réelles dont le time-lapse qui permet par exemple de faire pousser des champignons, comme des entités oppressantes, en quelques instants. Les créatures croisées par notre quatre héros fragiles sont souvent des insectes ou des animaux (limaces, papillons, batraciens…) également filmés à différentes vitesses. Chaque plan du film est ainsi un composite complexe de différentes sources : animation, décors filmés, être vivants et minéraux, filmés en temps réel, en time-lapse ou au ralenti, effets spéciaux…
Le résultat est une expérience riche en émerveillement, en contemplation, en poésie mais aussi en action et en suspense. À ce titre, le making-of qui accompagne le sortie vidéo permet de comprendre la fabrication très particulière du film et de mesurer les efforts non pas en moyens (relativement dérisoires) du film, mais bien en temps et en patience pour mettre en boîtes la pousse de végétaux en time-lapse ou capter comme souhaité des comédiens aussi capricieux que des insectes. La production s’est en effet déroulée sur plus cinq années.
Qui dit film sans dialogues dit une attention particulière dédiée au son et à la musique. Objet d’une recherche de sonorités très poussée, le score de Planètes (signé Quentin Sirjack, Nicolas Becker et Eddie Ruscha) est une œuvre pleine et complète en soi, hyper créative et cinématographique, qui souligne très justement l’ambition du film.
Outre le making-of et le court-métrage Planète A, un long entretien de Momoko Seto complètent les bonus du DVD comme du Blu-ray (éditions Blaq Out, 20 euros chaque format). À voir absolument si vous souhaitez ne serait-ce qu’élargir votre horizon artistique.


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