Manga
HARE KON, la polygamie oh oui oh oui ?!
Repeupler le Japon en autorisant les hommes à épouser plusieurs femmes ? C’est absurde, mais au moins cela fait un bon pitch pour une romcom rythmée par les disputes et les portes qui claquent. Série en cours, avec déjà neuf tomes disponibles chez Noeve Grafx.


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La sortie en France de Hare-Kon n’a pas le buzz du siècle si on en croit les mentions sur les réseaux sociaux (rappel : Twitter ce n’est pas la vraie vie). Son concept un rien provocant promettait pourtant le contraire. Du côte des médias, on a aussi lu quelques critiques en mode « moui-non, mais c’est sexiste quand même » (pour résumer). Cela se comprend, Hare-Kon ne s’affichant pas de façon limpide du côté des mangas féministes / émancipateurs.
Les bases de cette histoire n’en sont pas moins chargées sur le plan sociétal et politique : une jeune femme surendettée accepte à regret d’épouser un mec qui se sent tout-puissant et qu’elle ne peut pas sentir, et en bonus elle doit supporter une vie à quatre, avec ses deux autres amantes. À partir de là, l’autrice ne transforme pas son manga en plan pour décapiter le patriarcat (qui de toute façon n’est même pas le sujet de l’histoire). Hare-Kon est avant tout un divertissement sur les relations polyamoureuses, ce qui n’empêche pas NON d’aborder d’autres sujets intéressants au fil du récit.


©Non / KODANSHA LTD.
Hare-Kon est ainsi un mélange de problèmes de société, d’humour cinglant, et de harem romcom sous emprise du mâle dominant (ou pas, ça dépend des moments et des protagonistes). Le tout sur un rythme de drama sentimental avec des rafales de rebondissements.
L’héroïne, Koharu, n’a pas eu de chances avec les mecs. Alors elle retourne se mettre au chaud chez ses parents, puis le ciel s’écroule deux fois de suite sur son joli minois : primo, sa famille risque de tout perdre à cause d’une énorme dette, secundo sa ville natale est la première du Japon à expérimenter la polygamie légale. Une idée que l’autrice a sans doute puisé dans l’actualité nippone, sachant que certains politiciens ont fait du bruit avec. Notamment Yusuke Kawai, un humoriste qui s’est lancé en politique (déguisé en Joker), et qui proposait de relancer la natalité grâce à la polygamie. Ensuite, ce clown de Kawai est passé à l’extrême-droite pour s’en prendre aux immigrés.


©Non / KODANSHA LTD.
Mais bref, retour au manga. Entre en scène un bel inconnu, Ryûnosuke. Il propose d’éponger la dette si Koharu accepte de devenir sa troisième épouse. C’est évidemment hors de question, sachant qu’elle a déjà eu son lot de déceptions amoureuses… et de sales types. Parce que même si Ryûnosuke a un côté insaisissable, tour à tour émotif et dominateur, doux et manipulateur, il faut bien avouer qu’au début de l’histoire la mangaka ne l’a pas gâté, et qu’on a une envie pressante de l’envoyer jouer dans le mixeur.
Deux-trois mauvais coups du sort plus loin, Koharu finit par épouser ce play-boy des champs (l’histoire se déroule dans une petite ville). Et comme si ses ardeurs et ses comportements toxiques ne suffisaient pas à lui mener la vie dure, la petite dernière doit aussi se coltiner Yuzu et Madoka, les deux autres épouses qui traitent Koharu en pestiférée. Madoka est une beauté froide et cérébrale, Yuzu est sexy et parle fort (et mal). La série étant bouclée en vingt tomes au Japon, ces deux stéréotypes auront ceci dit le temps d’évoluer, ainsi que de dévoiler leurs failles et leurs manques affectifs.


©Non / KODANSHA LTD.
Tout est donc en place pour que la demeure de Ryûnosuke soit le champ de bataille de crises de jalousies sanglantes, de chantage, de gags, de scènes de douche et de soirées toc-toc-ouvre-moi-j’ai-envie-de-toi. Koharu ayant ce qu’on appelle un gros caractère, elle ne se laissera pas faire. Mais NON dépeint aussi une femme jeune, qui manque d’expérience et ne comprend pas toujours ses sentiments. Et donc un peu paumée face à Ryûnosuke et son emprise, mais aussi face aux moments où il semble désarmé…
Durant les premiers tomes, l’autrice y va fort pour bousculer son héroïne et poser les autres personnages. Comme s’il avait fallu pousser tous les curseurs à fond, faire sortir le pire de chacun.e, avant de faire remonter à la surface des émotions et des portraits mieux équilibrés, pour dépeindre un homme et des femmes, tous plus ou moins malheureux en amour mais qui cherchent quand même l’âme sœur.


©Non / KODANSHA LTD
N’oublions pas qu’il s’agit d’une comédie, franchement drôle grâce au peps et à la candeur de Koharu, et au rythme qui ne faiblit pas en matière de rebondissements oh-la-la-mais-c’est-pas-possible. Et l’on est très curieux de savoir comment vont s’achever ces relations volcaniques, comment la mangaka va gérer ses propos sur le polyamour, et si il y a quelque chose à sauver chez Ryûnosuke…
Scénario et dessin : NON
Éditeur : Noeve Grafx
Tome 9 disponible
Prix : 8,95 €

