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Manga

Junji Ito : triple actu pour le maître de l’horreur.

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Les éditions Mangetsu poursuivent leur travail d’édition et de réédition du mangaka à l’univers le plus angoissant de la galaxie. Un artbook et deux recueils inédits, dont un pour la première fois en couleur, vont ponctuer votre automne de sueurs bien froides !

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Commençons par Cimes Spectrales, un recueil où Junji Ito partage l’affiche avec quatre autres mangakas au service d’histoires courtes imaginées par Junpei Azumi. Cet auteur de romans et de nouvelles fantastiques s’est taillé une réputation de maître de l’angoisse avec des récits situés toujours en altitude. Compilant des anecdotes qu’il a entendu autant au coin du feu, dans des refuges de montagne ou issues de son imagination fertile, ses Chroniques paranormales de la montagne l’ont rendu célèbre dès 2004.

Dans Cimes Spectrales, cinq mangakas se relaient donc pour mettre en images des histoires dont le réalisme et le caractère finalement assez peu spectaculaire les rendent d’autant plus dérangeantes. Des marcheurs isolés croisent un randonneur au visage effrayant qui se met à les poursuivre. Toujours dans des endroits dangereux, escarpés, leur panique provoque une chute mortelle. Un guide de montagne sort d’un refuge pour aller chercher un retardataire perdu dans la tempête. Le retardataire rejoint seul le refuge, le guide ne reviendra que sous la forme d’un écho, une voix qui vient hanter les survivants. Un promeneur perdu tombe sur un vieux télésiège rouillé qui se remet en marche. Un campeur est témoin d’un étrange feu de camp où tous les disparus de ce bras de rivière réputé périlleux viennent se raconter leurs morts…

© 2025 JI Inc./Asahi Shimbun Publications Inc.

Pas de monstres, pas de démons, pas de phénomènes hautement surnaturels. Chaque expérience peut être le fruit d’un accident ou des hallucinations ou de la folie des protagonistes. Et c’est bien grâce à cette sobriété que ces récits pénètrent bien plus profondément dans notre âme et notre imagination. Il y a peu de distance entre les pages les plus graphiques et fantastiques de ce recueil et les anecdotes (ou légendes rurales ou urbaines) les plus étranges que chaque lecteur a pu entendre dans sa vie. On applaudit ici le choix des artistes qui accompagnent Junji Ito dans cette expérience. Même si chaque style est spécifique, il se répondent à la fois par leur réalisme et par leur capacité à gérer efficacement les suspenses, suggérer l’indicible, ou donner corps aux apparitions les plus macabres. À ce titre, la violence apparaît chez Junji Ito indéniablement comme la plus graphique. On retiendra aussi les énormes qualités de descriptions chez Mimika Ito ou l’humanité profonde du récit dessiné par Akemi Inokawa tandis que le trait plus stylisé et austère de Daisuke Imai se prête merveilleusement justement au récit le plus abstrait et le plus touchant du recueil.

Bravo aussi aux éditeurs pour les compléments d’information à travers des textes pédagogiques ou ce long entretien croisé entre Mimika Ito et Junpei Azmui en personne.

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Attention, petit événement dans la bibliographie de Jinji Ito puisqu’il s’agit d’un best-of d’histoires courtes entièrement colorisées pour leur apporter ce dont le noir et blanc, qui a bien d’autres vertus dont celle du contraste, est incapable. En l’occurrence caractériser de façon unique par le choix des teintes une ambiance générale, un personnage, une créature, un détail à souligner. Soyons honnêtes, l’expérience de Dark Colors n’est pas toujours plus satisfaisante que les versions d’origine en noir et blanc. La faute à un parti pris, assumé, de privilégier des tons très peu vifs, des teintes toujours blafardes, délavées, homogénéisées, gommant les contrastes nettes, expressionnistes du noir et blanc tels que Junji Ito les pratique avec une maîtrise ultra payante. Lorsqu’on travaille dans un registre d’horreur moderne mais avec des racines plongeant aussi bien dans les nouvelles de H.P. Lovecraft que dans toute une tradition nippone de l’épouvante, on ne triche pas avec la notion de gothique. Même quand le récit se situe dans une banalité quotidienne et contemporaine, le noir et blanc demeure une arme redoutable pour faire basculer la réalité triviale du récit et faire accepter au lecteur un cauchemar totalement baroque, des formes horrifiques exubérantes, qu’ils soient mis en scène dans des figures gigantesques (les transformations spectaculaires de Tomie dans Le Moût par exemple ou La créature échouée qui donne son titre à une histoire de ce recueil) ou des petits détails anatomiques (les escarres des malades dans le Petit conte hémorragique d’Hirosuna).

Avec la couleur, on perd paradoxalement la force des explosions d’horreur qui font le sel des récits de Junji Ito. Pour capter autre chose : le malaise.

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Le travail de la couleur qui parcourt ce recueil renoue en effet avec un autre aspect proéminant de H.P. Lovecraft, son art d’installer une ambiance poisseuse, contaminée, éternellement nocturne et terne, même en plein jour. Même quand il s’agit de sang (l’élément horrifique par excellence qui perd son impact en noir et blanc), il est ici travaillé dans des rouilles et des bruns qui contrastent peu avec le décor et les personnages. Les ciels sont toujours gris, les nuits sont vertes et bleu lavasse, les surfaces déprimantes et tristes. On notera que cette édition a judicieusement aussi préféré les blancs des fonds de pages pour un jaune livide qui concourt à l’atmosphère crépusculaire du recueil. Exception notable, l’histoire du Marchand de glace privilégie des tons pastel très clairs en phase avec le thème : des enfants deviennent accrocs à une crème glacée maléfique avant de « fondre » eux-mêmes comme l’objet de leur obsession. À vous de juger du résultat, artistiquement en demi-teinte mais dans tous les cas absolument intéressant. Au-delà, rien que la qualité de fabrication du livre (le mini poster en guise de page de garde, les dorures à chaud et les vernis sélectifs de la jaquette, les suppléments toujours passionnants) suffit à en faire un indispensable pour les fans de Junji Ito qui se respectent et une excellente idée de cadeau.

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Paru en septembre dernier, The Art of Junji Ito Collection propose de plonger dans les coulisses de la seule adaptation en anime des œuvres de Junji Ito. La série, diffusée au Japon en 2018 puis proposée depuis sur Netflix et Crunchyroll, proposait douze épisodes composés chacun de deux adaptations de récits courts. Une OAV en deux parties consacrées à Tomie avait complété la série. Ce beau livre reprend chaque histoire dans l’ordre et en révèle un peu les coulisses, met en parallèle des plans clefs avec les planches qu’ils les ont inspirés, dévoilent des dessins de layout des personnages (le dessin de référence ultime avant le travail d’animation). Le livre est aussi l’occasion pour son auteur, le britannique Jonathan Clements, d’accompagner chaque histoire avec des texte qui expliquent les inspirations, les sources anecdotiques, folkloriques ou hautement culturelle, et font un formidable travaille de citations de Junji Ito lui-même. On regrette un peu le coté répétitif de la structure du livre, y compris dans sa mise en page mais ne serait-ce que pour le documents et dessins de production du studio Deen, cet ouvrage complète merveilleusement le artbook officiel du mangaka paru en 2023.

© 2025 JI Inc./Asahi Shimbun Publications Inc. © JI Inc./Asahi Shimbun Publications Inc. The Junji Ito Collection Production Committee.

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