Anime
Pourquoi il faut aller voir ChaO au cinéma ce week-end ?
ChaO est une perle de plus à ajouter au palmarès de Studio 4°C, mais le film ne va pas rester éternellement en salles et mérite tout notre soutien !

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#1 Une folle réécriture de la petite sirène
ChaO est une libre et lointaine adaptation du conte d’Andersen. Dès les premières minutes du film, ne soyez pas étonnés de voir de jolis cours d’eau bleutés, suspendus dans les airs, circuler et traverser une immense ville portuaire. Dans cette fable moderne, les humains et les créatures marines cohabitent… bien qu’il reste des tensions à apaiser, car les bateaux de pêche sont parfois dangereux pour les habitants de l’océan.
Stephan est un simple employé dans la construction navale, un type anonyme et un peu maladroit. Il a conçu un mode de propulsion pour les bateaux qui pourrait aider à préserver la faune marine. Mais son patron ne veut pas en entendre parler et va même l’envoyer frotter le ponton de son yacht pour le punir.
Contre toute attente, Chao, la princesse du royaume des sirènes, va avoir le coup de foudre pour Stephan… et là tout s’emballe. Stephan, qui n’avait absolument rien demandé, est dépassé par l’ampleur que prend leur futur mariage : c’est un événement national, et le symbole d’une réconciliation totale entre les espèces humaines et marines…
#2 Amour et dérapages au bord de mer
ChaO emprunte le chemin de la comédie romantique, à la fois chaleureuse et décalée, pour livrer au passage des messages plus profonds. Tout au long du film, c’est le grand écart, à l’image des designs dissonants de nos deux héros. Face à la pureté des sentiments de Chao, son fiancé est coincé dans des émotions complexes qui sont révélées peu à peu. Au début, leur relation est placée sous le signe du comique slapstick : avec ses deux pieds gauches, Stephan est souvent victime de cascades qu’il n’avait pas désirées, et sa maladresse s’exprime aussi avec la princesse des sirènes… C’est un gentil garçon, mais il n’est vraiment pas prêt pour une vie de couple !
Le film parle aussi bien d’une relation amoureuse, de respect et de comprendre l’autre, que d’écologie et de manipulations du destin : une fois le mariage annoncé, le patron de Stephan change d’attitude, car il comprend ce que cette situation peut lui rapporter…

© 2025 “ChaO” Committee
#3 Chaque film de Studio 4°C est un événement
Certains ont découvert Studio 4°C au milieu des années 1990, grâce à ses courts-métrages expérimentaux (Noiseman Sound Insect, Extra, etc.) mais pour beaucoup le studio a été révélé avec l’immense Memories, qui réunit en deux heures trois films d’animation différents. L’essence de ce qui allait faire le succès de 4°C était déjà là : la collaboration de grands créateurs (Satoshi Kon, Koji Morimoto, Katsuhiro Otomo, etc.), une direction artistique soignée et inventive, et beaucoup d’audace (le segment Canon Fodder consiste en un seul plan-séquence de 22 minutes).

Mind Game / ©2004 MIND GAME Project
En 2004, Studio 4°C a laissé les mains libres à Masaaki Yuasa pour réaliser son premier film, Mind Game. Résultat brut à l’écran : le long-métrage le plus cinglé jamais produit sur l’archipel, entre animation et prises de vues réelles, pour raconter une histoire d’amour impossible et une odyssée psychédélique.
Avec The Animatrix (2003), le studio prend une autre dimension, en collaborant avec une major du cinéma américain sur la plus importante franchise de l’époque (Matrix). Quinze ans plus tard, 4°C conclut un virage plus grand public (Les enfants de la mer, La chance sourit à madame Nikuko) mais sans perdre 1% de ce qui a fait sa réputation depuis ses débuts : prises de risque et exigence artistique.

La chance sourit à madame Nikuko
Et bien sûr ChaO n’échappe pas à la règle !
#4 Une direction artistique hors-normes
La folie visuelle qui coule à l’écran pendant 1h30 doit beaucoup à Hiroshi Takaguchi, qui assure la direction artistique. Il a donc défini l’univers du film, notamment la ville fictive où il se déroule :
« Je me suis beaucoup inspiré des paysages que j’ai vus à Shanghai, où je me suis rendu en repérage en février 2017. J’ai découvert une ville avec une énergie intense où se mêlent zones en développement et quartiers ayant conservé leur atmosphère d’autrefois. Je me suis demandé comment exprimer ça en images. Puis j’ai vu les personnages conçus par Hirokazu Kojima, qui m’ont beaucoup inspiré ».

© 2025 “ChaO” Committee
Ancien animateur, passé par le studio Gainax, Hirokazu Kojima a travaillé sur Gunbuster 2, Gurren Lagann et Evangelion : 3.0. Aujourd’hui chara-designer et directeur de l’animation sur ChaO, il précise son approche pour créer les deux personnages principaux :
« Je me suis en grande partie inspiré du story-board de Yasuhiro Aoki (réalisateur – Ndr), mais en ce qui concerne Stephan, qui est un personnage discret et ordinaire, j’ai dû me creuser la tête pour définir son apparence physique et sa tenue vestimentaire, afin d’exprimer cette sobriété. D’autre part, comme ce film se déroule dans une ville inspirée de Shanghai, je voulais qu’il ait des traits asiatiques. Et j’ai pris beaucoup de libertés pour la conception du personnage de Chao. Je ne voulais pas en faire une jolie fille classique comme on en voit dans tous les anime et manga. Pour contraster avec sa morphologie de poisson, je voulais qu’elle soit mince lorsqu’elle prend une apparence humaine ».

© 2025 “ChaO” Committee
L’univers graphique du film repose aussi sur des silhouettes, proportions et chara-designs des plus étranges, qu’il s’agisse des rôles secondaires ou de simples figurants qui traversent la rue. Hirokazu Kojima l’explique ainsi :
« Yasuhiro Aoki cherchait à créer un univers où se mêlent des personnages aux aspects très divers, j’ai donc eu une grande liberté pour leur conception. Ce type de design ne serait pas du tout passé dans d’autres films. La plupart du temps, on nous demande des « personnages ordinaires », mais comme il s’agissait d’une œuvre du Studio4°C , j’ai pu me libérer de cette contrainte et j’ai vraiment pris du plaisir à concevoir les personnages du film. »

© 2025 “ChaO” Committee

© 2025 “ChaO” Committee
Pour le réalisateur de ChaO, Yasuhiro Aoki, libérer ses équipes de ces contraintes est devenu une ligne directrice comme il le précise lui-même :
« Je voulais que les animateurs puissent créer librement, c’est pourquoi les personnages ne sont pas tous dessinés avec la même échelle et qu’ils sont de tailles variées. C’est en essayant de donner vie à tout ça qu’on on a atteint cette grande quantité de dessins (100 000 animations, dessinées à la main – Ndr). Mais c’est aussi ce qui donne au film toute son originalité ».
ChaO est sorti en salles ce mercredi 13 mai, toutes les séances disponibles sont répertoriées ici. Et vous retrouverez les actus du film sur le compte X du distributeur, Eurozoom.

