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Manga

Retour aux années 1980 avec DR. MASHIRITO

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L’éditeur de Dargon Ball explique sa méthode pour créer « à la Jump », et raconte les coulisses de la vie de mangaka. Ce sont Les techniques de manga ultimes du Dr. Mashirito, un guide publié en version française aux éditions Glénat.

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Son nom ne vous est peut-être pas inconnu. Kazuhiko Torishima est une légende vivante dans le milieu du manga. Recruté chez Shueisha au milieu des années 1970, il ne connaissait pas grand-chose à la BD nippone. Torishima va pourtant mener une très brillante carrière. Durant l’âge d’or de Weekly Shônen Jump (1984-1996, donc du début de Dragon Ball à la fin de Slam Dunk), il coache Akira Toriyama et Masakazu Katsura (entre autres). Quand tout se débine en 1996 (à la fois l’économie nippone et les ventes de Jump), il devient rédacteur-en-chef de l’hebdomadaire, jusqu’en 2001. Une période qui verra naître Naruto, One Piece, Bleach et Hunter x Hunter.

Kazuhiko Torishima est aussi un personnage de Bakuman (à droite)

Bref, Kazuhiko Torishima est une pointure. Il a de l’expérience à revendre et n’a jamais trop aimé la langue de bois – il est connu pour ses avis tranchés à propos des projets et des story-board qui lui étaient soumis, aussi bien par des débutants que par des auteurs confirmés. D’ailleurs, il n’a pas pas beaucoup changé avec les années. En 2025, il était de passage à Japan Expo et ne mâchait pas ses mots en interview, par exemple au micro de France Info :

« Les enfants lisent moins de mangas parce que, selon les éditeurs, ils n’arrivent pas à lire les cases. Pour moi, c’est parce que ce qui est fait est mauvais ou trop compliqué en termes de découpage. Ce n’est pas la faute des mangakas, mais des responsables éditoriaux ».

Ou encore, à propos de l’évolution vers le format numérique :

« Le problème avec le digital, c’est que quand on lit par exemple un manga comme Dragon Ball, ensuite on nous recommande justement des mangas qui sont similaires à celui-ci et donc on ne choisit pas, c’est l’algorithme qui choisit pour nous et on ne peut pas trouver des œuvres différentes. Résultat, les mangas ont le même goût, ce sont des mangas Starbucks et McDonald’s. On a perdu la construction du manga avec une identité artistique et personnelle et il y a un énorme malheur qui sommeille là-dedans ».

Il y a un plaisir coupable à l’écouter distribuer à l’industrie du shônen, et sans doute à Jump en particulier, des balles perdues. Mais plus important, il faut bien comprendre que selon lui, les éditeurs ont perdu de vue trois fondamentaux, trois règles d’or : repérer et coacher les vrais talents, savoir dire « recommence » aux auteurs, et par-dessus tout leur rappeler qu’ils s’adressent aux enfants et que leurs mangas doivent être 200% faciles à lire, et compréhensibles immédiatement.

Dr. MASHIRITO SAIKYO MANGA JUTSU © 2023 by Kazuhiko Torishima / © BIRD STUDIO/SHUEISHA, TOEI ANIMATION / © Bandai Namco Entertainment Inc.

C’est en grande partie ce qui ressort de la lecture de son livre, Les techniques ultimes du Dr. Mashirito, qui est scindé en deux parties. La première expose sa méthode pour aider les mangakas à créer un best-seller – ce qui commence par la LISIBILITÉ. Apprendre à caractériser les personnages, à utiliser les bons formats de cases et les effets sonores, créer l’antagoniste parfait à opposer au héros (selon les qualités et défauts du héros, donc), etc. Tout y est, comme dans… n’importe quel autre guide sérieux et documenté.

Les techniques ultimes du Dr. Mashirito s’en démarque bien évidemment. Parce que Torishima a une expérience unique au monde, qu’il reste ferme sur ses appuis et sur ses positions, et parce qu’il alimente sa méthode avec des exemples mythiques – Dr Slump, Dragon Ball, Video Girl Ai et Dragon Quest. Au cours des chapitres, il rapporte des kilomètres d’anecdotes à propos de sa collaboration avec les mangakas, et il détaille des exemples concrets en analysant des séquences de plusieurs pages. Quitte à étudier le manga, la voix des maîtres n’est jamais superflue, n’est-ce pas ?

Dr. MASHIRITO SAIKYO MANGA JUTSU © 2023 by Kazuhiko Torishima / © BIRD STUDIO/SHUEISHA, TOEI ANIMATION / © Bandai Namco Entertainment Inc.

La seconde partie du livre est consacrée aux aspects professionnels : sources de revenus et dépenses du mangaka, droits dérivés, adaptation en anime, sondages auprès des lecteurs ; etc. Le propos est bien fourni, documenté et détaillé. Vous apprendrez même comment saluer un éditeur lors d’un rendez-vous, selon les normes professionnelles au Japon.

L’ouvrage a aussi ses limites, et un cadre étroit : il se penche uniquement sur la matrice shônen « à la Jump » des années 1980. Certains propos de base (sur le découpage, les personnages, etc.) ne sont pas du tout obsolètes quarante ans plus tard, mais la partie « guide pratique » n’est pas non plus exceptionnelle. Les techniques ultimes du Dr. Mashirito est aujourd’hui plus intéressant pour ce qu’il raconte de l’histoire du magazine et du parcours de certains mangakas.

Quant à ses positions, chacun.e se fera son avis. Il est indéniable que dans les années 1980 Weekly Shônen Jump alignait un sommaire en or massif, grâce à des artistes qui avaient tous leurs propres styles et leurs propres talents – Captain Tsubasa, Dragon Ball, Hokuto no Ken, Kinnikuman, City Hunter, High School! Kimengumi, Saint Seiya et Kimagure Orange Road dans le MÊME NUMÉRO.

Et cela justement parce que tous ces titres ne sont pas sortis du même moule, et dirigée selon les mêmes méthodes. C’est encore plus vrai aujourd’hui, en l’An 23 après Death Note, avec la diversité des titres qui sont, à tort ou à raison, classés shônen. Bref, il faut prendre cet ouvrage pour ce qu’il fait de mieux : témoigner d’une époque révolue.

Dr. MASHIRITO SAIKYO MANGA JUTSU © 2023 by Kazuhiko Torishima / © BIRD STUDIO/SHUEISHA, TOEI ANIMATION / © Bandai Namco Entertainment Inc.

Auteur : Kazuhiko Torishima
Éditeur : Glénat
Tome unique, disponible
Prix : 25,00 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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