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Manga

INKYA GAL REVOLUTION ! : introverties, mais avec style

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Une étoile qui se dérobe aux regards ne brille pas moins que les autres. La preuve avec Ichiko et Kuran, du « Club de recherches sur les cultures alternatives ». Série en cours aux éditions Mangetsu.

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C’est une manie. Dans les mangas, les clubs scolaires sont quand même assez souvent… vides. Hormis le.s principaux personnages du manga (coucou le Club des sciences de la vie dans Fier comme un paon). Mais ce n’est pas forcément le résultat d’un grand coup de flemme scénaristique. Pour un.e mangaka, imaginer un local où s’exprime une passion en tout petit comité, cela permet de souligner que les membres du club ne se fondent pas dans la masse, qu’ils ou elles ont un truc spécial. Et puis, c’est aussi un cocon, où l’on peut échapper aux regards et aux jugements des autres…

Ichiko et Kuran sont amies, ou bien plus que cela, ou bien elles sont amies autrement… Ce n’est pas dit, pas catégorisé noir sur blanc, et c’est mieux ainsi, surtout pour une fiction où l’autrice réussit à insuffler le plus grand naturel dans les relations humaines. Au Club de recherches sur les cultures alternatives, on discute et on s’enflamme pour les sneakers, la lecture, le cinéma, le kawai, etc. Ichiko est plutôt influençable et elle a envie d’essayer ce dont tout le monde parle. Kuran est plus affirmée, elle a plus d’esprit critique et elle protège ou avertit Kuran si besoin.

© Tsukiko Kashiwagi / Ichijinsha Inc.

Elles sont toutes deux introverties, mais elles ont envie de s’éclater et d’avoir du style. Alors, elles testent les cafés gourmands, TikTok, les chorés, les séances photos, les poses cool ou cute. Les trends et les réseaux sociaux comptent au fil de l’histoire, mais là n’est pas le sujet. Inkya Gal Revolution ! parle avant tout de la complicité sans accroc entre deux adolescentes, et de profiter de la vie avant de passer à l’âge adulte – après tout, c’est dit littéralement à la fin du troisième chapitre : « ça craint trop d’être adulte ! ».

Il faut lire cette série sans préjugés, c’est à dire par exemple sans s’intéresser à la case éditoriale du magazine qui publie les chapitres au Japon – du coup, on ne va pas le citer. Il ne s’agit pas d’invisibiliser quoique ce soit, on espère simplement que des mangavores aux goûts très différents iront ouvrir le premier tome. Inkya Gal Revolution ! dépeint une jeunesse féminine des années 2020, avec toute son énergie et son désir de profiter de l’adolescence. Un désir puissant, spontané, plein de joies et de doutes, et surtout inarrêtable.

© Tsukiko Kashiwagi / Ichijinsha Inc

C’est réjouissant de lire à quel point l’autrice a su se replacer à hauteur de l’adolescence, là aussi avec beaucoup de naturel. Quand les deux amies discutent de leurs boissons préférées, et que certaines seront toujours au menu du café tandis que d’autres sont des offres limitées, Ichiko répond à son amie : « Nous aussi, en tant que lycéennes, nous sommes des éditions limitées ». Une belle trouvaille pour rappeler l’impermanence de l’adolescence.

Les chapitres se suivent sans se ressembler, Tsukiko Kashiwagi amenant sans cesse de nouveaux thèmes. Ichiko et Sakuran vont par exemple être confrontée à une nouvelle membre qui s’autoproclame à un poste au sein du club. Cet épisode apporte de légères réflexions à propos de la société de consommation. L’autrice montre en douceur que l’on peut être jeune, consommer et être à l’affût de toutes les nouveautés, tout en ayant une vraie boussole morale. Et tant pis pour les vieillards qui répètent que les jeunes n’ont pas de cerveau…

© Tsukiko Kashiwagi / Ichijinsha Inc.

Avec cette série, Tsukiko Kashiwagi saisit avec délicatesse l’air du temps, la vie quotidienne et affective des adolescentes, avec un coup de crayon ravissant et personnel qui justifie pleinement le choix d’une édition en grand format. On remercie au passage la traductrice Gabrielle Rodelet, qui fait un sans faute pour donner de la fraîcheur et de l’élan aux dialogues, sans tomber dans ce fameux piège de « l’imitation du langage des jeunes ».

Scénario et dessin : Tsukiko Kashiwagi
Éditeur : Mangetsu
Tome 2 disponible
Prix : 9,95 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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