Manga
Retour aux sources pour Lupin le IIIème
En 2027, le cambrioleur culte né sous les crayons de Monkey Punch aura 60 ans. En attendant l’actualité de cet anniversaire au Japon, les fans français peuvent patienter avec La Merveille, le nouvel album de la collection « Classiks » de Kana.

LUPIN III © Monkey Punch © 2026 Munuera – Toussaint – Kana
Nostalgie sans niaiserie
Débuté avec Captaine Albator : Mémoires de l’Arcadia, dessiné par Jérôme Alquié, la collection « Classiks » propose à des auteurs français de revisiter des personnages de manga intemporels dans des albums en couleur, au format franco-belge. Albator, Goldorak, Les Chevaliers du Zodiaque et le Capitaine Flam ont clarifié le public ciblé par l’éditeur Kana : les darons marqués au fer rouge par ces personnages incontournables à la TV française des années 80. Et tous ceux qui ont attrapé ces virus depuis.
Avec Lupin III, la collection convoque un personnage beaucoup plus confidentiel en France que ces prédécesseurs. Contrairement aux autres élus de la collection (tous des rendez-vous phares des dimanches après-midi sur TF1, de Récré A2 ou du Club Dorothée), la série animée de Lupin III, rebaptisé Edgar, le détective cambrioleur en France, fut un programme noyé parmi d’autres les fins d’après-midi de semaine sur FR3 en 1985 et 1986. Il s’agissait de la deuxième série adaptée du manga de Monkey Punch, produite en 1977 et particulièrement soignée par le studio TMS, avec des réalisateurs d’épisodes illustres tel Hayao Miyazaki. Ce n’est d’ailleurs pas du tout un hasard s’il a été choisi pour réaliser en 1980 le deuxième film de la saga de Lupin III au cinéma, Le Château de Cagliostro. Resté longtemps invisible en dehors du Japon, ce long-métrage, le premier de Miyazaki, est devenu depuis la tête de gondole, connue dans le monde entier, de cet univers. En France, il est désormais un classique grâce à des éditions de prestige en vidéo ces vingt dernières années et même une sortie en salles en 2019. Et il aura fallu attendre 2021 pour qu’un éditeur français, Kana en l’occurrence, sorte enfin une anthologie du manga original imaginé en 1967.

LUPIN III © Monkey Punch © 2026 Munuera – Toussaint – Kana
Le cool made in France
Lupin III est peut-être plus confidentiel mais il a une qualité inestimable : il se prend beaucoup moins au sérieux. Finis les chevelus ténébreux qui tirent la tronche, adieu les mutilations de guerriers en armure mythologique. Place à la nonchalance, la truculence, l’aventure et l’infinie élégance des sixties. Le concept de Lupin III ? Tout est dans son nom. Il est le troisième du nom, rien de moins que le petit fils d’Arsène Lupin, cambrioleur de haut vol comme papy, mais cette fois pris dans le tourbillon de la modernité. Et il n’est pas tout seul. À ses côtés, on retrouve des complices irrésistibles. Il y a Jigen, l’ombre de Lupin, chauffeur, roublard, jouant de la gâchette. Goemon, littéralement un samouraï, avec le katana, le kimono et les getas, stoïque, spirituel et téméraire. Et Fujiko Mine, alter ego féminin de Lupin, parfois sa maîtresse, parfois sa rivale. Quand aux antagonistes, il y en a autant que d’aventures mais le principal demeure l’inspecteur Zenigata (lui-même descendant d’un personnage de fiction célèbre, Heiji Zenigata, fin limier de l’ère Edo, héros de nombreux romans et films) que Lupin ne cesse de ridiculiser. Et il y a enfin la personnalité de Lupin.
On a beaucoup parlé de l’influence de Jean-Paul Belmondo dans la création de Cobra de Buichi Terasawa mais c’est oublier l’impact de la star française sur le public japonais dès les années 60. Lupin III a en effet tout du jeune Belmondo. Son look, sa minceur athlétique, son sens de la farce, de l’autodérision, son charme et son flegme sont directement empruntés au Bébel de L’homme de Rio de Philippe de Broca.
Cette double filiation française du personnage de Monkey Punch (Lupin et Belmondo) fait d’autant plus sens dans l’album concocté par José-Luis Munuera et Kid Toussaint. De tous les personnages choisis pour la collection Classiks, Lupin III est le plus à la maison car il va partir à la recherche d’une mystérieuse « merveille » qui avait échappé à son ancêtre. De la côte d’azur à Paris, de la prison d’Alcatraz à Moscou, doté de quelques indices, Lupin et ces amis, vont se lancer en quête d’un trésor qui va se révéler très inattendu…

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L’art de la succession
Le première chose qui interpelle quand on ouvre les albums de la collection Classiks, c’est leur familiarité avec les adaptations animées bien plus qu’avec les mangas d’origine. La couleur n’y est évidemment pas pour rien mais c’est aussi le posing des personnages issus des séries animées qui témoignent de leur impact sur les auteurs. Dans le cas de Lupin III, c’est particulièrement flagrant. Les silhouettes effilées de Lupin et Jigen, et les poses très désarticulées et souvent comiques durant les scènes d’action rappellent les poses clefs des animateurs nippons. C’est même un plaisir majeur dans cet album où chaque acte réserve des explosions de dynamisme. La fidélité aux designs originaux est ici très agréable, José-Luis Munuera étant rompu dans sa carrière aux styles empruntés (ses reprises de Spirou et Fantasio ou Boule et Bill). Mais, comme pour ses projets originaux (Nävis, Merlin, et surtout Zorglub dessiné dans un style hérité de Franquin), son trait trouve une élégance non seulement unique mais également ultra juste dans le style qu’il investit. C’est particulièrement vrai pour les personnages de Goemon et Fujiko, dont on sent totalement la patte un peu plus originale. Lupin, Jigen et Zenigata en revanche ont des designs tellement identifiables et puissants qu’il est quasi impossible d’en jouer sans les trahir.

LUPIN III © Monkey Punch © 2026 Munuera – Toussaint – Kana
Lupin III : La Merveille profite également d’un remarquable travail de mise en couleur par Sergio Sedyas, artiste espagnol souvent associé à José-Luis Munuera. On a particulièrement apprécié le résultat sur les scènes de nuits et ses choix clairs dans les teintes et la gestion des contrastes. Une clarté qu’on retrouve aussi dans le découpage. Les planches, proposées très souvent en trois strips, au lieu de quatre, les ponctuations omniprésentes de larges vignettes descriptives, sont magnifiées au format franco-belge. Le nombre de péripétie contribue néanmoins à ne pas rendre la lecture trop rapide. En tout point, c’est un album très divertissant, fidèle à sa source, efficace et spectaculaire. Du bel ouvrage, sans prétention, où, comme le rappelle le dessinateur dans les remerciements, « on s’amuse follement ».
LUPIN III La Merveille disponible aux éditions Kana.




