Manga
14 août 1945 – Le jour le plus long du Japon
Réellement le plus long, et un épisode historique digne d’un thriller, par le grand Yukinobu Hoshino. Récit complet disponible chez Kotodama.

…
L’Histoire (en manga) refait surface
La sortie de ce récit complet avait été annoncée il y a un an par Kotodama, la (jeune) collection manga des éditions Petit à Petit. Le tome aurait du être en librairies mi-novembre 2025, mais l’éditeur est passé peu après en redressement judiciaire suite à des difficultés économiques. Depuis, Petit à Petit a été racheté par le géant Hachette Livre et 14 août 1945 – Le jour le plus long du Japon est enfin disponible en ce mois de septembre.

© Kazutoshi Hando / Yukinobu Hoshino, 2022
Ce récit historique, qui nous plonge dans les dernières heures avant la capitulation du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est un passionnant documentaire mis en manga. Mais il y a une autre raison de se réjouir : le retour en VF de Yukinobu Hoshino, auteur de 2001 Night Stories, Moon Lost et Blue World. Un artiste érudit, amateur de sciences et de sciences humaines, qui livre toujours un travail extrêmement minutieux.
On sait comment cette histoire finit…
Par contre, à moins d’être un.e spécialiste de cette période du Japon, nous ignorons toutes et tous à quel point ces dernières heures ont été capitales et… que tout aurait pu dérailler mille fois, et donc repousser la fin d’une guerre qui n’avait que trop duré.
Ce tome de près de 500 pages se découpe en trois parties. Deux prologues viennent resituer le contexte politique. En remontant aux 19ème siècle, les auteurs expliquent l’origine d’une idéologie hostile aux occidentaux qui menacent la souveraineté de l’archipel (« Révérer l’empereur, expulser les barbares »). Cette petite centaine de pages explique également le retour de l’empereur au centre de l’échiquier et comment des militaires renégats se sont rendus coupables d’assassinats et de tentatives de coups d’état.

© Kazutoshi Hando / Yukinobu Hoshino, 2022
Des remous gravissimes et passionnants, essentiels pour la suite du récit : une course contre la montre en 24 heures chrono. Tandis que l’empereur est résolu à annoncer au peuple que le Japon capitule face aux forces menées par l’armée étasunienne, des soldats et des officiers complotent afin de tout faire pour l’en empêcher, et de poursuivre la guerre.
Le récit brille par le grand panorama qu’il dresse de cette époque, mais aussi par la finesse des détails : seconds rôles décisifs et inattendus (des anonymes qui à un moment donné vont jouer un rôle), et psychologie des protagonistes. 14 août 1945 – Le jour le plus long du Japon situe parfaitement les raisons et les idéaux qui animent les partisans de la paix et les militaires rebelles. Et comment, parfois, ils sont pris en étau par des désirs contradictoires. Page après page, on ressent toute l’urgence de la situation, et le poids écrasant des enjeux, à l’échelle des protagonistes comme du pays entier.

© Kazutoshi Hando / Yukinobu Hoshino, 2022
La vérité, rien que la vérité
Avec son dessin sobre et réaliste, Yukinobu Hoshino a eu le désir de rester au plus proche des faits (et du livre qu’il adapte) et donc du documentaire. Pas question d’ajouter une liaison romantique, ou d’inventer un personnage qui aurait servi de narrateur.
On peut trouver le récit aride sur le plan des émotions, mais aussi que l’immense gravité de ces 24 heures suffit amplement à faire grimper la tension et l’intérêt au cours de la lecture. Rappel des faits : une population saignée par des années de guerre et de privations, dix millions d’hommes enrôlés dans l’armée, deux bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, 1700 tonnes de bombes larguées sur Tokyo en deux jours (9 et 10 mars 1945), invasion de l’île d’Okinawa.

© Kazutoshi Hando / Yukinobu Hoshino, 2022
Hoshino prête toutefois une attention particulière à l’empereur Hirohito. Il dépeint sa solitude face aux décisions à prendre, et entre les lignes ses doutes face à toute guerre, sa curiosité envers l’occident et son désir de voir venir un futur où la modernité amènera la paix.
Un documentaire de 15 pages vient clore ce tome. Je ne peux pas vous dire si c’est génial ou pas, car j’en suis l’auteur, et se jeter des fleurs à soi-même en faisant mine de rien, ce n’est pas l’idée du siècle.
Ce documentaire apporte un autre éclairage, en expliquant certaines notions : la dimension symbolique du statut d’empereur au Japon, la colonisation d’une partie de l’Asie par le Japon, la censure qui a frappé afin de ne pas ébruiter que les bombes qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki étaient des armes atomiques, etc.


Scénario et dessin : Yukinobu Hoshino
(d’après un ouvrage de Kazutoshi Handou)
Éditeur : Kotodama
Récit complet disponible
Prix : 16,90 €

