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Manga

ODR : La nuit est sombre et pleine de terreurs

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En deux tomes, Maxime Truc et Locass nous ont plongé dans le froid glacial qui baigne l’ultime combat d’un guerrier légendaire. Une création pour le compte des éditions Kana, qui ne laisse ni indemne, ni indifférent.

…

L’équivalent français de « ODR » serait « rage », nous apprend le premier tome. Et c’est bien de cela dont il s’agit dans ce récit noyé sous un déluge d’encre noire. Rage de vivre, de mourir ou de se venger, cela dépend des personnages.

Compacte, l’histoire tient sur un laps de temps très court et sur un territoire à peine plus large – un village et la forêt environnante. Nous sommes au 9ème siècle, au nord de la Germanie, où les paysans ne sont pas sûrs d’être vivants à la fin de l’hiver, faute de réserves de nourriture. Quand les éclaireurs de l’armée danoise arrivent et exigent de récupérer leurs stocks pour nourrir les soldats, le chef du village tente de négocier.

© 2025 LOCASS-TRUC- KANA (Dargaud-Lombard SA)

Il va alors attirer un grand malheur sur sa famille. Sa fille, Syn, trouvera t-elle de l’aide auprès de Gudbjörn, un guerrier taillé comme une montagne, qui vit seul dans la forêt ? Enfin, pas tout à fait seul : ses démons intérieurs ne le lâchent pas d’une semelle.

ODR fait appel à la mythologie scandinave, avant tout à travers Gudbjörn, qui est un Berserker, c’est à dire un « guerrier fauve », lié à Odin, et comme le précise le lexique à la fin du premier tome, « ce sont des guerriers d’exception dotés d’aptitudes physiques surhumaines. Habités par l’esprit d’un animal féroce avec lequel ils ne font plus qu’un, ils entrent dans une transe furieuse, se laissant submerger par la sauvagerie de la bête pour massacrer tous ceux qui croisent leur chemin ».

© 2025 LOCASS-TRUC- KANA (Dargaud-Lombard S

Mais Gudbjörn souffre de toute évidence de syndrome post-traumatique après de trop nombreuses batailles, et en particulier à cause de la disparition de certains de ses proches. Les auteurs ont donc fait le (bon) choix de ne pas ressortir le refrain du soldat usé, fatigué, vieilli, pour mieux dresser le portrait d’un géant enseveli sous ses traumatismes et un sentiment de culpabilité. Ce qui fait une différence notable en terme d’épaisseur psychologique et de dramaturgie.

Tout au long des deux tomes, l’histoire semble demander : où s’arrête le guerrier divin et où commence le monstre ?

Ceci dit, il ne faut surtout pas négliger le rôle plus qu’important que joue Syn. ODR est bâti sur deux pôles opposés, le guerrier et l’adolescente, le monstre humain en fin de parcours et l’innocente percutée de plein fouet par l’ultra-violence des hommes.

© 2025 LOCASS-TRUC- KANA (Dargaud-Lombard SA)

Au cours d’une interview accordée aux copains de Journal du Japon, le scénariste Maxime Truc l’expliquait ainsi : « Syn est l’exact opposé de Gudbjörn. À la différence de ce dernier qui est doté d’une force presque surhumaine et d’une faille psychologique et émotionnelle très profonde, elle est « diminuée » physiquement de par son handicap, mais porte en elle une force intérieure impressionnante ».

Qu’il s’agisse de Syn ou de Gudbjörn, du fils du chef des pillards ou bien d’un second Berserker nommé Asulf, les auteurs s’accrochent avant tout au réalisme psychologique. Le récit comporte une part historique (les invasions Vikings) et mythologique (Odin, les Berserker), mais ODR vient surtout observer comment guerriers, paysans, adultes et enfants réagissent une fois pris dans une escalade de violence.

© 2025 LOCASS-TRUC- KANA (Dargaud-Lombard SA)

Une approche qui débouche aussi sur des planches superbes, tour à tour tourmentées et contemplatives. Car on ne s’attendait pas forcément à ce que Maxime Truc et le dessinateur Locass s’attardent à ce point sur la forêt où filtrent des rais de lumières, sur les animaux sauvages imperturbables, sur les lacs et les montagnes. Le contraste avec la tension, le désespoir et la folie qui anime les humains envoie un message clair, scellé par la série de doubles-pages qui viennent clore le second tome.

Avec ses qualités propres, ODR vient s’ajouter à la liste, de plus en plus fournie, des créations françaises qui sortent des cases habituelles, et qui s’emparent en plus du noir et blanc pour ciseler un très bel objet graphique.

Scénario : Maxime Truc
Dessin : Locass
Éditeur : Kana
Série en deux tomes, disponibles
Prix : 14,25 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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