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Manga

MAD

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Tout est en ruines dans MAD : la civilisation, l’espoir et la psychologie humaine. Un manga d’horreur et de SF, en nuances de noir et de sang, disponible chez Kazé.

La promo de MAD sur les réseaux sociaux a joué à fond sur les méthodes utilisées avant la sortie d’un film en salles, et plus précisément sur les codes du cinéma d’horreur (du rouge et du noir, sur la couverture du premier tome, les bannières web, les trailers, etc.). Quoi de plus normal, pour un manga qui emprunte à la saga Alien, à Sans un bruit ou encore à The walking dead et 28 jours plus tard (pour les références les plus évidentes, mais il y en a d’autres), et qui rend aussi hommage à Gladiator en lui repiquant une poignée de cadrages ?

La série débute en mode survival : sur une planète dévastée par des aliens, un petit groupe de rescapés traverse un désert minéral et sans vie. Ils sont à la recherche de la source d’un signal, qui pourrait les mener à un refuge. Encore faut-il ne pas se faire découper en chemin par les aliens qui rôdent… Comme les autres, John a tout perdu mais il s’enfonce en plus dans une dépression suicidaire, avant de découvrir qu’il lui reste malgré tout un semblant d’instinct de survie, quand un alien se lance à ses trousses…

On va commencer par ce qui cloche. Si vous avez été biberonné au cinéma qui tranche et qui tâche, les aspects horrifiques de MAD risquent de vous paraître bien fade à première vue. Les aliens empruntent beaucoup trop à Alien (sorry, il n’y a pas cinquante moyens de le dire), sans apporter d’idées neuves ou marquantes (spoiler : cela changera, mais tardivement dans la série). Les données qui définissent leur espèce et leur mode de vie sont vagues, ou fatiguées, et pour les combattre il faut un… un… (spoiler alert)… un hy… un hyb… Bref, vous voyez ?

MAD © 2024 by Yusuke Otori/SHUEISHA Inc.

Sur le plan des concepts graphiques et du lore, pas mal de mangas branchés horreur + SF ont fait bien mieux, de L’école emportée à Starving Anonymous, en passant par Magical girl of the end et Gleipnir. Ces titres sont tous différents, et MAD aussi, il ne s’agit pas de les comparer mais de souligner une déception légitime si vous avez une passion pour le genre et le désir d’écarquiller les yeux en criant « c’est une idée géniale ! ».

Mais au final, après avoir lu trois tomes (merci à la prépu en anglais sur l’application Manga Plus), on a la sensation que l’auteur, Yusuke Otori, est quasiment allé au plus simple pour en fait aller plus loin, là où ça l’intéresse…

On va éviter d’ajouter des spoilers, et donc de vous raconter la première grande étape du périple à petits pas fatigués de John. Pour résumer, c’est un voyage au bout de l’enfer, annoncé par le titre du manga : MAD vous engouffre sans ménagement au fin fond de la folie. Pour les personnages, même persister à survivre, éventuellement à espérer, risque d’entraîner un déséquilibre mental car ce monde est purement invivable. C’est l’histoire de la fin programmée de l’espèce humaine, et de ses conséquences sur la psychologie des survivants. On trouve donc dans MAD un retour à un fascisme primaire et ultra brutal : le contrôle des esprits et des corps, par tous les moyens nécessaires.

John aura très peu de choix devant lui, coincé comme il l’est par les événements et par son passé. Il n’a rien d’un héros non plus. Vous allez donc espérer qu’il saisisse les maigres opportunités qui s’offriront à lui…

MAD © 2024 by Yusuke Otori/SHUEISHA Inc.

MAD © 2024 by Yusuke Otori/SHUEISHA Inc.

Sous la froideur blanche et anguleuse du dessin, ces questions sont traitées avec une intensité douloureuse, et c’est là que MAD accomplit totalement sa vocation de manga d’horreur : lier horreur graphique, psychologique et politique, dans un univers post-apocalyptique névrosé. Ce qui relève terriblement l’intérêt de ce manga, et apporte au récit sa maturité. Le premier tome a par endroits des allures de mauvais départ, exécuté en revanche avec une grande maîtrise du découpage, qui en fait un bon page-turner. Et en refusant de se reposer sur les poussées d’adrénaline, et de livrer uniquement un manga d’action, le mangaka fait décoller sa création pour de bon.

Il est fort possible que Yusuke Otori se soit pris une claque en découvrant les mangas de Tatsuki Fujimoto. Les deux auteurs partagent un sens de de la composition silencieuse, une école graphique et un penchant pour pousser leurs personnages et leurs univers au bord du gouffre. MAD est en tous cas taillé pour prendre la relève de Fire Punch et de Chainsaw Man auprès des lecteurs, l’humour (noir) en moins. Vous êtes prévenu.e.s.

Auteur : Yusuke Otori
Éditeur : Kazé
Tome 2 à paraître le 10 juin
Prix : 7,99 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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