Manga
Fall in love, false angels
Comment toucher le cœur de l’autre si on joue en fait un rôle ? Réponse avec Fall in love, false angels, une série très attendue par la communauté shôjo. Le premier tome est disponible chez Pika.

« De la façon dont les gens me regardaient aux multiples traitements de faveur, dès mon plus jeune âge, j’avais très vite compris ce qu’on attendait de moi et qui on voulait que je sois… Alors, j’ai créé cette façade pour jouer le rôle de la fille parfaite »
Ce monologue permet de situer l’héroïne dès la première page, tandis que devant son miroir elle se prépare, comme chaque jour, à jouer un rôle au lycée. Otogi est déléguée des classes de seconde et elle sait parfaitement qu’elle attire tous les regards. En public, elle entretient une image de perfection et de douceur, tout en gardant un œil sur Ninomae, l’élu secret de son cœur
Ninomae, c’est l’élégance incarnée dans un BG, calme et attentionné avec tout le monde – le mec parfait évidemment. Ce qui donne une raison supplémentaire à Otogi de ne jamais révéler sa nature profonde : une grande gueule qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et qui n’a pas toujours des mots fleuris. Eh oui, la « madone du lycée » qui envoie des « cassez-vous bande de crevards », c’est pas super chic (mais c’est drôle).


On apprend vite que Ninomae cache lui aussi sa vraie personnalité, du coup avec Otogi ils formeraient un couple bien assorti, oui mais voilà : quand chacun apprend le secret de l’autre, tout se complique car les secrets ne sont pas faits pour être ébruités et tous deux tiennent à préserver une image patiemment cultivée. Un partout, balle au centre, ça joue.
Fall in love, false angels est un shôjo très direct, autant par les intentions de l’autrice, Coco Uzuki, que par le style de narration qu’elle adopte. En voix off, Otogi resitue un peu tout le temps son état d’esprit, histoire que l’on comprenne facilement qui elle est, ses problèmes et ses désirs. Ce qui amène l’autrice à privilégier les explications, et à moins se reposer sur l’image. Moins de subtilités, plus d’efficacité, ce qui m’a fait penser à ces personnages de jeux d’action-aventure qui répètent « je devrais regarder ce mécanisme » et « je dois accéder à cette plate-forme » dès qu’on pose la manette trente secondes (oui oui il n’y a aucun vrai rapport avec ce manga mais je ne contrôle pas comment mon cerveau associe des idées, sorry).

Coco Uzuki fait aussi passer ses personnages par plusieurs étapes habituelles (pause à l’infirmerie, embrouille avec des inconnus dans la rue, voyage scolaire, etc.). Ces scènes et ces chapitres ont bien sûr le mérite de ne pas être inutiles puisqu’ils ont un impact sur la relation entre Otogi et Ninomae.
Disons que tout désir d’être surpris.e sera sans doute déçu, au moins durant les deux premiers tomes que nous avons pu lire (six sont publiés à ce jour au Japon). L’autre facette de cette simplicité est que Fall in love, false angels est hyper accessible et qu’il est facile de se projeter dans les situations déroulées par l’autrice : le doute à propos des émotions de l’autre (que ressent Ninomae derrière ce regard tout à coup voilé ?), partager un secret cela créé forcément une intimité, etc.


L’intérêt de cette série n’est donc pas à chercher bien loin : il s’agit d’une romcom, qui pour le moment n »implique pas d’autres genres ou d’autres thèmes. Elle est composée comme du pur entertainment pour envoyer le cerveau faire la sieste et c’est légitime, aucun.e mangaka n’a l’obligation de lancer de grands débats de fond.
On est là pour Otogi et Ninomae, les galères soulevées par leurs doubles identités, et pour entrevoir peu à peu qui ils sont derrière les rôles qu’ils ont pris. Un rôle que l’héroïne n’a pas vraiment choisi, rappelons le. Ces contraintes qu’ils s’imposent pourraient aussi amener plus de profondeur, n’est-ce pas ? Et par exemple des questions à propos de la confiance – celle que l’on accorde à l’autre et celle que l’on place en soi.
Avec son jeu de masques et de rivalités, Fall in love, false angels prend un peu la relève de Elle et lui (Karekano) trente ans après le premier tome de ce classique, mais pour les lectrices et lecteurs d’aujourd’hui. Vous pouvez tester le premier chapitre sur le site de Pika Édition et suivre Coco Uzuki sur son compte X, où elle partage ses actualités et les nombreux goodies qui font la promo de sa série au Japon.
Autrice : Coco Uzuki
Éditeur : Pika
Tome 2 le 8 juillet
Prix : 7,20 €

