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Manga

Quand vient la saison des dokudami

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Grand coup de cœur pour cette histoire menée avec sincérité, où l’art brut réunit deux garçons. Deux tomes parus au Lézard Noir, précédés d’une aura méritée auprès des critiques et des libraires au Japon.

Ça se passe plutôt bien pour l’autrice ces dernières années. Shiho Kido avait un autre métier quand elle a dessiné une première version de ce manga. Il s’agissait d’un one-shot, en 2021, proposé sous forme de dojinshi. Deux ans plus tard, Quand vient la saison des dokudami est devenu une série, au sommaire du mensuel Afternoon (où l’on trouve aussi Blue Period, Skip & Loafer et La cuisine du Tengu). Et cette « pas-si-simple » tranche de vie s’est attirée pas mal de commentaires élogieux au Japon.

Quand vient la saison des dokudami raconte l’amitié naissante entre deux garçons à la fin de l’école primaire. La famille de Kiyomizu est plutôt à l’aise, du genre classe moyenne sans problèmes financiers, et le fiston est assez mature pour son âge, il est posé, bon à l’école, discret et sympa. Il a même l’air complètement lisse, sans défauts – mais ce n’est pas tout à fait le cas.

Dans sa classe, il y a un type que tout le monde trouve bizarre et que personne ne veut pour ami. Shigaraki est dans la lune, il ne parle pas aux autres et surtout il pique des colères incompréhensibles.

© SHIHO KIDO / KODANSHA LTD.

Shigaraki crée aussi des sculptures aux formes inhabituelles. Beaucoup les trouveraient laides et sans intérêt, mais pour Kiyomizu c’est le coup de foudre. Il devient obsédé par ces créations qui ne rentrent pas dans les cases des cours d’arts plastiques et il essaye de se rapprocher de Shigaraki. Mais Shigaraki ne s’intéresse pas du tout au fait que l’on s’intéresse à lui. Il reste dans son monde, ce qui renforce encore plus le mystère autour de ses créations et de sa personnalité…

Voici un drôle de point de départ, mais qui correspond bien à un manga qui précisément sort de l’ordinaire. Il ne s’agit pas d’un drame et encore moins d’une comédie feelgood. Au cours du premier tome, Shiho Kido met en scène avec réalisme le regard que l’on peut toutes et tous poser sur « le chelou de la classe ».

Et ce regard, elle va le déconstruire peu à peu. Par exemple, aux yeux de tous, Shigaraki est un gars bizarre et agité, point. Le rôle est attribué et voilà Shigaraki mis dans une case, quasi fermée à clé (pas facile de changer l’image qu’on renvoie supposément aux autres, n’est-ce pas ?).

Ce cliché, l’autrice va le renverser avec une simple phrase, quand Kiyomizu, est surexcité par sa propre curiosité et devient du coup « l’agité de service » et non plus le petit gars posé et bien sous tous rapports (ce qui au passage nous a bien fait rire). Plus loin, l’autrice interroge aussi les préjugés liés à la position sociale. Sans trop dévoiler la suite du récit, disons que ce n’est pas un hasard si les familles des deux garçons n’ont pas du tout le même niveau de vie. Par contre, entre eux il y a l’art brut pour les réunir et, peut-être, se comprendre.

© SHIHO KIDO / KODANSHA LTD.

L’art brut, ce sont les créations réalisées sans aucune formation artistique, par des personnes qui en principe n’ont pas l’intention de les montrer, ni d’obtenir de la reconnaissance ou de l’argent. L’art brut relève en partie de l’impulsion et du désir, par exemple Shigaraki passe un temps fou à tisser des brins d’herbe pour en faire de petites poupées, qui fatalement vont faner et tomber en poussière.

Quand vient la saison des dokudami explore ainsi une autre notion, importante dans la culture japonaise : l’impermanence de toute chose. On peut aussi y voir un lien avec la locution latine memento mori (« souviens-toi que tu es en train de mourir »). Vous allez peut-être imaginer que c’est glauque, mais j’ai l’impression que Shigaraki a une conscience plus forte de la vie (et donc de la mort) que les autres enfants qui l’entourent.

Le premier tome est à l’image de ses œuvres d’art brut : il s’en dégage une beauté naturelle, vivante et rude à la fois, et une part de mystère qui donne envie d’en savoir plus.

Méga fan du design des jaquettes

Au cours d’une interview accordée au magazine japonais Da Vinci, Shiho Kido a évoqué le choix de situer son manga à l’âge où s’achève l’école primaire : « Il y a des rencontres qu’on ne peut faire que pendant l’enfance. Par la suite, au collège et au lycée, on s’aperçoit plus facilement qu’on s’entend bien ou pas avec tel genre de personnes. La fin du primaire, c’est le dernier moment avant que notre mode de pensée se fige ».

C’est un autre sujet de son manga : quand on est môme, les autres entrent parfois dans notre vie comme une poussée de fièvre, on ne contrôle rien et ce n’est pas toujours confortable. C’est passionnel. Quand vient la saison des Dokudami exprime ces sentiments et cette énergie brouillonne, à travers la vie de deux enfants qui s’alignent de façon imprévisible sur la même trajectoire.

Foncez lire le premier chapitre sur le site des éditions du Lézard Noir. Une interview en japonais est disponible ici et votre browser peut la traduire (mais méfiez-vous des approximations tout de même, ça ne vaut pas le taf d’un.e professionnel.le). Shiho Kido partage ses actualités et ses coups de cœur sur son compte X.

Autrice : Shiho Kido
Éditeur : Le lézard noir
Tome 2 à paraître le 3 juin
Prix : 13 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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