Connect with us
Advertisement

Manga

Hero Organization : interviews de Kei Saikawa (scénario) et Akira Takahashi (dessin)

Publié

le

Pour la sortie très attendue de ce manga de SF publié sur Jump+, on laisse la parole aux auteurs avec ces deux interviews réalisées par la éditions Glénat pour le dossier de presse de la série. Enjoy.

Avant de passer un moment avec Kei Saikawa et Akira Takahashi, vous pouvez découvrir un extrait du premier tome sur le site de Glénat Manga.

L’image qui m’est d’abord venue à l’esprit était celle d’une organisation appelée Bureau de Réalisation de Soi du Ministère du Bonheur, appartenant à la Hero Organization. En observant la société, j’ai le sentiment que dans les pays développés, le désir des jeunes de « devenir quelqu’un » est désormais bien plus fort que celui de satisfaire les besoins essentiels : s’habiller, se nourrir, se loger, gagner de l’argent, etc. J’ai moi-même ressenti quelque chose de cet ordre. Et alors, je me suis demandé : si j’étais un dirigeant doté du pouvoir de faire fonctionner la société, n’essaierais-je pas d’exploiter ce désir naturel des jeunes ? Et cela ne pourrait-il pas devenir, dans la fiction, une forme de « nouveau mal » ? C’est ainsi que j’en suis venu à cette idée.

Comme vous le soulignez, cette œuvre contient un très grand nombre d’éléments. Cependant, ils n’ont pas été pensés afin de transmettre un message particulier : ils se sont simplement intégrés naturellement au récit, dans l’objectif d’en faire un manga plus novateur et plus intéressant. Pour ma part, j’accorde davantage d’importance à l’aspect divertissement qu’à la dimension « message » dans la création d’une œuvre. C’est pourquoi, pour tout ce qui relève des thématiques, je pense que le lecteur est tout à fait libre d’en faire l’interprétation qu’il souhaite.

EIYU KIKAN © 2024 by Kei Saikawa, Akira Takahashi / SHUEISHA Inc.

Moi-même. « Poursuivre ses rêves » et « passer du temps avec sa famille » sont deux éléments essentiels pour mener une vie heureuse, mais on se retrouve souvent contraint de choisir entre les deux. Même si l’on hésite dans la voie à suivre, et même si mener une vie où l’on poursuit ses rêves tout en recevant le soutien de sa famille peut sembler un peu idéaliste, je crois que ce n’est pas un mauvais choix. Au début de l’histoire, il me fallait représenter « un citoyen ordinaire, pas un homme mauvais, mais quelqu’un de banal, utilisé par la Hero Organization ». Pour créer le personnage de Ryu, je me suis appuyé sur les émotions que j’ai ressenties lorsque j’ai moi-même décidé de devenir créateur.

Tout d’abord, c’est en équipe, avec notre responsable éditorial, que nous décidons des grandes lignes de l’évolution de l’histoire. À partir de là, la création de chaque chapitre commence lorsque je transmets à Takahashi-sensei un scénario rédigé sous forme de script. Nous organisons aussi des réunions en face à face, et chaque semaine nous échangeons fréquemment via des outils de messagerie, que ce soit avec Takahashi-sensei ou avec notre responsable éditorial.

Comme je l’ai écrit dans la section « commentaire du créateur » d’un tome, je travaille souvent en buvant du café. Parfois je le prépare moi-même, et d’autres fois je vais dans un café pour travailler sur mon ordinateur portable. Je ne suis pas particulièrement pointilleux concernant les grains ou l’équipement utilisé, mais un jour j’aimerais déterminer mon propre rituel, comme Yuri le fait dans sa planque. Le début du manga nous laisse penser que Ryu sera le héros principal, avant de révéler que l’histoire suivra en réalité son fils Leo, dans un récit bien plus sombre et complexe.

EIYU KIKAN © 2024 by Kei Saikawa, Akira Takahashi / SHUEISHA Inc.

Sur le plan de la structure, j’ai estimé que cette approche était la plus appropriée pour exprimer ce qu’est véritablement la Hero Organization. Dans le premier chapitre, Ryu prend une décision majeure en se disant : « Je suis le héros de ma propre vie ». Et à travers son regard, le lecteur partage ce sentiment d’enthousiasme. Toutefois, comme on le découvre dans le chapitre suivant, tout cela n’était en réalité qu’une illusion soigneusement orchestrée par l’organisation. J’ai construit cette structure narrative en pensant que ce retournement ne servirait pas seulement à surprendre le lecteur, mais aussi à transmettre l’ingéniosité et la perfidie des antagonistes de l’œuvre.

Je me pose constamment la question de l’équilibre à trouver quant à la quantité d’informations à transmettre au lecteur concernant la structure de l’organisation, la technologie, et les différents éléments du world-building. J’ai élaboré de nombreux détails en coulisses, mais si j’essayais de tout expliquer, cela ne deviendrait qu’un simple catalogue d’informations, et le manga perdrait tout intérêt. C’est pourquoi j’essaie, autant que possible, de faire en sorte que ces éléments soient transmis naturellement au lecteur à travers les dialogues des personnages. Mais c’est un travail qui reste toujours difficile. Il y a également des informations complémentaires dans les tomes, donc si les lecteurs sont curieux de ces aspects de l’univers, j’aimerais vraiment qu’ils les achètent !

Je trouve que les lecteurs français ont un attachement très fort à l’art et un sens esthétique particulièrement aiguisé, même lorsqu’il s’agit du manga. Le fait que l’extraordinaire travail artistique de Takahashi-sensei ait été reconnu en France et puisse y être publié me rend extrêmement heureux en tant que co-auteur ! Pour ma part, je ne suis allé à Paris qu’une seule fois, et c’était il y a longtemps. J’aimerais vraiment y retourner, et à ce moment-là, j’aimerais aussi visiter des régions, autres que la capitale !

EIYU KIKAN © 2024 by Kei Saikawa, Akira Takahashi / SHUEISHA Inc.

Pour ce qui est des designs d’AIGIS et des star beasts, j’ai d’abord reçu de Saikawa-sensei une ébauche générale de la trame, ainsi que des indications sur leur rôle dans l’histoire. En gardant cela en tête, j’ai élaboré des croquis en m’appuyant sur les idées et les concepts visuels qu’il m’avait également fournis (je fais aussi des recherches sur les motifs éventuels que je peux intégrer lorsque c’est pertinent). Quand j’ai le sentiment d’avoir trouvé la bonne direction, il m’arrive de ne présenter qu’une seule proposition. Pour les machines ou entités importantes, en revanche, je soumets plusieurs propositions à l’équipe, puis nous prenons la décision finale lors d’une réunion de travail. (J’espère que je n’ai pas trop dévié de la question d’origine.)

Pour le chara-design, le processus est fondamentalement le même que pour les AIGIS ou les star beasts. Cependant, tout en respectant une certaine ligne de réalisme, j’opère une forme de déformation stylisée et je fais particulièrement attention à ce que les silhouettes des personnages ne se ressemblent pas trop. (Cela dit, même en y prêtant attention, il arrive souvent qu’elles se ressemblent malgré tout, ce qui m’amène à me questionner sur les limites de mes compétences.)

EIYU KIKAN © 2024 by Kei Saikawa, Akira Takahashi / SHUEISHA Inc.

Dans les scènes centrées sur les personnages, ou les séquences de combat, je privilégie les effets de contraste et la dramatisation propres au manga, tout en veillant à ne pas perdre en réalisme ni en crédibilité. Il m’arrive d’éclaircir ou de simplifier les arrière-plans à l’aide de trames blanches lorsqu’ils risquent de rendre la page difficile à lire, mais aux moments clés ou dans les scènes importantes, je m’efforce au contraire d’augmenter la densité du dessin. Dans ce genre de manga, les pages ont tendance à être très chargées, alors j’essaie de ne pas trop aller dans le détail ; je suis encore en train de chercher le bon équilibre. Le manga aborde des thèmes profonds comme le sacrifice, la transmission et la survie.

Comme le thème de cette œuvre implique de nombreuses scènes sérieuses, l’un des points auxquels je fais particulièrement attention dans le dessin est l’expression des personnages. Je cherche constamment à trouver comment transmettre au lecteur les nuances du scénario écrit par Saikawa-sensei, sans en perdre la subtilité.

Pour ce qui est d’un grand défi, les œuvres de mecha sont assez rares dans les publications liées au Jump, et ce qui m’inquiétait surtout, c’était la charge de travail au niveau du dessin. Ce genre implique souvent des arrière-plans très lourds, et je me demandais si j’allais réussir à réunir une équipe de collaborateurs suffisamment talentueux pour maintenir le niveau de qualité souhaité. Aujourd’hui, j’ai la chance incroyable d’être entouré de personnes extrêmement compétentes, et c’est très rassurant !

De plus, comme c’était la première fois que je dessinais une œuvre dont le thème central est l’action mecha, l’une des questions était de savoir si j’allais réussir à rester constant sur la durée. On peut dire que c’était un défi en soi. Cela dit, même s’il y avait beaucoup de choses dont je me préoccupais, ce n’était pas non plus un dilemme profond. J’ai plutôt abordé le projet en me disant : « Ça a l’air intéressant, allons-y ! ». C’est un travail exigeant, mais vraiment stimulant, et je m’amuse énormément !

EIYU KIKAN © 2024 by Kei Saikawa, Akira Takahashi / SHUEISHA Inc.

Il y a énormément d’œuvres dont je me suis inspiré, mais si je devais citer celles qui m’ont fait aimer les œuvres de mecha, je dirais Neon Genesis Evangelion, Eureka Seven et Code Geass, que je regardais quand j’étais étudiant. J’ai toujours adoré regarder les mecha en action, mais à l’époque, je n’aurais jamais imaginé que je finirais moi-même par dessiner des robots. À chaque fois que j’en dessine, je ressens à la fois mes propres limites et en même temps toute la grandeur des mangas et des anime que je trouvais si incroyables quand j’étais plus jeune !

Saikawa-sensei me transmet le scénario sous forme de texte. À partir de là, je crée le story-board. En ce qui concerne la composition des pages et le découpage en cases, j’ai une grande liberté : on me laisse gérer cet aspect ! Une fois le story-board terminé, il est relu par Saikawa-sensei et notre responsable éditorial, puis nous procédons aux corrections et ajustements nécessaires. (Il n’y a rien de très original… désolé !)

C’est difficile d’en choisir un seul… Bien sûr, j’adore dessiner le héros Leo, mais j’aime aussi beaucoup dessiner les personnages qui ont un « visage de méchant », comme Georgy Singh, Proudman, ou encore Sanada — et même Leo fait parfois de sacrées têtes ! À l’inverse, David et Milly, avec leurs expressions franches et lumineuses, sont aussi très agréables à dessiner. Il y a aussi Lucia, qui est la seule à avoir un panel d’expressions vraiment différentes dans toute l’œuvre ; elle est amusante à dessiner d’une autre manière, avec un côté un peu félin. Quand je vois tout ça, j’ai l’impression que je prends du plaisir à dessiner à peu près n’importe quel personnage !

Auteurs : Kei Saikawa (scénario) et Akira Takahashi (dessin)
Éditeur : Glénat Manga
Tome 2 disponible
Prix : 7,20 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

cliquer pour commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Copyright © 2026 Studio Venezzia Médias - Coyote Mag