Manga
NOW THAT WE DRAW
Dessiner des romcom sans avoir connu le frisson de l’amour ? Ça va être compliqué… Et cela donne à deux apprentis artistes une bonne raison de se rapprocher, dans cette astucieuse comédie qui nous a surpris.

« Il dit qu’on sent que je n’y comprends et n’y connaît rien à l’amour… »
Now that we draw est donc une romcom, centrée sur deux lycéens qui espèrent publier un jour des romcom. À priori, ces deux-là avaient peu de chances de passer du temps ensemble et plus si affinités. Yuki, c’est le gars timide, peureux même, seul dans son coin à gratter ses planches et qui se fait recaler par l’éditeur avec qui il est en contact.
Niina, quant à elle, part avec une longueur d’avance, elle est cool, populaire, elle a un meilleur niveau en dessin et de plus c’est une fonceuse. Ceci dit, elle a le même problème que Yuki : zéro expérience amoureuse. Selon son éditeur, ça se voit sur ses planches et dans ces conditions, imaginer une romance crédible est hors de sa portée.
Touchée par les mangas de Yuki, Niina a tout à coup une de ces idées cash dont elle a le secret : pourquoi ne pas jouer à faire semblant d’être amoureux, histoire d’en savoir plus sur les mystères du cœur ? Un vrai faux-couple qui cherche à la fois l’éveil des sentiments et à apprendre à créer des histoires d’amour, tel est le concept et c’est bien pensé.
Now that we draw démarre en jouant avec les codes du genre, tout en abordant le métier de mangaka.


Bon… ces planches ne donnent pas vraiment une bonne idée de la dynamique entre Yuki et Niina… allez plutôt feuillter le premier tome en librairie !
« C’est le mec qui fait ça normalement »
Jamais à court d’énergie, Niina entraîne Yuki dans tous les passages obligés de la comédie romantique nippone : visite inattendue à domicile, rendez-vous à la plage ou encore envisager le love hotel quand il s’agit du dernier recours pour ne pas dormir dehors sous la pluie. L’héroïne a une énergie folle et un appétit insatiable pour de nouvelles expériences, et le pauvre Yuki a bien du mal à tenir le rythme, ou même à sortir de sa coquille.
Ces péripéties sont des clichés, mais le fait que les personnages en passent par là volontairement amène un regard neuf et pas mal d’éclats de rire. Tous ces moments passés ensemble vont naturellement infuser leur imaginaire de jeunes créateurs, et les aider à faire face à certaines étapes. L’idée qu’il faut vivre et aimer pour être capable d’inventer des histoires est plutôt bien exploitée par les auteurs. Leurs propos sur les mangakas ne sont pas révolutionnaires, mais en abordant le métier par le biais du vécu sentimental, ils apportent une touche crédible et touchante.

« C’est quoi ton manga préféré ? »
Et il fallait bien cela pour poser un contraste avec ce regard très masculin qui soutient la narration : Niina est hyper sexualisée, avec du décolleté plongeant et des cadrages-culottes-t’en-veux-t’en-auras. À la base, c’est pas ma tasse de thé et si j’emploie cette expression du 19ème siècle, c’est pour bien situer que j’ai passé l’âge de glousser devant du fan-service sexy.
Mais pour une fois, on peut aussi argumenter que c’est justifié, car l’un des thèmes de Now that we draw est précisément de mettre en scène et de manipuler les clichés habituels des romcom destinées aux garçons. Du coup, Niina se conforme à dessein au rôle de la jolie fille qui joue de ses charmes avec toute la candeur imaginable, bien qu’elle soit avant tout une hyper sensible.

Inutile de se voiler complètement la face, c’est aussi une stratégie pour scotcher un peu plus les lecteurs… qui pour certains en auraient sans doute demandé PLUS. L’érotisme de la série reste en effet sagement mesuré et relativement safe à quelques exceptions près, et pas les plus malines (POURQUOI la crème glacée coule tout le temps sur les filles dans les mangas un peu ecchi ?!). Plus gênant, un personnage introduit un peu plus tard relève du lolicon pas très bien déguisé, bien que là aussi il semble que les auteurs n’ont pas l’intention d’abuser. Disons simplement que Now that we draw n’en avait pas besoin pour rester intéressant et que… bah, c’est le Japon, quoi…
La série s’en sort bien mieux en développant Yuki et Niina : deux personnages bâtis sur des stéréotypes, mais qui n’ont pas des rôles figés et mécaniques. La lecture est vraiment fun, c’est une comédie sexy, okay. Cependant les problèmes et les personnalités des protagonistes ne sont pas superficiels, des souvenirs et des confidences viennent s’immiscer entre eux et donner un nouvel éclairage sur ce cache-cache amoureux et sur leur vocation de mangakas. Cette intimité n’est pas encore d’une profondeur renversante, mais cela démontre que les auteurs n’ont pas choisi la simplicité.
Au final, je suis conquis : le premier tome est malin, drôle et plus riche qu’il n’y paraît à première vue. La suite ne va pas démériter non plus, car les auteurs ne lâchent aucune des grandes lignes de leur concept, même si le rôle de Niina prendra plus de temps à s’étoffer. En tous cas, Now that we draw est une valeur sûre si on cherche une série atypique. Sept tomes ont été publiés à ce jour et un anime est en cours de production.
Auteurs : Kyu Takahata (scénario) et Yuji Kaba (dessin)
Éditeur : Ototo Manga
Tome 1 disponible
Prix : 8,35 €

