Manga
Le diable s’habille en papa
Le concept est dans le titre : un démon se retrouve avec un bébé sur les bras. Mais la série ne met pas bien longtemps avant de s’aventurer plus loin que ça, et le voyage vaut le détour.

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Quelque part dans les locaux de Mana Books, il y a un.e salarié.e qui mérite une augmentation pour avoir trouvé le titre de la version française. Il faut imaginer le brainstorming quand Mana Books a acquis les droits de ce manga, littéralement intitulé au Japon « Le plan de formation du plus puissant des héros, un démon réincarné ».
Ce n’était pas aussi invendable que « Danshi Koukousei de Urekko Light Novel Sakka wo Shiteiru keredo, Toshishita no Classmate de Seiyuu no Onnanoko ni Kubi wo Shimerareteiru », c’est à dire « Je suis un lycéen et un auteur de light novels à succès, mais je me fais étrangler par une camarade de classe plus jeune que moi qui est doubleuse » (si si ça existe et c’est un light novel).
Mais quand même. Le diable s’habille en papa, c’est toute de suite plus classe et mémorable.
Mais on s’égare.

Voilà. Je ne vous avais pas menti. (capture d’écran : Nautiljon.com)
Le diable pète un câble…
… et il se barre dans la prairie. Autrefois humain, Kakyu est devenu un diable et il a passé 2000 ans à souffrir en enfer à cause des embrouilles entre Zeus (?!!) et Satan. Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort (ou te laisse handicapé, selon un grand philosophe nommé Booba) et Kakyu est ressorti des enfers en mode surpuissance. Il atterrit dans un monde parallèle, tout joli tout champêtre, où il entame une nouvelle vie de marchand et profite d’un repos bien mérité, au calme.

© 2024 Ryuu Segawa © Tamagokake Candy/OVERLAP
Le diable s’habille en papa est adapté d’un light novel par le mangaka Ryuu Segawa, qui expédie cette introduction en quelques pages. Du coup on ne comprend pas tout, mais au moins les planches ténébreuses sont du plus bel effet, on sent qu’il aime dessiner dans ce registre evil.
Le calme, la tempête, tout ça tout ça : le quotidien chill de Kakyu dans son village chill va prendre un tournant funèbre. C’est ainsi qu’il est obligé de débuter une quatrième vie (vous suivez ?), en partant en solo en voyage, avec le bébé qu’il vient de sauver, après lui avoir fait la promesse de l’élever comme son fils, et d’assurer son bonheur. Dans la balance de ce pacte et de ce pari sur l’avenir, Kakyu a mis son âme. Rien que ça.

© 2024 Ryuu Segawa © Tamagokake Candy/OVERLAP
Le diable est introuvable
À partir de là, le récit opte pour une formule somme toute classique : au fil de leur périple, père et fils nous font découvrir l’étendue de cet autre monde, ses règles, son régime politique (pas cool, comme d’habitude), les problèmes de certains habitants et quelques créatures qu’il vaut mieux éviter.
Ne partez pas tout de suite, ce manga est plus intéressant que Réincarné en gel douche du roi-démon et autres isekai tièdes qui nous ont tous saoulés ces dernières années. Zeus et Satan sont en effet de la partie, et les faits et gestes de Kakyu sont surveillés – puissant comme il l’est, il pourrait déstabiliser l’ordre du monde et pas question de le laisser faire.

© 2024 Ryuu Segawa © Tamagokake Candy/OVERLAP
Pas fou, Kakyu fait profil bas et vit planqué avec son fiston. Il a de toute façon d’autres préoccupations : quand le petiot éternue, ce n’est pas du slime qui coule, mais plutôt la preuve qu’il développe des pouvoirs en grandissant. Vous voyez quelle catégorie de créature légendaire est à la mode dans les mangas en ce moment ? Voilà.
Quoiqu’il en soit, entre les biberons, la lessive et les solutions magiques que notre héros emploie pour survivre à la parentalité, jour après jour, ces premiers chapitres tiennent la promesse du pitch : un papa surnaturel et son bébé. Mais ce n’est pas tout et tant mieux pour nous.
Le diable et ses semblables
Comme souvent avec les mangas de fantasy adaptés d’un light novel, l’écriture du scénario dépasse un minimum nos attentes, ainsi que le concept de départ, qui sert avant tout à se démarquer dans une industrie hyper concurrentielle. Par bien des aspects, le premier tome est ainsi une longue introduction à ce qui va suivre.
Le sentiment de culpabilité que vit Kakyu, les enfers, la vie d’une famille recomposée, l’ordre qui règne sur cet autre monde, ainsi que d’autres sujets, sont autant de pièces d’un puzzle qui vont s’emboîter aux prochains tomes. Quant aux actions et aux décisions du papa, elles seront influencées par ses vies antérieures, et le personnage bénéficie au moins d’une certaine « psycho-logique ». Là aussi, l’écriture est plutôt soignée.
En attendant d’en savoir plus, l’équilibre entre l’humour et des événements plus graves suffit à accrocher à ce premier tome. Et pendant ce temps, plus ou moins en douce, les auteurs préparent le terrain pour la suite, qui tient en trois tomes de plus au Japon (la série est toujours en cours).

© 2024 Ryuu Segawa © Tamagokake Candy/OVERLAP
Auteurs : Ryuu Segawa (manga) / Tamagokake Candy (light novel)
Éditeur : Mana Books
Tome 2 à paraître le 20 août
Prix : 7,95 €

