Manga
Le club des flâneurs
Plus de 1100 heures de cours par an au lycée : il va falloir trouver un moyen de décompresser. Le club des flâneurs arrive à la rescousse !

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Qui se souvient de la sortie de l’école primaire, quand on évitait de marcher sur les lignes au sol afin de ne pas déclencher une explosion ? Quand on courrait sur un muret mais attention à ne pas tomber car il longe un précipice rempli de lave !! Naoki, elle est un peu comme ça, même si elle n’est plus en primaire mais au lycée. Réveil, douche, sac, cours, devoirs… bof bof bof. Pas vraiment palpitant. Du coup, elle a fondé le « Club des hyper flâneurs », une activité extra-scolaire pas comme les autres, où l’on s’amuse avec son imagination, afin de repeindre en couleur le quotidien.
Naoki est l’unique membre du club mais en cette rentrée, elle recrute Shun, un grand garçon calme, d’un an plus jeune. Il a été obligé d’abandonner le sport à cause d’une blessure, et se laisse embarquer dans l’univers décalé de sa senpai. Shun est un gars bien, ça se voit immédiatement : quand Naoki ramasse un bâton parce que ça fait une belle épée, n’importe qui ou presque aurait filé en douce en la traitant de folle du bus. Mais non, il ne la juge pas, même si son comportement semble un peu étrange.

La récré du soir
Au premier chapitre, ils trouvent un objet derrière un buisson et l’imagination de Naoki s’emballe en pensant à la vie de son propriétaire. On peut alors supposer que ce manga reposera sur un schéma répété : une exploration du quartier, des trouvailles insolites, voire même des enquêtes afin de dévoiler les mystères que recèlent ces objets. Un peu comme Séki, qui invente un nouveau jeu farfelu à chaque chapitre du génial Séki, mon voisin de classe.
Oui, il y aura bien des « objets de quête » à ramasser de temps en temps, toutefois l’autrice n’emprunte pas du tout un chemin identique à chaque fois : ce qui est en jeu dans Le club des flâneurs, c’est de préserver l’insouciance et la vivacité d’esprit qui fait de la vie une chouette histoire. Naoki cherche à insuffler un parfum d’aventure et de romanesque dans ses journées, en profitant de la zone de liberté située entre la fin des cours et le dîner.
L’exemple du bâton / épée la fait un peu passer pour une simplette, et ne dessine pas une silhouette précise du personnage. On préfère la très belle scène où les deux camarades s’assoupissent à la médiathèque avec le soleil couchant, au lieu d’avoir révisé leurs leçons : un moment de paix, volé à un emploi du temps qui laisse peu de répit.


© 2023 Mai Matsuda / FUTABASHA
S’évader sans toucher à la Play
La pression scolaire n’est pas un sujet, en tous cas rien de tel dans ce premier tome. Le club des flâneurs entretient une atmosphère plus légère que de critiquer le système éducatif. Cela n’empêche pas l’autrice de faire vibrer plusieurs cordes sensibles, avec un cadre simple auquel on peut toutes et tous s’identifier : en classe, qui n’a jamais cru voir l’aiguille de l’horloge reculer tellement il y en a marre de cette journée sans fin ?! C’est un manga de vie scolaire, mais qui s’intéresse avant tout à ce qui se passe après la sonnerie, et aux détours que l’on peut faire pour s’évader de la routine, en laissant curiosité et spontanéité prendre le dessus.


© 2023 Mai Matsuda / FUTABASHA
L’autrice applique ce principe à sa narration, qui enchaîne des épisodes différents, autour du sport, de rencontres, du spectacle de fin d’année, d’une promenade sous la pluie, d’une mystérieuse cassette audio, d’un autre club dédié à l’occulte ou encore d’un énorme matou qui traîne dans le quartier. Ces petites péripéties sont souvent imprégnées d’un humour bienveillant ou légèrement décalé, surtout grâce aux réactions de Naoki, qui est curieuse, directe et énergique comme une gosse de cinq ans (… aux cheveux verts ?), tandis que son compère est franchement posé. Pas de dingueries en vue : Le club des flâneurs reste réaliste et c’est bien mieux ainsi, car la série nous tend un miroir et peut faire réfléchir.
Les contraires s’attirent à ce qu’il paraît, et Naoki et Shun vont bien ensemble… si vous voyez ce que l’on veut dire. Leur relation est en tous cas on ne peut plus saine, elle repose avant tout sur le plaisir de partager un moment sur le chemin du retour. Mai Matsuda a progressé depuis son précédent manga, Hikaru in the light !, le trait reste simple mais bien mieux maîtrisé, plus fin et plus émotif, elle joue souvent sur les regards de l’un et de l’autre pour exprimer ce qu’ils ressentent et ce qui leur trotte dans la tête.

Le club des flâneurs n’arrive pas avec un concept fracassant, c’est un manga feelgood où la simplicité vise juste. La série compte quatre tomes au Japon, elle est toujours en cours de publication dans Manga Action, un magazine réputé pour la liberté qu’il accorde aux mangakas. Un anime est en cours de production.
Autrice : Mai Matsuda
Éditeur : VEGA
Tome 1 disponible
Prix : 8,35 €

