Manga
La fanfare au clair de lune
La musique fait-elle vibrer les cœurs plus fort dans une petite ville tranquille ? Réponse avec cette série en cours de publication chez noeve grafx.

Thérapie de groupe (de musique)
En s’amusant à fouiller dans les librairies, ou sur le web, on trouve pas mal de bande-dessinées sur la musique, mais il s’agit le plus souvent de biographies (Bob Marley, les Beatles, Nick Cave, etc) ou de documentaires (en principe sur le jazz ou le rock). Il y a un large angle mort dans cette production : ce que la musique apporte à la jeunesse quand elle s’empare des instruments n’est pas, ou très peu évoqué par la BD occidentale. Et c’est exactement l’inverse du côté du manga, avec par exemple Beck, Blue Giant, Bocchi the rock ! ou encore Sounds of life.


La fanfare au clair de lune se démarque de ces titres en déportant le son un peu plus au calme. Cette série en six tomes se déroule à Akita, une ville côtière située du nord du Japon, et bien qu’elle compte 300 000 habitants, vous ne le ressentirez pas tant l’atmosphère est celle d’une vie paisible. C’est là que Mizuki atterrit après avoir fugué : elle emménage chez sa tante car elle ne supportait plus sa vie de lycéenne, la pression des examens et le regard blessant de ses parents. À force d’être traitée comme une sotte, et assommée par des phrases comme « pense un peu à ton avenir », elle a perdu confiance en elle et le désir d’aller de l’avant. Pas cool, mais trop classique (et on ne parle pas que des mangas).
Mizuki rencontre alors Akira, un lycéen pas très bavard et un peu cassant, mais elle arrive tout de même à apprendre qu’il est trompettiste dans la fanfare de son lycée. Maîtriser un instrument demande des années de pratique, Mizuki ne se fait donc pas vraiment d’illusions sur ses chances d’intégrer la fanfare. Cependant, la curiosité va prendre le dessus, et peut-être plus encore son désir de faire partie d’un groupe et de partager un objectif avec les autres. Un projet qui n’a rien à voir avec ses études, les concours d’entrée à la fac, un futur boulot, etc, mais qui va lui permettre de souffler un grand coup.

Un souvenir d’enfance de Mizuki
Quart de tour à droite et huit pas en avant !
La fanfare au clair de lune emprunte donc, et en douceur, le chemin du manga thérapeutique. Oui, la petite troupe a des objectifs : concours préfectoral, régional, etc. Mais ces compétitions ne sont pas des fins en soi, il ne s’agit pas de gagner pour gagner, ce sont plutôt des épreuves qui permettent de souder les liens d’une bande d’adolescents et de les faire avancer ensemble.
Pour le scénario, l’autrice s’appuie sur son vécu et ses souvenirs, elle a fait partie d’une fanfare au lycée et cela apporte au récit un réalisme prenant. Jouer dans ce type de formation musicale, c’est en fait beaucoup plus exigeant que de donner un concert : par petits groupes, les musicien.ne.s doivent marcher, tourner, se croiser en gardant le même rythme et en jouant une partition. Certain.e.s incarnent même un personnage, si le spectacle raconte une histoire (comme Le magicien d’Oz au début de ce manga).


© Hamachi Yamada / FUTABASHA
Mizuki a donc beaucoup à apprendre et on apprécie que sa progression soit tout aussi réaliste : elle ne devient pas un génie de la trompette en deux tomes, elle n’a pas non plus un talent particulier en sommeil. Il s’agit plus simplement d’une jeune femme qui se fait une sa place dans le groupe, malgré son retard. Merci à l’autrice, Hamachi Yamada, de rappeler que nous sommes toutes et tous différent.e.s et que tout l’intérêt est d’apprendre à se mettre au diapason.
Le regard bienveillant qu’elle pose sur ses personnages n’empêche pas non plus les frictions, les moments de doute et les incompréhensions. Akira a un but dans la vie et n’en démord pas, quitte à se tenir parfois à l’écart des autres, mais quand il le faut, il sait faire preuve d’empathie. La présidente du club doit gérer les aléas de tout le monde et garde la pêche, mais comment se comporter face à une saxophoniste douée, qui est déçue de ne pas jouer plus en solo ?

Le dessin allie beaucoup de douceur pour illustrer le quotidien à Akita, à une grande énergie pour mettre en images les tempêtes musicales. Le style n’est pas spécialement original mais les planches sont fort agréables, on ressent toute la sensibilité de l’autrice, et pour ma part, c’est l’essentiel, surtout qu’à l’image de Mizuki, elle progresse d’un tome à l’autre et maîtrise mieux les élans du cœur qu’elle peint sur les visages, et les scènes où les notes des cuivres s’envolent.
J’aime énormément ce genre de manga, qui permet de découvrir une activité avec autant de réalisme que d’émotions, on y trouve plein d’infos et en même temps l’humain reste au centre. N’hésitez pas à consulter la page web dédiée à La fanfare au clair de lune sur le site des éditions Futabasha, avec notamment des aperçus en vidéo de fanfares de lycée au Japon et des commentaires sur la série.
Autrice : Hamachi Yamada
Éditeur : noeve grafx
Tome 4 à paraître le 22 mai
Prix : 7,95 €

