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Manga

Strange lessons by professor terror

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Un sujet bouillant (le terrorisme) + un prof implacable + un scénario en béton, cela donne un manga intelligent et sous haute tension. Quatre tomes à paraître, aux éditions Mangetsu.


Ikigami – Préavis de mort, Ki-Itchi !!, The world is mine, Ushijima – L’usurier de l’ombre, Coq de combat, Blessures nocturnes, Helter Skelter, etc. : tous ces mangas, sortis en France dans les années 2000, venaient touiller les plaies ouvertes de la société nippone, et dresser un état des lieux qui n’avait rien à voir avec le Cool Japan. Avec fureur et un réalisme cru, ils abordaient des sujets plus ou moins politiques. De nos jours, ce type de récits a quasiment disparu de nos librairies.

Here comes Professor Terror.

© Carlo Ten, Ten Ishida / Kodansha Ltd.

Et cela ne date pas d’hier. En février 1972, un groupe armé révolutionnaire (l’Armée rouge) a pris en otage la propriétaire d’un chalet, dans la préfecture de Nagano. La police assiège le chalet pendant dix jours, l’otage est libérée mais deux policiers et un civil sont tués. Quelques mois plus tard, un autre groupe terroriste japonais déclenche une fusillade à l’aéroport de Tel-Aviv (Israël) : près d’une trentaine de morts et quatre-vingt blessés.

Ces deux événements ont dégoûté l’opinion publique nippone de toute forme de violence politique. Au cours des années 1960, des manifestations géantes avaient souvent tournées à l’affrontement brutal contre les forces de l’ordre. Cela n’arrivera plus.

Les troupes du syndicat étudiant Zengakuren, à la fin des années 1960. Les bambous ne servaient pas qu’à porter les drapeaux…

Les attentats au gaz sarin ont créé un autre type de traumatisme : perpétrés en 1995 par la secte Aum Shinrikyo, à Matsumoto puis à Tokyo, ils font treize morts et plus de six mille blessés. Une perquisition révèle des plans de tueries de masse, avec des armes chimiques. Aum Shinrikyo existe toujours, la secte a simplement changé de nom et elle est sous surveillance des autorités.

Une minorité de Japonais.es s’est inquiétée : pourquoi le gouvernement n’a t-il pas pris des mesures strictes pour mieux contrôler les dérives des mouvements religieux sectaires ?

C’est donc sur un terrain miné qu’avancent les auteurs de Strange lessons by professor terror. Peu de mangas parlent de terrorisme, d’endoctrinement, de sectes et de manipulations psychologiques. Et celui-ci le fait bien.

Prof Terror, c’est Tim Lorentz, qui enseigne dans une université japonaise. Son objectif ? Étudier la violence, à la racine, et pousser ses étudiant.e.s à réfléchir en dehors de la boite. Et pour y parvenir, il a des méthodes… très personnelles, dont il fait une démonstration éloquente dès la première heure de cours.

© Carlo Ten, Ten Ishida / Kodansha Ltd.

D’entrée de jeu, Tim Lorentz envoie un leurre qui lui permet d’avertir ses étudiants : vous ne réfléchissent ni assez, ni dans les bonnes directions, et vous êtes des victimes potentielles pour les recruteurs des sectes. Dans ce manga comme au Japon, ces recruteurs opèrent régulièrement sur les campus universitaires, pour détecter et enrôler des esprits malléables, des jeunes isolés ou mal dans leur peau.

Tim Lorentz, prof terror et prof déter

Strange lessons by professor terror est un manga bavard, mais pas récitatif. L’action se déploie sous forme d’un match de boxe mental entre le le prof et ses élèves. Et les auteurs se donnent à fond pour que les dialogues aient de l’épaisseur, tout en restant aussi percutants que le dessin de Ten Ishida – surexcité, il envoie des rafales de coups de fouet supplémentaires à la narration.

Le but du jeu est d’apprendre à analyser concrètement et à penser collectivement. Première épreuve : définir les notions de terrorisme et de justice, qui changent selon les points de vue. Exemple simple, qui ne figure pas dans ce récit : pour l’Allemagne nazie, les résistants et les maquisards français étaient des terroristes, et non pas des justiciers.

© Carlo Ten, Ten Ishida / Kodansha Ltd.

Le premier tome se penche aussi sur des questions économiques, sur les raisons qui amènent une personne à employer la terreur, et comment cela prend ensuite la forme d’une organisation. Tim Lorentz est un orateur hors pair, il tend des pièges, ses élèves tombent dans le panneau ou esquivent, puis ripostent.

On glisse ainsi de grands épisodes de l’histoire mondiale du XXème siècle, aux méthodes spécifiques aux sectes dans le Japon actuel. Cette lutte intellectuelle est passionnante, solide et vraiment bien documentée.

Au-delà de l’exposé des faits et au-delà des astuces scénaristiques qui font grimper la tension, Strange lessons by professor terror se lit aussi comme une méthode pour apprendre à ne pas se laisser influencer, et à rester maître ses pensées. Cela faisait un long moment qu’on n’avait pas lu un seinen de cette trempe, qui réussit à nous scotcher en décodant le réel et des thèmes explosifs.

Scénario : Carlo Zen
Dessin : Ten Ishida
Éditeur : Mangetsu
Tome 1 disponible
Prix : 8,45 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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