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Manga

Selon 6 survivants : dernière coloc avant la fin du monde

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Un manga de zombies / post-apo de plus ? Nope : un nouveau regard sur le genre, centré sur des couples et des manipulations psychologiques. Trois tomes à lire aux éditions noeve Grafx, sur sept au total.

Ils sont huit, retranchés dans un centre commercial pendant qu’à l’extérieur, c’est le grand chaos final à cause d’une population d’infectés qui ne fait que grossir. Quatre filles, quatre garçons, qui s’organisent afin de survivre le plus longtemps possible… Hmm… non, ce n’est pas tout à fait ça : on ne peut pas dire qu’ils soient tous passionnés par la discipline, l’espoir de contacter les secours et l’idée de rationner les provisions. À quoi bon, d’ailleurs, vu que les magasins sont pleins à ras-bord et qu’il suffit de les piller ?

Riri est la plus sérieuse. Sportive, déterminée, un mental d’acier et carré, elle voit plus loin que ses compagnons, même si au fond elle est comme eux : prisonnière de son passé, qui dicte sa conduite et ses réflexes. On en saura plus par la suite, pour chacun des personnages. Pendant que Riri cogite, les autres pensent avant tout à profiter de la vie et à se mettre en couple. Pas forcément en mode libido / besoins naturels. Simplement, quitte à affronter la fin du monde, c’est sans doute plus sympa à deux, non ?

Alors non, ne vous attendez pas à une romcom décalée et à de grands élans d’amour et d’héroïsme. Sur les bases d’une cohabitation d’inconnus rassemblés par un danger mortel, le récit développe un thriller psychologique qui s’éloigne souvent des infectés. À la limite, ils sont parfois très secondaires. L’auteur s’intéresse plus à cette expérience sociale qui consiste à rassembler des caractères très différents dans un lieux clos. Et ça fait toute la différence avec un survival classique : la colocation passe avant l’infection, les relations quotidiennes passent avant la survie, bien que le récit ne manque pas d’attaques / contre-attaques, ni de coups de batte !

© Kazune Yamamoto 2020 / KADOKAWA CORPORATION

Forcément, les mentalités, les peurs, les désirs et les névroses de chacun.e s’entrechoquent, pendant que les corps de certain.e.s se rapprochent. Beast Kashimoto passe son temps à filmer avec son smartphone, en espérant faire le buzz sur les réseaux sociaux. Ryô n’a aucun souci à draguer une fille de dix-sept ans. Ren-Ren se laisse aller à sa nature autoritaire. Etc. La plupart des personnages révèlent à un moment un côté gênant, ou détestable (à vous de placer le curseur), à l’exception de Riri. Du coup, on a tendance à trier les bons et les méchants, les leaders fiables et les incapables.

Mais c’est une fausse piste, tendue par le mangaka Kazune Yamamoto. Toutes et tous ont des penchants très humains, et un rôle à jouer. Et nous, lecteur.ices, on se retrouve dans la même situation que ces survivants : il est très difficile de se faire une idée sûre de la boussole morale de chacun. Et aux retournements de situations trop fumés et autres grandes révélations, l’auteur préfère dévoiler ses personnages peu à peu, et garder des interactions réalistes.

La série a été adaptée en drama – à gauche : Riri est hyper gênée d’être (encore) filmée par Beast Kishimoto

Quand le tempo s’accélère, Kazune Yamamoto s’avère tout aussi doué pour dessiner des scènes d’action. Son style sec et anguleux n’est pas son seul atout, il sait aussi doser la violence graphique et appuyer sur les détails en noir, pour amplifier les aspects horrifiques sans taper dans les cadrages clichés et le gore. Et à l’impact de ces séquences, il ajoute une dimension plus stratégique. Les infectés gardent certaines caractéristiques de leur vie d’avant : rapidité, force, capacité à manier des outils et même… leurs goûts en matière de musique ! Cela amène du coup un bel éventail de possibilités, qu’il ne se prive pas d’utiliser.

Extrait du tome 1, édition japonaise
© Kazune Yamamoto 2020 / KADOKAWA CORPORATION

Selon 6 survivants réserve un autre genre de surprises que les survival habituels et pour moi ça marche du tonnerre, j’ai englouti d’une traite les trois tomes disponibles. Tout en restant fidèle à son concept de départ (couples, huis-clos, survie), l’auteur enchaîne des idées intéressantes et le dessin est top. Et une fois de plus, le magazine Harta, qui a pré-publié la série, ne déçoit pas. Kazune Yamamoto est l’auteur de plusieurs autres mangas. Vous pouvez en avoir un aperçu sur son compte X.

Scénario et dessin : Kazune Yamamoto
Éditeur : noeve Grafx
Tome 3 disponible
Prix : 8,95 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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