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Manga

Pourquoi il faut découvrir le boy’s love avec Nagahama

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Scarlet Beriko dessine avant tout la finesse des sentiments, au-delà des codes du boy’s love, et met le genre à portée de toutes et tous. Tome 2 disponible aux éditions Taifu Comics.

C’était une première : en 2024, le nouveau manga de Scarlet Beriko a été publié simultanément au Japon, en France, et dans neuf autres pays ! Non pas en numérique, comme cela a déjà pu se faire, mais bien en version papier ! Une nouvelle preuve (s’il en fallait) que la mangaka est devenue incontournable sur la scène boy’s Love, mais peut-être aussi un moyen de la faire découvrir à un public plus large ?

Scarlet Beriko se définit avant tout comme une illustratrice, c’est ce qu’elle a toujours aimé faire, et c’est presque par « accident » qu’elle a fini par publier des mangas. Elle explose pourtant en 2013, grâce aux one-shots Queen and the tailor, mettant en scène un talentueux tailleur, et Minori no te, qui marquera le début, sans qu’elle le sache à ce moment-là, d’une saga aussi passionnante que violente se déroulant dans le milieu des yakuzas.

Jealousy

Une histoire qu’elle développera dans le volume unique Yondaime Ôyamato Tatsuyuki, mais surtout au travers des cinq tomes de sa série Jealousy, terminée en 2022. Après avoir dépeint un univers aussi brutal, l’autrice avait visiblement besoin de souffler un peu, en revenant à un récit plus léger, mais pas moins captivant !

Ici, pas de malfrats ni de meurtres, seulement deux amis d’enfance, Issa et Nagisa, inséparables habitants de la ville de Nagahama, bordée par le lac Biwa. L’alchimie entre eux est évidente, dès les premières pages, à travers leurs regards et leurs gestes, d’Issa qui retire la cigarette des lèvres de Nagisa avec sa propre bouche, à leurs mains s’effleurant alors qu’ils sont allongés sur les cailloux d’un terrain vague abandonné. Un pacte implicite, qui rend leur relation exclusive, a même été passé entre eux au collège : quand une fille s’est déclarée à Nagisa, Issa lui a bien fait comprendre qu’il avait intérêt à la rejeter.

© Scarlet Beriko 2024 / Shinshokan

Pourtant, aucun mot d’amour n’a jusque-là été prononcé, ni par l’un ni par l’autre, malgré des paraphrases telles que « tant que tu ne me détestes pas, je me fiche du reste », et des comportements qui ne trompent personne, pas mêmes les cadets du club de foot dont Nagisa est l’entraîneur (un peu officieux). Mais à l’aube de leur entrée dans la vie adulte, un baiser est échangé, faisant d’eux un « couple », comme ils le verbalisent enfin. Ceci dit, tout n’est pas si simple, passer à cette étape supérieure, c’est aussi acter la fin de de leur adolescence insouciante, notamment symbolisée par les travaux qui vont faire disparaître leur QG de toujours…

Scarlet Beriko travaille depuis ses débuts avec le même éditeur, Kuma-G, qui tient un rôle assez atypique : quand ils s’appellent, ce n’est pas pour échanger sur le travail de la mangaka, mais plutôt pour parler de tout et de rien, se raconter leur journée, ou disserter sur des sujets philosophiques. On peut alors s’amuser à les imaginer, en 2022, discutant de cette nouvelle loi japonaise, abaissant la majorité de 20 à 18 ans, les menant à se demander si cela allait changer le rapport des jeunes à la notion « d’adulte ».

© Scarlet Beriko 2024 / Shinshokan

En tout cas, c’est bien cette thématique qui est au cœur du récit, puisque Issa et Nagisa sont dans leur dix-huitième année d’existence, celle-là même où l’on doit décider de son avenir, et donc, quelque part, devenir un autre soi. Pas facile pour Nagisa qui, avec ses cheveux roses, sa clope au bec et son pantalon large, est vu comme un « rebelle », terme qu’il réfute (selon ses propres mots, il est plutôt un « lycéen comme les autres, un peu paumé ») mais qu’il attribue volontiers à Issa, qui a fait le choix audacieux de tourner le dos à l’école, avant même l’obtention de son bac, pour embrasser une carrière de pêcheur-poissonnier.

L’admiration de Nagisa devant cette capacité à suivre ses envies, sans se soucier de ce que la société nous impose, est très probablement une projection de celle de l’auteure, qui a toujours été « attirée par les personnes suivant leur propre éthique, au lieu de se conformer aux standards », comme elle le déclare dans une interview accordée au podcast « BL with Akiko ».

© Scarlet Beriko 2024 / Shinshokan

Un mantra qu’elle s’applique à elle-même, en s’affranchissant depuis toujours des codes du boy’s Love, tels que la catégorisation (quasi imperceptible, voire inexistante dans ses œuvres) des personnages en deux rôles bien distincts : le uke, « dominé » souvent naïf et frêle, et le seme, « dominant » généralement fort et protecteur.

Nagahama to be, or not to be ne fait pas exception à la règle, et va même encore plus loin pour tenter d’élargir sa cible, puisque c’est la première fois que la mangaka ne dessine pas de scènes de sexe, constituant parfois un frein psychologique pour les néophytes. Plus d’excuses pour ne pas partir à la découverte du superbe trait de Scarlet Beriko, ici à son plus haut niveau, dont elle nous fait régulièrement profiter sur son compte Instagram, alimenté de sublimes illustrations couleurs des deux héros, dans des situations tour à tour amusantes, mignonnes ou plus sexy.

Compte Instagram de Scarlet Beriko

Alors laissez-vous embarquer dans la douce histoire d’amour entre Issa, ses expressions vieillottes (« ça a le don de m’échauffer la bile »), ses déclarations tonitruantes (on vous met au défi de ne pas avoir les yeux embués en lisant sa lettre), et Nagisa, son air faussement cool (qui cache en fait un cruel manque d’assurance), sa nature fleur bleue non assumée…

Vous pouvez suivre Scarlet Beriko sur sa page Instagram et sur son compte X.

Nicolas Tamalet est le créateur de la chaîne Youtube Yaoicast.

Scénario et dessin : Scarlet Beriko
Éditeur : Taifu Comics
Tome 2 disponible
Prix : 9,35 €

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