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Manga

LOVE IS A BOXING RING : LE NOBLE ART DU JOSEI

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Spécialiste des récits courts parfois fantastiques (Mermaid Prince, Immortal Rain), souvent romantiques (Our Summer Holiday) mais toujours spectaculairement émouvants, Kaori Ozaki revient avec manga josei qui va vous réconcilier avec les villages ennuyeux de bord de mer et vous redonner une confiance folle dans l’humanité.

Lorsque Nichiko revient sur son île natale pour inhumer son père, elle forge une curieuse amitié, doublée d’une attirance mutuelle, avec Chimaki, un jeune homme en quête de sens et trainant un secret trop lourd à porter. Entre leur différence notable d’âge et de maturité, leurs blessures respectives et leurs entourages, se convaincre qu’ils sont faits l’un pour l’autre ne sera pas de tout repos…

Love is a boxing ring s’étale sur deux tomes merveilleusement structurés. Si le premier volume se concentre sur Chimaki, sa rencontre avec Nichiko et la révélation finale de son secret, le deuxième tome développe un triangle amoureux avec l’entrée en scène d’Atsuru, l’ex de Nichiko, dans un long flashback creusant leur relation et leur rupture. Loin des clichés du rival pétri de défauts (ou du double négatif du prétendant), Atsuru n’est jamais jugé pour sa lâcheté de mari adultère (Nichiko étant sa maîtresse à qui il dissimule son mariage).

Kaori Ozaki souligne au contraire ses qualités : il est plein de vie, il encourage Nichiko et brise sa solitude. Il a également une haute idée de son métier d’éditeur. Sa rencontre avec l’auteur qui a bercé son enfance est, par exemple, très touchante. Au même titre que sa déconnexion avec sa femme et son fils. Et lorsqu’il décide de se pointer à l’improviste sur l’île pour reconquérir Nichiko, la conflictualité annoncée avec Chimaki se résout par des situations comiques qui valorisent (ou ridiculisent) les deux prétendants.

INU TO SANDOBAGGU © 2022 Kaori OZAKI / SHOGAKUKAN

A contrario, Chimaki, héros de cette romance, s’il est immédiatement attachant (son secret déchirant, ses maladresses, sa bienveillance à toute épreuve), il souffre également d’un tempérament envahissant voire fougueux.

Ces scènes pourraient vite devenir embarrassantes pour le personnage mais là aussi, l’humour de Kaori Ozaki fait des miracles grâce à une idée délicate et puissante : la comparaison de Chimaki avec Hachimaki, un chien qui fut le refuge de Nichiko durant son enfance difficile. Outre la proximité des prénoms, le comportement fonceur et maladroit de Chimaki est souvent perçu comme celui d’un jeune chien fou par Nichiko. Et c’est avec des ordres tel « pas bouger ! » qu’elle « éduque » Chimaki quand il perd sang-froid et bon sens.

Et ce ne sont que quelques exemples de la subtilité de l’écriture de Kaori Ozaki. Plusieurs personnages secondaires peuvent faire preuve de la même richesse psychologique, exprimée avec une économie de moyens rares. On pense en particulier à la mère de Chimaki, personnage quasi absent de l’intrigue mais dont la douleur irrigue tout le premier tome.

INU TO SANDOBAGGU © 2022 Kaori OZAKI / SHOGAKUKAN

Kaori Ozaki est une mangaka précieuse et pas uniquement grâce à ses personnages. Son art se traduit aussi à travers un très grand sens de la mise en scène. La suspension des dialogues dans les moments cruciaux laissant toute sa place à la force du dessin et du cadre ; l’utilisation du hors champ ou de la distance pour préserver la pudeur des personnages dans toutes les situations qu’elles soient érotiques, sentimentales, violentes, douloureuses ; le découpage, les valeurs de cadre au bon endroit, au bon moment, le rythme… Techniquement, en terme de narration, ces deux volumes sont une masterclass de limpidité, et feraient un excellent support pédagogique pour des mangakas en herbe.

N’oublions pas enfin qu’il s’agit d’un josei et qu’il témoigne d’une santé particulière du genre en France après deux décennies de faux départs. Et il faut rendre hommage surtout aux éditions Akata, Kana et Delcourt Tonkam d’avoir su maintenir cette flamme vivante avec des autrices majeurs telles Jun Mayuzuki (Après la pluie), Yuki Fumino et Yuki Kaneda (Tante que nous serons ensemble) et donc Kaori Ozaki.

Elles prouvent, avec bien d’autres traduites désormais en France, que le manga au féminin n’a rien à envier au raz-de-marée du webtoon (dont la romance pour lectrices adultes reste LE genre phare). Mieux, les autrices japonaises font preuve d’une authenticité et globalement de qualités d’écriture bien supérieures et Love is a boxing ring en est un exemple stupéfiant.

INU TO SANDOBAGGU © 2022 Kaori OZAKI / SHOGAKUKAN

Scénario et dessin : Kaori OZAKI
Éditeur : Delcourt Tonkam
Série complète en deux tomes disponibles
Prix : 8,50 €

Kamen Writer !!!

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