Manga
La fin du monde avec mon shiba inu
Du post-apo rigolo et un peu philo, en compagnie d’une ado et de son toutou à la langue trop bien pendue. Une série en cours de publication aux éditions Meian.

La fin du monde (sous un beau ciel bleu)
Quoi, comment et pourquoi… on n’en saura rien. Ce n’est jamais le sujet de cette série entièrement en couleurs, qui alterne des yonkoma (gags en quatre cases) et des chapitres composés dans le format story manga habituel. Mais le fait est là : Haru (le shiba inu) et sa maîtresse (dont on ignore le prénom) ne croiseront pas un seul humain. Ceci dit, la solitude n’est pas au programme, la tranquillité non plus, car l’inattendu les attend derrière chaque buisson et à chaque étape…
On y trouve, en vrac, des aliens épris d’agriculture et de mangas, différents yokai et autres divinités locales, des tanukis gourmands et prêts à tout pour gratter un dessert, ou encore un très autoritaire dieu de la mort égyptien (Anubis) qui défend la cause canine. Les humains étant aux abonnés absents, la nature et la faune ont repris leurs droits, et plus particulièrement les chiens, qui squattent partout ou presque, husky, akita inu, golden retriever, teckel, labrador, etc.


© Yu Ishihara 2018 / KADOKAWA CORPORATION
Et puisque dans ce nouveau monde tous les animaux parlent, ils en profitent un max et sont très occupés à bavarder, à faire des blagues, à chercher leur queue et parfois le sens de la vie. Lui aussi doué de la parole, Haru s’avère un excellent compagnon de voyage, à la fois complice au pelage doux et meilleur ami… aux répliques piquantes. Car entre lui et sa maîtresse, ce sont deux visions du monde qui s’entrechoquent, Haru ayant tendance à se montrer pragmatique, voire encyclopédique, tandis que la lycéenne est en mode relâche – après tout, on ne vit qu’une fois la fin du monde.
Leurs joutes verbales son bien entendu punchy et tout aussi variées. Toutou et sa mémère discutent du chat de Schrödinger, de méditation, de Darwin, de procrastination, d’amour, de kilos en trop et des plaisirs simples de la vie au grand air, quand ils ne se posent pas des questions existentielles aussi cruciales que de savoir comment les anges se reproduisent.


© Yu Ishihara 2018 / KADOKAWA CORPORATION
Carpe diem
Les animaux et les créatures rencontrés en chemin s’absentent souvent pour mieux revenir quelques chapitres plus loin et bien vite, c’est un univers farfelu et à l’horizon illimité qui s’est installé pour de bon. L’autrice explique sa démarche dès la postface du premier tome :
« J’ai voulu créer une histoire qui se passe dans un monde totalement libre, où personne n’est capable de réfuter quoi que ce soit en prétextant que c’est impossible (…). La chose que je voulais transmettre, c’est que peu importe la situation dans laquelle vous êtes, si vous vivez un seul instant qui vous fasse ressentir de la joie au plus profond de votre être, alors vous n’avez besoin de rien de plus ».
C’est ainsi que nos deux héros mènent un périple sans périls, en mode camping et sac à dos, mais sans manquer de rien. Derrière l’humour énergique de cette série, on perçoit le regard que l’autrice pose sur notre monde et sans doute sur sa propre vie, un mélange de poésie décalée, d’amour de la nature et de désir de liberté. Les deux compères voyagent sans destination, sans but, à travers tout le Japon, et les surprises délirantes, les nuages et les montagnes remplacent la foule, la routine et le confort. La fin du monde avec mon shiba inu n’a pas de fil conducteur et il n’en avait surtout pas besoin. C’est vivre l’instant présent qui importe, quant aux flash-back, ils permettent de développer la relation entre Haru et la lycéenne, et de resituer combien ils comptent l’un pour l’autre.


© Yu Ishihara 2018 / KADOKAWA CORPORATION
Le format yonkoma ne m’a jamais passionné (pardon à tous les fans d’Azumanga Daioh…), mais cette série a vaincu mes résistances. Son univers est hyper sympathique et l’autrice insuffle une dynamique différente, en alternant comme elle l’entend une narration en groupes de quatre cases et des chapitres au format habituel. Yu Ishihara avait commencé par publier ses planches sur Twitter, avant qu’un éditeur ne s’intéresse à son travail. À la base, elle dessinait pour elle, au calme et en s’inspirant de son compagnon à quatre pattes. C’est sans doute grâce à cela que La fin du monde avec mon shiba inu sonne comme une œuvre personnelle, et qui sort de l’ordinaire.
Un extrait du premier tome est disponible sur le site des éditions Meian et vous pouvez suivre Yu Ishihara sur son compte X – si vous aussi vous aimez les chiens, en photos ou en dessins, vous allez être servis !
Auteur : Yu Ishihara
Éditeur : Meian
Tome 4 disponible
Prix : 9,95 €

