Manga
Smother Me
Un polar noir et nocturne, qui suit les traces de sang laissées par un très jeune assassin cherchant un peu de lumière dans sa vie. En deux tomes aux éditions Glénat.


« Smother me » en français cela donne « étouffe-moi » et le titre annonce les grandes lignes de ce manga. C’est une histoire sous pression du manque de soleil et d’espoir, et un exercice de style sous influence de la bande-dessinée américaine – non pas les comics de super-héros, plutôt les thrillers à la Ed Brubaker et Sean Phillips par exemple (Criminal, Velvet, Night Fever, etc.).
Lose yourself
Akio n’était qu’un gosse quand sa mère l’a vendu à une organisation criminelle, et il a bien fait de contourner les règles day one. Le type au regard vide qui le prend en charge lui propose deux options mais ça sent coup fourré. Alors, Akio imagine une troisième option et prouve qu’il est plus malin et déterminé à vivre que d’autres enfants de son âge. Il devient donc un tueur à gages, surnommé le Serpent. Son arme fétiche est un long fil, qui tranche aussi bien la chair que le métal d’une arme à feu.

…
Le petiot n’a plus peur de rien, si ce n’est de ses cauchemars. Le temps passe et à treize ans il rencontre Lynne, une serveuse aveugle et prisonnière de son patron. La jeune femme fait vibrer en lui une corde sensible : le besoin de faire un peu de bien. Vous l’aurez deviné, c’est le début de sérieux ennuis et d’un récit sans aucun temps mort.
Le dessin de Hiroshi Shimomoto frappe fort d’entrée de jeu et le rendu s’améliore au fil des deux tomes. Il réussit à marier lourdeur et souplesse, des formes simples ou évasives et un travail graphique plus pointu sur certains détails, ainsi que des aplats de trames grises et de noirs profonds.
Les planches sont imprégnées de choix esthétiques radicaux, et ce style inhabituel lui permet de plonger le récit dans une atmosphère épaisse, palpable et inquiétante – ça ne s’intitule pas Smother Me pour rien. Combats, pièges et mauvaises rencontres : les mésaventures mortelles d’Akio se déroulent à Detroit, un choix intéressant pour une fiction de ce genre car cette ville du middle-west des États-Unis est notoirement connue pour son taux de criminalité et de chômage, qui ont fait fuir la moitié habitants, laissant des quartiers entiers déserts – pour schématiser, la réalité étant plus complexe.


SMOTHER ME © 2024 by Hiroshi Shimomoto / SHUEISHA Inc.
« And I will strike down upon thee with great vengeance and furious anger »
Si les deux tomes se lisent d’une traite grâce au dessin et au découpage des planches – pensez à respirer de temps en temps quand même – on ne peut pas en dire autant du scénario, qui s’avère un ou deux crans en dessous du travail graphique du mangaka. Pas une catastrophe non plus. Smother Me emploie des personnages archétypaux et ce n’est pas un problème, c’est l’un des codes du thriller en comics à l’américaine.
Les premiers rôles sont donc tenus par une douce amie en détresse, une femme fatale, un homme de pouvoir au physique gras, un géant musculeux, etc, qu’ils soient prisonniers de leur passé ou menacent de tout faire dérailler, tant certains sont pulsionnels et imprévisibles. Par contre, Hiroshi Shimomoto ne cherche pas spécialement à dépasser ces codes, à jouer avec nos attentes, ou à en donner une définition plus personnelle – à l’exception du Singe, un assassin, agent du chaos, et l’une des pièces maîtresses d’un jeu d’échecs et mort, qui réserve son lot de révélations.


SMOTHER ME © 2024 by Hiroshi Shimomoto / SHUEISHA Inc.
Smother Me exploite donc mieux les capacités du dessinateur, qui possède un univers et une marque de fabrique. Pour le reste il semble avoir été correctement coaché par son éditeur afin de faire aboutir une histoire qui tient la distance, mais sans plus d’ambitions. Cela peut tout de même suffire à se laisser embarquer par ces deux tomes de belle fabrication (papier intérieur et papier de couverture sont épais, l’objet tient bien en mains avec un petit goût de roman graphique à la clé).
Smother Me est la première série de Hiroshi Shimomoto. Malgré ses faiblesses, elle lui ouvre un avenir prometteur, et c’est cool de voir émerger un coup de crayon numérique qui sort de l’ordinaire. Le mangaka se consacre désormais à Gachankii, aka Delinquent Gacha, que vous pouvez lire en anglais pour pas un sou, sur l’application Manga Plus.
Auteur : Hiroshi Shimomoto
Éditeur : Glénat
2 tomes disponibles – série complète
Prix : 10,95 €

