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Manga

No Devil

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Un manga qui fait hurler les amplis et son héroïne, Lucie, cernée par les ennuis comme jamais dans sa courte vie. Senchiro est de retour avec un premier tome juste parfait, ou pas loin.

Senchiro s’est fait un nom il y a quatre ans avec Sweet Konkrete, une enquête en trois tomes au cœur de Cielazur. Pour élaborer cette ville bétonnée, et truffée de mystères, il s’était inspiré notamment des rues de Hong-Kong et du cinéma d’action made in asia. Et il fallait avoir du souffle pour suivre son héroïne sur les toits et les trottoirs de Cielazur, à la recherche de la vérité sur le décès de son père. Senchiro montrait alors un net penchant pour la conception et l’exploration de dédales urbains. Ou bien, au minimum, ce type d’univers avait bien secoué son imagination.

Il en reste des traces dans No Devil : quelques séquences de voltige entre les immeubles, et des décors immersifs et réalistes, détaillés avec un soin encore supérieur à celui appliqué à sa première série. La comparaison s’arrête là. L’auteur a mis le polar de côté et change de registre, en s’emparant des codes du manga de chasse aux démons.

À la base, on n’était pas rassuré, tellement ce genre a déjà été poncé par les mangakas ces vingt-cinq dernières années. Mais Senchiro s’en sort haut la main pour y apporter sa propre vision.

© 2026 Senchiro – Kana (Dargaud-Lombard s.a)

C’est le jour J pour Lucie : elle est fin prête pour l’audition qui lui permettra d’entrer au conservatoire, après des années d’efforts, les mains sur sa guitare et le nez collé aux partitions. Une belle matinée qui tourne au désastre quand un jeune chasseur de démons, nommé Léo, la percute en pleine rue. Bien que rangé dans son étui, l’instrument de Lucie n’y survivra pas, adieu l’audition qui devait changer sa vie.

Et ce n’est pas terminé, comme l’annonce le pitch du manga, « Quand un trop plein d’émotions vous transforme en démon ! », le quotidien et l’avenir de Lucie prennent des allures d’apocalypse.

Quant à Léo, il ne mesure pas encore les conséquences de sa maladresse. Ils n’avaient rien demandé, mais tous deux sont désormais liés. D’abord par une dette, puisque Léo doit trouver un moyen de se rattraper après avoir explosé la gratte de Lucie. Et bien sûr, il ignore tout des changements et des problèmes qu’elle est en train de vivre. Un secret qui amène la tension nécessaire à ce premier tome, tandis que nous, lecteurs, sommes les seuls à pouvoir comprendre les réactions de l’un et de l’autre, et à entrevoir où cela peut les mener…

© 2026 Senchiro – Kana (Dargaud-Lombard s.a)

Pour le moment, No Devil n’est pas vraiment porté sur l’action pure – chaque montée d’adrénaline est utile à l’histoire. Senchiro pourrait bien enfoncer la pédale de l’accélérateur dès le second tome, comme il l’avait fait sur Sweet Konkrete.

À la limite, on n’est pas spécialement pressé, tant le développement de ses personnages s’avère prenant. Il s’agit même du principal enjeu de ce premier tome, le lore étant réduit à des éléments rapidement installés : les chasseurs bossent pour des agences, ils sont chargés de débarrasser les humains d’un maléfice (opération qui ne signe pas l’arrêt de mort des victimes, en théorie), et il y a un lien entre le maléfice et les émotions.

C’est tout, ou presque. On trouve ça plutôt courageux que l’auteur mise à fond sur ses personnages pour installer son manga, et non pas sur des données (armes, pouvoirs, rangs, organisations secrètes, etc.).

© 2026 Senchiro – Kana (Dargaud-Lombard s.a)

Léo, c’est un chien fou dès qu’il part en mission. Il a un taf plutôt excitant (cavaler pour traquer des maléfices, à 18-19 ans, ça ne se refuse pas) et de la fougue à revendre. Mais sa vie est précaire, un peu solitaire, et il n’a pas encore les codes, disons, du « monde des adultes ». C’est un jeune qui essaye de s’en sortir, et qui doit subir un patron doux comme l’acier et sympa comme des barbelés. De son côté, Lucie est mieux entourée et mieux aimée, elle a son groupe de rock pour se défouler, cependant elle stagne dans un job alimentaire, tout en regardant ses rêves d’artiste lui filer sous le nez. Elle n’a pas encore trouvé le déclic pour surmonter son échec.

© 2026 Senchiro – Kana (Dargaud-Lombard s.a)

On ne sait pas si cette histoire est personnelle pour Senchiro. Quoiqu’il en soit, il a su injecter dans No Devil des dilemmes et des épreuves réalistes du passage à l’âge adulte. Et creuser l’intimité de ses personnages avec des subtilités intéressantes, pour évoquer par exemple la confiance en soi et celle que l’on accorde – ou pas – aux autres. Son dessin a suivi une belle courbe d’évolution depuis Sweet Konkrete, et sert parfaitement le propos. Les planches sont à l’image de son écriture : minutieusement fouillées. Au-delà de cet aspect plus technique, on retient avant tout le naturel et la force des émotions exprimées par le chara-design. Ce n’est pas très joli dit comme ça, mais le taf de Senchiro sur ses personnages est monstrueux.

Un léger regret, juste pour la route ? L’absence de pages couleurs, alors que le design et la colo de l’illustration de couverture sont très réussis.

Bon, grande question : quel rôle aura la musique par la suite ? On ne dessine pas une guitariste en couverture juste pour faire joli, non ? J’ai plusieurs théories, que je vais garder pour moi. Parce que soit j’ai raison et ça devient des spoilers, soit je vais me ridiculiser en visant loin de la cible...

Après avoir lu le tome, vous pourrez y réfléchir en écoutant la B.O. de No Devil, composée par Senchiro en personne et en accès libre sur les plates-formes de streaming. Vous pouvez aussi le suivre sur son compte Instagram.

Auteur : Senchiro
Editeur : Kana
Tome 1 disponible
Prix : 8,10 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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