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Manga

Lights, Drag, Action ! est éblouissant

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Le drag queen français Kam Hugh met son parcours en scène, avec au dessin Narumi Shigematsu, l’autrice de Babel et de Running Girl. Une collaboration que l’on n’avait pas vu venir. Et qui tient déjà bien des promesses.

On ne sait pas à quel point cette histoire est autobiographique pour Kam Hugh, performer drag queen aux 220K d’abonnés sur Instagram et créateur.ice de sa marque de make-up. En postface du premier tome, il explique toutefois ceci :

Du coup, pour Lights, Drag, Action ! on peut parler de fiction biographique. Et c’est complètement raccord avec la culture drag queen, qui encourage à incarner la meilleure version de soi-même.

Kam Hugh sur Instagram. Imaginez-vous le taf avant chaque photo ?

Le récit ne s’oriente pas vers le tuto manga, qui donnerait beaucoup d’informations et d’explications. Kam Hugh et Narumi Shigematsu vont plutôt ancrer le drag dans une réalité actuelle et toute simple.

De quoi effacer le souvenir de pseudo-reportages TV dégradants des années 2000, en mode « qui sont ces folles sur talons aiguille à paillettes ? ». L’image du drag a changé, notamment grâce aux compétitions Drag Race, mais il est important de rappeler qu’une époque plus moche n’est pas si lointaine.

© 2026, Kam Hugh, Narumi Shigematsu / Éditions Akata

Tandis qu’il entre en classe de terminale, Aloïs garde son homosexualité au placard. Mais l’arrivée d’un nouvel élève, puis l’annonce d’un show de son groupe préféré de drag queens près de chez lui, vont ouvrir un nouvel horizon à cet adolescent tout doux.

Les personnages sont posés de manière assez classique. D’un côté, Aloïs subit les brimades et les moqueries répétées des grands cons de son lycée, qui ont tendance à alourdir ses journées. De l’autre, il s’allège et rayonne dès qu’il peut vivre sa passion pour le drag et tout ce qui s’en approche : dessiner des costumes, prendre soin de son apparence, etc.

© 2026, Kam Hugh, Narumi Shigematsu / Éditions Akata

Aloïs garde vraiment tout à l’intérieur. Même sa pote Deddy ne sais pas qu’il est gay et qu’il aime à ce point les drag queens. Avec Deddy, c’est pourtant une amitié rêvée : gourmande assumée, elle laisse les critiques lui passer au-dessus de la tête et ne juge pas non plus les autres.

Garder ses secrets en solitaire et s’empêcher de vivre comme on le désire… pas la peine de vous faire un dessin, non ?! Ces problématiques se déclinent sur tout un tas de situations personnelles, ou de « différences ».

Mais un projet se profile pour Aloïs, et c’est sans doute le premier pas dans une nouvelle vie.

Entre Aloïs et la culture drag queen, c’est la nuit et le jour. Il reste dans l’ombre, tandis que les drags sont de flamboyants performers qui se donnent à fond, au point que personne ne peut faire semblant de regarder ailleurs. Lights, Drag, Action ! met en scène ce contraste, et le drag est comme un symbole d’une émancipation exaltée, portée par le plaisir de s’affirmer en dehors des normes. Hommes et femmes peuvent incarner n’importe quel type de personnages et ce n’est pas du cosplay. Il y a des points communs, sauf que les drag queens vont créer leur(s) propre(s) personnage(s) / identité(s).

Au fil des rencontres, c’est dans ce milieu qu’Aloïs sera amené à évoluer, et à grandir. Il est fan de princesse depuis qu’il est tout petit, et fasciné par les drag queens. Kam Hugh, pour sa part, aime les magical girls. On a hâte de voir comment toutes ces influences vont redéfinir son identité et quels défis il va relever… sur scène ?!

© 2026, Kam Hugh, Narumi Shigematsu / Éditions Akata

Après la SF de Babel (2012) et un docu-fiction sur les jeux paralympiques (Running Girl, en 2018), Narumi Shigematsu a une fois de plus adapté son style aux besoins de l’histoire – ce qui n’est pas si habituel chez les mangakas. Tout en souplesse, son dessin évolue dans la douceur, avec un bel équilibre entre l’énergie des joies intérieures de son héros, et des ambiances plus sobres et réalistes.

C’est même avant tout une histoire ancrée dans le réel, avec en arrière-plan une vie normale : une petite ville de banlieue pavillonnaire, une maman célibataire et aimante, sans oublier un début de romance qui grandit dans le calme, sans effets tapageurs.

Un récit touchant ? Oui, comme 80% des mangas basés sur la tranche de vie. Porté par un sujet inédit et intéressant ? Oui, c’est cool mais ce n’est pas exceptionnel. On a encore plus apprécié l’approche réaliste, qui présente la culture drag queen dans ses aspects universels : se libérer des contraintes sociales et des rôles pré-établis.

Mais cela avec les spécificités propres aux drags. C’est à dire exister, à fond, fièrement et avec créativité. Les drag queens restent des personnages larger than life, mais traités à hauteur humaine dans ce manga. Et c’est aussi ce qui fait de Lights, Drag, Action ! un manga très pertinent.

À chaque fois que j’écris « touchant » à propos d’un manga, je me déteste. C’est tellement un lieu commun, surtout si on est du genre ému par les trilles des oiseaux ou par le rire d’un.e proche. Mais c’est vrai que le portrait d’Aloïs ne m’a pas laissé de marbre, avec ses étoiles plein les yeux, ses doutes qui lui font mal au ventre et, peut-être avant tout, sa créativité qui ne demande qu’à se libérer, et à le libérer.

Vous pouvez lire le premier chapitre sur le site des éditions Akata.

Scénario : Kam Hugh
Dessin : Narumi Shigematsu
Éditeur : Akata
Tome 1 disponible
Prix : 8,50 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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