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Manga

Les noces vénéneuses : les tropes sont-ils trompeurs ?

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Un soldat immortel propose d’épouser une jeune femme dont le corps est littéralement empoisonné. Un mariage arrangé en cinq tomes, et le premier est disponible chez Kazé Manga.

Romelia a perdu sa joie de vivre dans le laboratoire où elle était enfermée, pour servir de cobaye. Son corps produit naturellement du poison, qu’elle peut transmettre aux autres par ses fluides corporels. Elle est donc condamnée à garder ses distances avec les êtres vivants. Une larme suffit à faner une fleur, ou à tuer un homme.

Les noces vénéneuses baigne tout d’abord dans une atmosphère graphique endeuillée. Le dessin n’est pas mignon, ni séduisant. Mais son aspect un peu rêche colle bien avec le sujet, et avec la relation entre Romelia et Kuturi, un ancien soldat dont on apprend vite qu’il ne peut pas mourir. Quand Kuturi lèche les larmes de Romelia, cela lui fait à peine l’effet d’un petit shot d’alcool fort.

Alors, ils vont se marier.

© Nijimi Oikawa / Kodansha Ltd.

À peine remise d’avoir été séquestrée dans un laboratoire, la jeune femme accepte de prendre pour mari un homme dont elle ne sait rien. Ah si, il picole, fait la sieste et se glisse sous ses draps à l’improviste – une scène sans violence ni gravité, mais un peu red flag quand même. Ou du moins, elle était évitable et témoigne d’un manque d’imagination pour définir les personnages.

Les noces vénéneuses nous demande d’accepter le trope de l’union forcée par le destin, et de ne pas crier : « meuf, tu veux pas prendre ta vie en mains, maintenant que tu es libre ?! ». Les liens qui réunissent ce couple reposent essentiellement sur leur condition (in)humaine face à la vie et la mort, et sur leur solitude.

© Nijimi Oikawa / Kodansha Ltd.

Pourquoi pas. Après tout, c’est une base intéressante. Il n’empêche, l’écriture manque de conviction. Kuturi a le rôle du BG qui vit en marge de la société et de ses normes. On parie, évidemment, qu’il cache une personnalité plus profonde et attentionnée. Mais il y aurait eu bien des façons de poser ce personnage, sans avoir recours aux clichés du grand solitaire, blessé par la vie, qui se cache derrière une attitude infantile de forceur un peu lunaire, et qui n’a pas tout à fait conscience de ce qu’il fait.

Bref, ça ne vole pas bien haut. On coche les cases d’un certain nombre de tropes et go, le récit peut démarrer. Les noces vénéneuses n’est pas le premier manga romantasy à opérer ainsi. C’est juste un bon exemple de ce registre d’écriture rushée.

© Nijimi Oikawa / Kodansha Ltd.

Il faut passer le cap du prologue et du premier chapitre pour que le récit prenne une autre saveur. Les personnages qui étaient réduits à un concept (elle sème la mort / il est immortel) sont mieux développés, et leur relation s’approfondit. Quant à Romelia, elle s’intéresse de plus en plus aux plantes médicinales, ce qui donne une direction logique au personnage, vu son passé et les dommages que ses fluides corporels peuvent causer.

Au fil des chapitres, la mauvaise impression s’estompe. Le passé et le présent de Romelia s’entremêlent, donnant un aperçu de son triste vécu et des secrets du laboratoire. Plus décisif pour accrocher notre attention : elle se construit un avenir. Le portrait y gagne en force, la victime devient peu à peu une héroïne et c’est là que l’histoire devient plus intéressante. Le chemin reste balisé, surtout en matière de romance, toutefois Les noces vénéneuses s’est décidé, un peu tard mais pas trop tard, à nous proposer autre chose.

© Nijimi Oikawa / Kodansha Ltd.

Il est fort possible que vous ne soyez pas aussi déçus que moi en lisant le prologue et le premier chapitre. Mais je voulais être clair sur le niveau d’exigence que l’on est en droit d’attendre aujourd’hui en matière de romance fantasy. N’oublions pas que la répétition des tropes et des mêmes recettes ont fait beaucoup de mal à la culture manga ces dernières années. Même les éditeurs japonais en ont pris conscience.

Le mangaka Nijimi Oikawa publie ses illustrations en couleur sur Pixiv et la mélancolie qui s’en dégage parfois explique le choix des atmosphères pour Les noces vénéneuses.

Scénario et dessin : Nijimi Oikawa
Éditeur : Kazé Manga
Tome 1 disponible
Prix : 7,99 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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