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Je vous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître… Dolly, en ce temps-là (fin des années 90), était un fameux groupe rock français qui fédérait les jeunes et moins jeunes, grâce à une musique à la fois électrique et mélodieuse, aux fortes influences noisy/grunge anglo-saxonnes, et portée par la voix faussement ingénue de sa chanteuse-guitariste Emmanuelle Monnet – alias Manu ! Après la séparation prématurée du groupe (consécutive au décès brutal de son bassiste et fondateur en 2005), Manu a entamé une carrière solo naviguant entre pop et rock, entre électrique et acoustique, et qui vient de déboucher sur un étonnant EP entièrement chanté en Japonais : TENKI AME. Réalisé en collaboration avec Suzuka Asaoka, animatrice de la chaîne Nolife, il donne de séduisantes couleurs nippones à la musique fraîche et dynamique de l’artiste, mais il témoigne surtout d’un amour profond de celle-ci pour la culture populaire japonaise qui nous est chère. Coyote a voulu en savoir plus et vous offre donc un passionnant entretien avec Manu…

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Pour commencer, et pour nos (jeunes) lecteurs qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter et résumer ton parcours artistique jusqu’à aujourd’hui ?
Oui, certains ont peut-être connu mon ancien groupe Dolly, avec qui j’ai fait quatre albums et pas mal de concerts en France et à l’étranger. On s’est séparé en 2005 suite au décès accidentel de notre bassiste Micka.

Sur ton premier album, RENDEZ-VOUS, il y avait déjà une chanson chantée en japonais, SUTEKI NI, qui est reprise en version live sur ton nouvel EP. Peux-tu nous raconter comment est née cette chanson ?
J’avais cette chanson avec un début de texte en anglais mais je n’arrivais pas à le faire en français. Comme à l’époque, je dévorais le manga NANA de Ai Yazawa, et en parlant avec Suzuka Asaoka, animatrice de la chaîne Nolife, on s’est dit que ça pourrait être pas mal d’essayer de le faire en japonais, pour le plaisir. Ne parlant pas japonais, Suzuka m’a fait travailler la manière de chanter son texte et finalement, tout s’est fait assez naturellement.

De quoi traite cette chanson ?
La musique dégageait des ondes positives, j’ai donc juste demandé à Suzuka de faire un texte qui donne envie de sourire, d’ouvrir grand les bras. Le texte raconte le fait de se sentir fort et invincible, contre l’adversité, malgré tous les problèmes qu’on peut rencontrer. « Ce jour, je vais le vivre pleinement… Je vais le vivre fort, Et personne ne m’en empêchera ». En japonais, SUTEKI NI, c’est le fait de combattre, dans le sens positif, pas d’une manière guerrière.

© Jean Marc Millière

© Jean Marc Millière

Qu’est-ce qui t’attire dans la culture et/ou la langue japonaise en général ?
Quand j’ai commencé à chanter, c’était la culture anglo-saxonne qui nous inspirait. Mais aujourd’hui, on a pu découvrir d’autres cultures, d’autres manières de voir le monde. Le Japon a une grande culture d’images, même si je l’ai surtout découvert à travers le jeu vidéo, et surtout la série des ZELDA. Ensuite j’ai découvert les films de Miyazaki, comme beaucoup. Et je me suis mis à lire des mangas, comme NANA, BECK, ou même DEATH NOTE ou L’ATTAQUE DES TITANS dans un autre genre. Il y a un côté universel dans ces œuvres, beaucoup d’humanité. Et tout cela m’a inspiré d’une manière indirecte dans l’écriture de mes chansons. Après, je ne suis absolument pas une spécialiste, ni une Otaku. Mais je pense qu’il est difficile aujourd’hui de passer à côté d’une culture si importante.

Apparemment, ton EP est une sorte d’hommage à Shigeru Miyamoto, Haya Miyazaki ou Ai Yazawa… Peux-tu nous dire ce que tu aimes plus particulièrement chez ces artistes et de quelle manière ta musique leur rend-t-elle hommage ?
C’est ce que je disais juste avant. Shigeru Miyamoto, car même si ce n’est pas lui le compositeur des musiques de ZELDA, j’ai passé tellement de temps à jouer à MARIO ou ZELDA. J’aime d’autres jeux japonais, comme PROFESSEUR LAYTON ou KATAMARI DAMACY (et même POKEMON, que j’ai découvert sur le tard), mais Shigeru Miyamoto est un peu le « symbole » de cette créativité. Pour Miyazaki, ses œuvres sont les films d’animation que j’ai préféré et pour Ai Yazawa, son manga NANA a été un véritable choc pour moi. Ces trois artistes définissaient bien la manière dont je me suis pris de plein fouet cette culture.

© Jipé Truong

© Jipé Truong

Es-tu aussi amatrice de J-rock ou de J-pop ? Si oui, quel(le)s sont tes artistes préféré(e)s dans ces domaines ?
Assez bizarrement, alors que je fais de la musique, c’est par les mangas et les jeux vidéo que j’ai découvert tout ça. Pas du tout par la musique japonaise. Pour l’instant, je ne m’y suis pas encore mis à fond, même si j’aime certains artistes diffusés sur la chaîne Nolife. L’artiste japonais que je connais le mieux est Akira Yamaoka, le compositeur de SILENT HILL ou de LOLLYPOP CHAINSAW. Il m’avait invité à venir chanter avec lui YOU’RE NOT HERE, la chanson de SILENT HILL 3, à la Japan Expo en 2011. Il avait ensuite intégré la première version de TENKI AME à sa compilation PLAY FOR JAPAN VOL.2, au profit des victimes de Fukushima.

Comment t’est venue l’idée de faire ce EP entièrement chanté en japonais ?
Après SUTEKI NI, on avait fait TENKI AME avec Suzuka, puis AMAKU OCHIRU. Mais ces titres n’ont pas trouvé leur place dans mon dernier album LA DERNIÈRE ÉTOILE. Comme ils me tenaient beaucoup à cœur, on s’est dit pourquoi ne pas les réunir en faisant un petit EP juste en digital. Je voulais aussi faire quelque chose depuis longtemps avec le dessinateur français Hitori De, lui aussi très inspiré par le Japon, et on lui a proposé d’illustrer ces titres. En réunissant tout ça, on s’est dit qu’on avait matière à le sortir en physique, faire un bel objet, en CD et vinyl. On a même pu rajouter différentes versions des chansons, comme celle de 2080, un autre artiste musical français très inspiré par le Japon. On s’est fait plaisir, avec un projet un peu fou, différent.

Il y a différentes éditions de ce EP, avec pas mal de goodies ou de visuels… Peux-tu nous les décrire ?
Il y a le CD, avec 8 titres, presque un mini-album. Le vinyl, avec un livret particulièrement soigné, les illustrations de Nico Hitori De en pleine page, et des présentations du projet par Suzuka, Nico ou moi-même. On s’est vraiment fait plaisir. Et ensuite, les goodies habituels que je fais pour chaque album, tee-shirts, sacs ou badges, en vente sur le site www.manu-friends.com/. Comme on est 100% indés (je sors mes disques sur mon label Tekini Records), je me permets de faire un peu de promo pour ma boutique.

Tu as travaillé avec une parolière japonaise : Suzuka Asaoka. Peux-tu nous la présenter ?
Suzuka a lancé la chaîne Nolife avec Alex Pilot et Sébastien Ruchet. Elle est animatrice, traductrice et s’occupe aussi des liens entre Nolife et ses partenaires japonais. Elle a même écrit un livre : PARIS JAPON. Pour les paroles, elle y est venue suite à notre collaboration. J’adore ses textes, ce mélange de profondeur et de légèreté, et j’espère qu’on va encore collaborer ensemble. On a une nouvelle chanson « en chantier » d’ailleurs.

Comment avez-vous travaillé pour les textes ? As-tu tout écrit en français d’abord pour une traduction après coup, ou était-ce un travail d’écriture à quatre mains ?
Les textes sont entièrement signés par Suzuka. C’est vraiment son univers, sa vision et je m’y retrouve totalement. À part MÔ JIKIKAI, qui est l’adaptation de ma chanson J’ATTENDS L’HEURE.

Est-ce que tu parles japonais toi-même ?
Non, malheureusement. Dommage, car c’est une belle langue. J’en profite un peu en la chantant (en phonétique).

De quoi parlent les textes de ces nouvelles chansons en japonais ?
Je vous ai déjà parlé de SUTEKI NI. TENKI AME est une chanson très atmosphérique, le titre signifie en gros SOURIRE SOUS LA PLUIE, c’est un très beau texte, qui rappelle un peu l’ambiance de l’animé 5 CENTIMÈTRES PAR SECONDE, un film magnifique. Ce film a d’ailleurs inspiré Nicolas Hitori De pour les illustrations du disque et le clip animé qu’il a réalisé sur la chanson. AMAKU OCHIRU (DOUCE CHUTE) est une histoire d’amour, mais assez triste et désabusée, un réveil difficile après une soirée arrosée. « Des vêtements éparpillés – Un matin aux relents d’alcool… », ça va très bien avec la musique un peu plus « club » que mes chansons habituelles. MÔ JIKIKAI (J’ATTENDS L’HEURE) parle de la difficulté de vieillir, avec des images de personnes âgées s’éteignant doucement dans une maison de retraite.

Est-ce que le fait d’avoir des textes en japonais – qui induisent donc un phrasé un peu particulier – a eu une incidence sur la composition de la musique et ta façon de travailler ?
Non, car comme je le disais, les textes ont été fait après les musiques.

Du fait de la langue, les mélodies vocales en japonais sonnent différemment de celles de la musique occidentale… Comment as-tu adapté ton chant ?
Je n’ai pas eu à l’adapter tant que ça. Le plus dur a été la première chanson, ensuite, j’ai compris comment poser le texte sur ma mélodie. Et Suzuka m’aide en enregistrant sa voix lorsqu’elle a fini le texte. Elle corrige aussi certaines de mes intentions. Mais bizarrement, j’ai beaucoup plus de facilités à chanter en japonais qu’en anglais. Le japonais est finalement très fluide, et très rythmique. Je prends énormément de plaisir à chanter en japonais.

Les morceaux originaux sont tous présentés dans des versions remixées… Quel était ton but à travers ces remixes – toi qui viens plutôt d’un univers rock ?
Ce ne sont pas tout à fait des remix, mais plus des versions différentes. Pour TENKI AME, je voulais quelque chose de très acoustique, avec des cordes, de la harpe et du piano, comme un fantasme de générique de dessin animé ou de RPG. On a aussi demandé au compositeur Santiago Walsh de nous en faire une autre version plus orchestrée, elle aussi façon animé. Pour les versions electro de 2080 et Alif Tree, je leur ai laissé carte blanche, et ils se sont appropriés les morceaux, plus 8-bits pour 2080 et plus sombre et rythmique pour Alif Tree.

Est-ce que ces versions électroniques t’ont donné des envies d’aller peut-être vers une musique plus synthétique pour tes futures compositions ?
Je compose déjà des titres plus électro. J’en ai fait pas mal ces dernières années et c’est une voie que j’espère continuer à explorer. Je sortirai peut-être quelque chose de ce genre un de ces quatre. Par contre, mon prochain album, prévu pour la fin 2015, sera beaucoup plus axé sur les guitares. Il va être très électrique, très brut, avec plein de guitares saturées et un gros son. Un peu l’antithèse du EP japonais. Mais j’aime ça, varier les univers. J’aime le rock puissant, noisy, et j’aime aussi les ballades et la douceur. Les deux ne sont pas incompatibles. Ce qui compte, c’est le cœur.

D’un autre côté, il y a aussi deux versions acoustiques/néoclassiques sur le EP, et tu as récemment fait une tournée en formation « électro-acoustique » (avec mini-batterie et violoncelle). Est-ce que tu aimerais te diriger vers quelque chose de plus dépouillé, ou était-ce seulement une expérience ?
J’ai sorti LA DERNIÈRE ÉTOILE début 2013 et j’ai donc tourné ensuite avec un groupe très électrique, très puissant. Mais en 2014, mes guitaristes sont repartis travailler sur leurs propres projets. Je suis donc parti sur une formule plus souple, avec Damien Jarry au violoncelle, Matt Murdock à la guitare et Nirox à la batterie. On prend beaucoup de plaisir alors je vais essayer de mener de front les deux formations. La formule « électro-acoustique » ou la nouvelle formation électrique, selon les lieux qui nous programment.

Un nouvel album est prévu pour 2015 : que peux-tu nous en dire ?
Comme je te le disais, il sera assez électrique, j’y retrouve mes racines au niveau de l’inspiration. Pixies, Sonic Youth, Grandaddy… ce sont les artistes qui m’ont inspiré à mes débuts et naturellement quand j’ai commencé à écrire les chansons de ce nouvel album, leurs fantômes ont ressurgi. Peut-être aussi car à la différence des albums précédents, j’enregistre moi-même la plupart des guitares et basses de cet album. Les parties sont donc plus simples, plus brutes, plus sales aussi. On ne se refait pas …;)

As-tu d’autres projets musicaux à venir ?
Je viens de participer au dernier album de Pat Kebra, l’ancien guitariste d’Oberkampf. Je fais des chœurs sur quelques titres et on a un joli duo ensemble, PENSER À DEMAIN. Ensuite, je finis d’enregistrer le prochain album. Si tout se passe bien, on sortira un single avant l’été et l’album avant la fin de l’année. Ensuite, concerts, concerts, concerts…

Question spéciale « vieux fan » : Beaucoup de groupes des années 80/90 se reforment… Malgré le décès du fondateur et bassiste Michaël Chamberlin, qui a mis un terme à l’existence du groupe – et vu que tu reprends maintenant quelques titres de Dolly sur scène – est-ce qu’un retour de Dolly serait quand même envisageable pour toi aujourd’hui ?
Cela me fait plaisir parfois de reprendre certains titres de Dolly, de les revisiter. Je suis très fière de ce groupe, c’est une belle partie de ma vie. Mais j’ai besoin de créer, de composer et d’écrire à nouveau, c’est plus important et vital pour moi que de ressasser le passé.

MANU SERA EN CONCERT AU FESTIVAL ROCK’ESTUAIRE A CORDEMAIS (44) LE 12 JUIN PROCHAIN. La Billetterie c’est ICI.

Entretien réalisé par Christophe Lorentz. Remerciements à l’équipe de Crosslight Global Entertainment.

Crédit Photos : Jipé Truong, Jean-Marc Millière.

Chaine Youtube de Manu.

Manu3

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3 Commentaires

3 Comments

  1. lily là

    28 mai 2015 à 6 h 52 min

    Woowww Superbe article avec quelques extraits en plus. Merci bien . J’adore ! Il ne me reste plus qu’à attendre avec impatience le 12. juin.

  2. nathalicoon

    28 mai 2015 à 8 h 06 min

    merci merci merci pour cette superbe interview :) de Dolly à Manu “solo”, que d’aventures et de chansons partagées :) j’en veux encore … a très bientot sur scène Manu <3

  3. Filenou

    28 mai 2015 à 8 h 16 min

    Vibrante Manu!
    super article.
    j adore ce son rock depuis le debut. j ai decouvert l univers japonnais et le mix est delicieux!
    une grande artiste qui nous fait vibrer avec des horizons musicaux si differents.
    bravo!

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Interview

Interview de Keiko Nagita, scénariste de CANDY

Publié

le

@Marie Carbonnier

Avec son regard pétillant et ses cheveux d’or, la jolie orpheline Candy a marqué toute une génération grâce à son adaptation animée diffusée lors de l’émission Récré A2 à la fin des années 70. Keiko Nagita, la scénariste du manga original CANDY CANDY a retrouvé son héroïne quarante ans plus tard pour écrire deux romans publiés aux éditions Pika. Lors de son passage à Livre Paris, en mars dernier, notre journaliste Marie Carbonnier a pu la rencontrer.

Parlez-nous de ces deux romans qui sortent en France. Contrairement à ce que l’on peut penser c’est du Young Adult !

Oui, il y a quarante j’ai écrit un premier roman sur Candy destiné aux enfants. En me basant sur les 2 000 pages du scénario du manga CANDY CANDY, j’en suis arrivée à 500 pages de manuscrit. Mais j’aurais pu en faire dix tomes ! Quand l’opportunité de rééditer mon roman s’est présentée, j’ai eu envie de le réécrire pour un lectorat plus adulte. J’estimais que mes personnages avaient grandis en même temps que moi.

Peut-on s’attendre à des différences entre le manga, l’animé et les romans ?

Bien sûr, j’ai pris de l’âge. Il m’est arrivé toutes sortes de choses qui n’ont pas toujours été faciles, comme pour mes personnages. Le temps et l’expérience nous ont fait évoluer. Le premier tome reprend l’histoire de Candy telle qu’on la connait mais d’un point de vue plus mature. Le second volume est un roman épistolaire et va raconter l’avenir des personnages. En fait, j’ai mis dans ces romans tout ce que je n’ai pas pu écrire pour le manga !

Comment est venue votre vocation pour l’écriture ?

J’ai perdu mon père quand j’avais dix ans, ça m’a beaucoup marquée. J’ai soudain pris conscience que la mort est imprévisible. Ce drame m’a poussée vers les livres et m’a fait réfléchir. Je me suis alors dit que le meilleur moyen de donner forme à mes pensées était la poésie. Et comme ça ne m’a pas suffi j’ai écrit un premier roman… mais aujourd’hui j’aurais bien trop honte si on le lisait !

Abordez-vous l’écriture différemment s’il s’agit d’un roman ou d’un scénario ?

Oui, complètement ! On est plus libre d’exprimer la psychologie des personnages dans un roman. Quand j’écrivais des scénarios je veillais toujours à ce que cela soit facile à retranscrire pour Yumiko Igarashi (dessinatrice de CANDY CANDY) que ça donne une belle image et qu’il puisse y avoir du mouvement. Le plus dur pour moi c’était quand l’éditeur modifiait certaines scènes. Avec le temps j’avais plus de mal à l’accepter. Un jour, je me suis dit que c’était devenu impossible pour moi d’écrire des scénarios.

Est-il vrai que vous avez écrit le dernier épisode de CANDY CANDY en France ?

Oui ! Au Domaine de Beauvois, un château hôtel à Luynes. Il n’y avait personne car on était hors-saison. J’avais envie d’être isolée, de me retrouver seule avec mes personnages. Je me souviens que j’avais le cœur qui battait, j’étais très excitée et j’ai énormément écrit. En revanche, la première fois que je suis entrée dans ma chambre j’ai vu un tableau de chasse et je me suis mise à pleurer parce que cela m’a fait penser à Anthony.

Vous êtes vraiment très attachée à vos personnages !

J’ai pleuré parce que j’étais désolée d’avoir fait mourir Anthony, mais aussi parce que je n’ai pas trop aimé le tuer lors d’une chasse au renard. Anthony est un personnage doux et gentil, je ne pense pas qu’il aime la chasse. À l’époque, l’idée ne me plaisait pas non plus mais il fallait un impact visuel pour le manga. C’est devenu l’une des scènes les plus importantes de CANDY CANDY… mais cela m’a vraiment désolée !

En France, cette mort a tellement choqué les parents que lors de la rediffusion de la série animée, le scénario avait été modifié par la chaîne Antenne 2 : Anthony était simplement blessé et à l’hôpital.

(Elle rit) Oui, j’ai appris ça ! Mais du coup, Anthony disparaît : où est-il ? A-t-il perdu la mémoire ? Néanmoins, je peux comprendre cette réaction. Moi-même j’ai eu pas mal d’hésitation à inclure cette mort dans le scénario.

Regrettez-vous ce choix scénaristique ?

Non, j’aurais tout simplement refusé sinon. Mais en vrai, l’homme meurt toujours de façon soudaine. Je l’ai moi-même expérimenté. La vie est éphémère et même si ça peut choquer les gens, c’est comme ça. Je ne trouvais pas plus mal de transmettre ce message aux enfants. En voyant Candy surmonter un drame similaire, les enfants peuvent se dire qu’eux aussi en sont capables.

Selon vous, est-ce pour cela que la mort et les orphelins sont omniprésents dans les œuvres destinées aux enfants ?

Quand j’ai perdu mon père, je lisais ANNE LA MAISON AU PIGNON VERT, le roman de Lucy Maud Montgomery. Cette lecture m’a beaucoup apportée et m’a réconfortée. Quand on vit un tel drame, on devient plus sensible à la gentillesse et à la bienveillance de notre entourage. J’espère que des œuvres de ce genre continueront d’exister et d’inspirer les lecteurs.

Le théâtre est un acteur important dans CANDY CANDY. Les pièces de Shakespeare en particulier y sont souvent représentées comme ROMEO ET JULIETTE, HAMLET, LE ROI LEAR… Le théâtre a-t-il été une source d’inspiration pour votre scénario ?

Bien sûr, Shakespeare m’a énormément influencée. Mais il y a aussi Racine et Giraudoux envers qui je suis extrêmement reconnaissante !

Que pensez-vous des « héritières » de Candy ? GWENDOLYNE de Yōko Hanabusa ou LA ROSE DE VERSAILLES de Riyoko Ikeda ?

J’ai beaucoup apprécié ces mangas et j’espère qu’il y en aura d’autres dans la même veine, mais je regrette qu’il y en ait si peu dans la production actuelle.

Pour vos dédicaces, il paraît que vous avez réservé un cadeau très spécial pour vos fans ?

J’ai apporté le stylo avec lequel j’ai écrit la fin de CANDY CANDY ! Maintenant j’écris à l’ordinateur mais je fais partie des gens qui ont écrit le plus longtemps possible à la main. Ce stylo, je l’avais acheté à Paris. Je ne l’ai plus utilisé depuis ce dernier chapitre. Quand on m’a invitée en France, j’étais tellement heureuse que je l’ai ressorti, quarante ans après ! Comme il est longtemps resté dans son coin, il doit être content d’être utilisé à nouveau.

Remerciements à Clarisse Langlet de chez Pika.

  • Résumé de CANDY – Candice White l’orpheline : Candice White est une petite fille espiègle et adorée de tous à la Maison Pony, l’orphelinat qui l’a recueillie. Elle y coule des jours heureux jusqu’à l’adoption d’Annie, son amie de toujours. Désormais seule, Candice voit peu à peu défiler les années et désespère de trouver une famille. Alors lorsque les Lagan se proposent de l’embaucher, même comme simple demoiselle de compagnie, Candice n’hésite pas un seul instant ! Et quoiqu’elle doive composer avec Neal et Eliza, deux garnements bien décidés à faire d’elle leur souffre-douleur, elle n’échangerait sa place pour rien au monde. Après tout, c’est ainsi qu’elle a rencontré Stair, Archie et, bien sûr, leur cousin Anthony ! Mais une chasse au renard pourrait bien tout faire basculer…

Le tome 2, CANDY – Le prince sur la colline, sortira en libraire le 12 juin prochain.

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Anime

Interview Shin’ichiro Watanabe – Réalisateur en résonance

Publié

le

© Terror in Resonance Committee Photo © Laurent Koffel

Le réalisateur de COWBOY BEBOP est bel et bien revenu aux affaires après le délicat KIDS ON THE SLOPE et la première saison, surprenante, de SPACE DANDY. Toujours sous l’égide du studio MAPPA, fondé récemment par le légendaire fondateur de Madhouse, Masao Maruyama, il propose l’anime TERROR IN RESONANCE, décrivant une fin du monde violente, profondément ancrée dans le Japon urbain contemporain. Mieux, les héros de la série relèvent d’archétypes qui peuplent les animes situés en milieu scolaire, mais distillant un pessimisme complètement à l’opposé des personnages de KIDS ON THE SLOPE. Pour COYOTE MAG, Shin’ichiro Watanabe revient sur la genèse d’une série originale et ouverte sur le monde. 

Comment le projet Terror in Resonance s’est-il développé ?

D’un point de vue extérieur, on pourrait sans doute croire que je n’ai rien fait de 2007 à 2012, l’année où j’ai réalisé Kids on the slope. Mais en fait, pendant tout ce temps, j’avais envie de m’atteler à la création d’une nouvelle œuvre. J’ai donc élaboré plusieurs projets, mais finalement, peu ont vu le jour. Terror in Resonanceest l’un des projets de cette période.

Vous avez donc tout fait pour que ce projet se réalise ?

C’est ça. C’est à cette période que Fuji Television m’a proposé Kids on the slope. À cette occasion, je leur ai également parlé du projet Terror in Resonance. Yamamoto Kôji, producteur chez noitaminA, m’a proposé que l’on se concerte non seulement sur Kids on the slope, mais aussi sur un futur projet original. C’est ainsi que Terror in Resonancea finalement vu le jour.

Cette série reste pour l’instant encore très mystérieuse, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Hé bien… Ça se rapproche beaucoup des séries étrangères. En ce moment, il y a beaucoup de séries étrangères d’excellente qualité. Grâce à leur format, plus long que celui d’un film, elles peuvent se permettre de traiter des thèmes plus sérieux tout en incluant les nécessaires éléments de divertissement. J’avais envie, tout en faisant du divertissement populaire, d’attirer les gens qui apprécient les séries étrangères.

Quel genre de séries étrangères ?

Si je devais prendre un exemple, je comparerais Terror in Resonanceà 24 heures chrono. (Rires) Des actes de terrorisme sont perpétrés à Tôkyô, un inspecteur de police vétéran se retrouve chargé de l’enquête. (Rires) Quand j’en parle comme ça, ça ressemble un peu à une blague, mais je me suis efforcé de faire intervenir la résolution des énigmes du groupe terroriste Sphinx dans chaque épisode. Je pense que les gens qui apprécient Sherlock, par exemple, apprécieront aussi cette série.

L’annonce de la série fait état de « deux adolescents qui, sous le nom de Sphinx, entraînent le Japon tout entier dans leur jeu. » Au regard de votre filmographie, cette œuvre n’est-elle pas la plus provocante ?

En effet, c’est peut-être le cas.

Pourquoi ?

C’est un peu difficile à expliquer. Quand on crée une œuvre, particulièrement une œuvre originale, il ne s’agit pas d’assembler différents éléments en respectant un concept préétabli. Pour une œuvre originale, il faut tout inventer, jusqu’au cadre de l’action, et nos sentiments, notre état d’esprit du moment influencent forcément la création. C’est pourquoi, même si cette œuvre peut paraître provocante d’un point de vue extérieur, ce n’est pas quelque chose que j’ai créé après avoir eu une épiphanie idéologique, par exemple. Mais mes sentiments et mes impulsions du moment y sont bien présents.

Les réflexions que porte votre projet ont-elles changé depuis 2007 ?

Le fond n’a pas changé. Mais j’ai modifié certaines choses d’un ordre plus superficiel. Dans mon ébauche de 2007, j’ai l’impression que j’avais concentré toute mon attention sur les personnages. Aujourd’hui, ils sont toujours au cœur de l’œuvre, mais je pense avoir élargi les horizons pour y inclure davantage du monde qui nous entoure.

Pourquoi ces changements ?

Ils ne proviennent pas uniquement de moi, mais aussi des changements de la société japonaise elle-même. Quand il y a eu le grand tremblement de terre du Kantô, par exemple, beaucoup de gens se sont mis à parler à leurs voisins alors qu’ils ne leur avaient jamais adressé la parole avant, n’est-ce pas ? Moi aussi, il m’est arrivé d’avoir une conversation avec un employé de magasin avec qui je n’avais jamais discuté, d’échanger avec une dame inconnue, ou de me demander ce que pensaient des gens avec qui je n’aurais jamais parlé. Ce genre de rapport de solidarité entre les gens est l’un des éléments que j’ai ajoutés à mon projet de 2007 pour aboutir à celui de 2014.

Le character design est signé Nakazawa Kazuto et la musique Kanno Yôko. Ce sont deux personnes avec qui vous avez un lien très fort et qui participent également à ce projet.

Leur point commun, c’est que je n’ai jamais vraiment besoin de leur expliquer les choses. Quand je leur dis « je voudrais faire un truc de ce genre », ils comprennent immédiatement ce que je veux dire, mettent tout en œuvre et parviennent à le réaliser. Ça semble évident à dire, mais les gens qui comprennent à ce point votre sensibilité, ce n’est pas si courant. On rencontre plus souvent des gens qui ne comprennent jamais, même si on leur explique dix fois… D’ailleurs, Nakazawa et Kanno ont un autre point commun. Ils ont vraiment l’envie de transmettre à un public le plus large possible le résultat de leur travail et du mien. Je ne suis pas quelqu’un de très renommé, donc travailler avec deux personnes aussi populaires est très stimulant.

En effet, c’est le genre de situation qui donne lieu à une longue collaboration telle que la vôtre !

Tout à fait. Et je veux insister sur un point : notre compréhension mutuelle instantanée est très importante, mais ce n’est pas la raison principale qui nous fait travailler ensemble. La raison principale, c’est l’adéquation parfaite de Nakazawa et Kanno au contenu de l’œuvre que je veux réaliser. Et il ne s’agit pas que d’eux. Le plus important pour moi, dans un travail d’équipe, c’est de solliciter un collaborateur « parce qu’il n’y a que lui qui peut le faire. » Et cette fois-ci encore, Nakazawa et Kanno ont parfaitement réussi à produire le contenu que je désirais.

Quel genre d’œuvre va être Terror in Resonance ? Vous en avez encore peu parlé, mais, sans rien dévoiler d’essentiel pouvez-vous nous donner quelques indices ?

Que dire… Hé bien, dans un sens, on peut dire que c’est une œuvre qui décrit la nature de la jeunesse. Dans toute son imperfection, son inexpérience, son impétuosité, son incomplétude. Car c’est aussi là que réside son charme. Je m’efforce de décrire la difficulté, la fugacité, la beauté de cette période d’imperfection et d’inexpérience. Bien entendu, comme je le disais tout à l’heure, l’œuvre a aussi tout un côté divertissant qui s’apparente à celui des séries étrangères. Mais en même temps, j’ai construit cette série autour de cette idée de jeunesse et imprégné du sentiment particulier du réalisateur qui atteint la dizaine d’œuvres. Cet état d’esprit m’ouvre de nouveaux horizons. Je suis très excité de voir ce projet de longue date prendre enfin vie. Je serais très heureux que vous le regardiez.

Remerciements à Aurélie Lebrun. Interview publié dans Coyote Mag n°50 de l’été 2014.


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