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Interview

Interview Mamoru Hosoda

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Mamours Hosoda @ Laurent Koffel

Mamoru Hosoda @ Laurent Koffel

LES ENFANTS LOUPS AMI ET YUKI confirme le statut hors norme de l’œuvre de Mamoru Hosoda. Après la comédie fantastique scolaire (LA TRAVERSÉE DU TEMPS) et la « fin du monde » au détour d’un jeu pour téléphone portable (SUMMER WARS), le réalisateur a accoucher d’un des plus beaux films sur la maternité et… la lycanthpopie : LES ENFANTS LOUPS AMI ET YUKI. En apparence moins complexe et moins ambitieux que SUMMER WARS, ce film est pourtant un chef d’œuvre absolu à la mise en scène particulièrement aboutie. De passage à Paris en juin 2012 à l’occasion de la première mondiale du film, Mamoru Hosoda nous a presque tout dit…

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Vous semblez privilégier tout le temps un point de vue féminin. Pourquoi ?
Mamoru Hosoda : J’aime beaucoup mettre en scène des femmes c’est vrai. En réalité, il y a beaucoup plus de réalisateurs que de réalisatrices et quand ils mettent en scène des femmes, elles sont le plus souvent des représentations fantasmées. Dans mon cas, je suis surtout intéressé par la vie des femmes car j’estime que leur vie est beaucoup plus cinématographique que celles des hommes. Leur vie est jalonnée de décisions cruciales. Peu importe d’ailleurs lesquelles : leurs décisions sont toujours justes. À bien y réfléchir, il n’y a que la réussite professionnelle qui détermine la vie d’un homme et il me semble que celle des femmes est plus riche. Peut-être que, étant un homme, je vis par procuration la vie d’une femme à travers mes films.

À l’époque de SUMMER WARS, vous étiez fraîchement marié. Avez-vous eu des enfants depuis et fut-ce une motivation pour écrire LES ENFANTS LOUPS ?
Il est vrai que SUMMER WARS m’a été inspiré en partie par mon expérience du mariage. Cela fait cinq ans que nous sommes mariés et nous n’avons pas d’enfants. En revanche, nous avons des amis qui en ont et ce sont eux qui m’ont inspiré ce film. Je les admire beaucoup et je rêve d’être un parent aussi formidable qu’eux. Il est vrai que le film respire le vécu mais il prend sa source dans mon envie d’être père, pas de mon expérience.

Les enfants Ame et Yuki ont-ils des modèles dont vous vous êtes inspirés ?
J’ai toujours des modèles pour créer mes personnages mais il s’agit toujours de sources multiples, quel que soit leur sexe d’ailleurs. Un homme peut très bien inspirer un trait de caractère ou des dialogues chez un personnage féminin ou un enfant.

Lorsqu’on considère les sujets de vos films, vous semblez avoir absolument besoin d’arguments imaginaires pour mettre en scène des vérités humaines complexes.
Disons que la vérité est un des objectifs de mes films. Quand on parle de cinéma d’animation, on souligne l’avantage de faire parler les animaux par exemple. C’est quelque chose d’irréel que l’animation permet de mettre facilement en scène, mais ce n’est pas en soi l’intérêt de l’animation. Dans mon cas, je m’intéresse à la description des détails de la vie qui m’entoure. C’est ce qui me semble le plus important. Les arguments fantastiques et le cinéma d’animation sont une combinaison redoutable pour nous faire prendre conscience de ce qu’il y a de plus important dans notre quotidien.  L’acte de dessiner possède déjà en soi cette prise de conscience.

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La scène de l’ours est fascinante. C’est une scène muette extrêmement lourde de sens…
La rencontre avec l’ours est d’abord synonyme de mort pour Hana. L’apparition des oursons en revanche la renvoie à une vérité plus complexe. L’ours n’a pas eu de peine pour retrouver ses petits dans la tempête, au contraire d’Hana. Cette scène la renvoie vers sa condition humaine qui ne pourra jamais entrer en résonance avec ce qui entraîne Ame petit à petit vers la forêt. Je suis ravi qu’on me parle de cette scène car c’est une de mes préférées.

Justement, où avez-vous fait vos repérages et qu’est ce qui vous a attiré dans cette région ?
Nous avons visité de nombreuses régions rurales au Japon. Je n’ai pas privilégié les régions qui attirent les amoureux de la nature mais plutôt une région à l’environnement très rude. Nous avons trouvé un peu par hasard la ville de Kami-Ichimachi dans le département de Toyama, qui est en réalité ma région natale…

Mamours Hosoda @ Laurent Koffel

Mamours Hosoda @ Laurent Koffel

C’est une région dont vous étiez familier ou vous l’avez redécouverte ?
J’y ai vécu pendant dix-huit ans et je n’y trouvais aucun intérêt. Je n’y suis pas retourné pendant vingt ans et en la revisitant, j’ai réalisé que c’était un endroit très différent et unique au Japon. La nature y est rude, masculine. Les montagnes également, on les surnomme d’ailleurs les Alpes japonaises du Nord. J’y ai découvert une beauté que je ne soupçonnais pas et qui m’a bouleversé.

Le timing des transformations des enfants en loups est très bref dans le film. Vous avez envisagé de mettre en scène des transformations plus longues ?
Nous avons fait beaucoup d’essais pour les transformations car je ne les voulais pas spectaculaires. Si nous nous étions trop focalisés sur les transformations, le public aurait pensé qu’une forme de magie était à l’œuvre. Or ils changent de forme très spontanément en fonction de leurs humeurs, toujours très changeantes chez les enfants. Il fallait que les transformations aient l’air naturelles, comme un geste absolument anodin comme se gratter ou se passer la main dans les cheveux. La rapidité permettait de banaliser ce qui est d’habitude une épreuve dans les films de loups-garous.

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Parlez-nous enfin du vieux paysan bourru qui finit par aider Hana pour son jardin. Son modèle c’est Clint Eastwood non ?

(Rires) Tout à fait. Les habitants les plus jeunes communiquent facilement avec Hana, mais les plus vieux sont d’abord distants. Je voulais conserver un peu de ce sentiment d’une autre époque. Il me fallait un personnage âgé, qui avait vécu la guerre par exemple. Il incarne le passé et l’isolement de la campagne, c’est un mélange contradictoire de force tranquille, d’intransigeance et de sagesse. Le visage de Clint Eastwood traduisait complètement sa personnalité.

Remerciements à Aurélie Lebrun et Renaud Hamard.

Interview publié dans : [vc_btn title=”Coyote Mag n°43″ color=”peacoc” link=”url:http%3A%2F%2Fwww.coyotemag-store.fr%2Fproduit%2Fcoyote-mag-n43%2F||target:%20_blank|”]

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Interview

Interview de Keiko Nagita, scénariste de CANDY

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@Marie Carbonnier

Avec son regard pétillant et ses cheveux d’or, la jolie orpheline Candy a marqué toute une génération grâce à son adaptation animée diffusée lors de l’émission Récré A2 à la fin des années 70. Keiko Nagita, la scénariste du manga original CANDY CANDY a retrouvé son héroïne quarante ans plus tard pour écrire deux romans publiés aux éditions Pika. Lors de son passage à Livre Paris, en mars dernier, notre journaliste Marie Carbonnier a pu la rencontrer.

Parlez-nous de ces deux romans qui sortent en France. Contrairement à ce que l’on peut penser c’est du Young Adult !

Oui, il y a quarante j’ai écrit un premier roman sur Candy destiné aux enfants. En me basant sur les 2 000 pages du scénario du manga CANDY CANDY, j’en suis arrivée à 500 pages de manuscrit. Mais j’aurais pu en faire dix tomes ! Quand l’opportunité de rééditer mon roman s’est présentée, j’ai eu envie de le réécrire pour un lectorat plus adulte. J’estimais que mes personnages avaient grandis en même temps que moi.

Peut-on s’attendre à des différences entre le manga, l’animé et les romans ?

Bien sûr, j’ai pris de l’âge. Il m’est arrivé toutes sortes de choses qui n’ont pas toujours été faciles, comme pour mes personnages. Le temps et l’expérience nous ont fait évoluer. Le premier tome reprend l’histoire de Candy telle qu’on la connait mais d’un point de vue plus mature. Le second volume est un roman épistolaire et va raconter l’avenir des personnages. En fait, j’ai mis dans ces romans tout ce que je n’ai pas pu écrire pour le manga !

Comment est venue votre vocation pour l’écriture ?

J’ai perdu mon père quand j’avais dix ans, ça m’a beaucoup marquée. J’ai soudain pris conscience que la mort est imprévisible. Ce drame m’a poussée vers les livres et m’a fait réfléchir. Je me suis alors dit que le meilleur moyen de donner forme à mes pensées était la poésie. Et comme ça ne m’a pas suffi j’ai écrit un premier roman… mais aujourd’hui j’aurais bien trop honte si on le lisait !

Abordez-vous l’écriture différemment s’il s’agit d’un roman ou d’un scénario ?

Oui, complètement ! On est plus libre d’exprimer la psychologie des personnages dans un roman. Quand j’écrivais des scénarios je veillais toujours à ce que cela soit facile à retranscrire pour Yumiko Igarashi (dessinatrice de CANDY CANDY) que ça donne une belle image et qu’il puisse y avoir du mouvement. Le plus dur pour moi c’était quand l’éditeur modifiait certaines scènes. Avec le temps j’avais plus de mal à l’accepter. Un jour, je me suis dit que c’était devenu impossible pour moi d’écrire des scénarios.

Est-il vrai que vous avez écrit le dernier épisode de CANDY CANDY en France ?

Oui ! Au Domaine de Beauvois, un château hôtel à Luynes. Il n’y avait personne car on était hors-saison. J’avais envie d’être isolée, de me retrouver seule avec mes personnages. Je me souviens que j’avais le cœur qui battait, j’étais très excitée et j’ai énormément écrit. En revanche, la première fois que je suis entrée dans ma chambre j’ai vu un tableau de chasse et je me suis mise à pleurer parce que cela m’a fait penser à Anthony.

Vous êtes vraiment très attachée à vos personnages !

J’ai pleuré parce que j’étais désolée d’avoir fait mourir Anthony, mais aussi parce que je n’ai pas trop aimé le tuer lors d’une chasse au renard. Anthony est un personnage doux et gentil, je ne pense pas qu’il aime la chasse. À l’époque, l’idée ne me plaisait pas non plus mais il fallait un impact visuel pour le manga. C’est devenu l’une des scènes les plus importantes de CANDY CANDY… mais cela m’a vraiment désolée !

En France, cette mort a tellement choqué les parents que lors de la rediffusion de la série animée, le scénario avait été modifié par la chaîne Antenne 2 : Anthony était simplement blessé et à l’hôpital.

(Elle rit) Oui, j’ai appris ça ! Mais du coup, Anthony disparaît : où est-il ? A-t-il perdu la mémoire ? Néanmoins, je peux comprendre cette réaction. Moi-même j’ai eu pas mal d’hésitation à inclure cette mort dans le scénario.

Regrettez-vous ce choix scénaristique ?

Non, j’aurais tout simplement refusé sinon. Mais en vrai, l’homme meurt toujours de façon soudaine. Je l’ai moi-même expérimenté. La vie est éphémère et même si ça peut choquer les gens, c’est comme ça. Je ne trouvais pas plus mal de transmettre ce message aux enfants. En voyant Candy surmonter un drame similaire, les enfants peuvent se dire qu’eux aussi en sont capables.

Selon vous, est-ce pour cela que la mort et les orphelins sont omniprésents dans les œuvres destinées aux enfants ?

Quand j’ai perdu mon père, je lisais ANNE LA MAISON AU PIGNON VERT, le roman de Lucy Maud Montgomery. Cette lecture m’a beaucoup apportée et m’a réconfortée. Quand on vit un tel drame, on devient plus sensible à la gentillesse et à la bienveillance de notre entourage. J’espère que des œuvres de ce genre continueront d’exister et d’inspirer les lecteurs.

Le théâtre est un acteur important dans CANDY CANDY. Les pièces de Shakespeare en particulier y sont souvent représentées comme ROMEO ET JULIETTE, HAMLET, LE ROI LEAR… Le théâtre a-t-il été une source d’inspiration pour votre scénario ?

Bien sûr, Shakespeare m’a énormément influencée. Mais il y a aussi Racine et Giraudoux envers qui je suis extrêmement reconnaissante !

Que pensez-vous des « héritières » de Candy ? GWENDOLYNE de Yōko Hanabusa ou LA ROSE DE VERSAILLES de Riyoko Ikeda ?

J’ai beaucoup apprécié ces mangas et j’espère qu’il y en aura d’autres dans la même veine, mais je regrette qu’il y en ait si peu dans la production actuelle.

Pour vos dédicaces, il paraît que vous avez réservé un cadeau très spécial pour vos fans ?

J’ai apporté le stylo avec lequel j’ai écrit la fin de CANDY CANDY ! Maintenant j’écris à l’ordinateur mais je fais partie des gens qui ont écrit le plus longtemps possible à la main. Ce stylo, je l’avais acheté à Paris. Je ne l’ai plus utilisé depuis ce dernier chapitre. Quand on m’a invitée en France, j’étais tellement heureuse que je l’ai ressorti, quarante ans après ! Comme il est longtemps resté dans son coin, il doit être content d’être utilisé à nouveau.

Remerciements à Clarisse Langlet de chez Pika.

  • Résumé de CANDY – Candice White l’orpheline : Candice White est une petite fille espiègle et adorée de tous à la Maison Pony, l’orphelinat qui l’a recueillie. Elle y coule des jours heureux jusqu’à l’adoption d’Annie, son amie de toujours. Désormais seule, Candice voit peu à peu défiler les années et désespère de trouver une famille. Alors lorsque les Lagan se proposent de l’embaucher, même comme simple demoiselle de compagnie, Candice n’hésite pas un seul instant ! Et quoiqu’elle doive composer avec Neal et Eliza, deux garnements bien décidés à faire d’elle leur souffre-douleur, elle n’échangerait sa place pour rien au monde. Après tout, c’est ainsi qu’elle a rencontré Stair, Archie et, bien sûr, leur cousin Anthony ! Mais une chasse au renard pourrait bien tout faire basculer…

Le tome 2, CANDY – Le prince sur la colline, sortira en libraire le 12 juin prochain.

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Anime

Interview Shin’ichiro Watanabe – Réalisateur en résonance

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© Terror in Resonance Committee Photo © Laurent Koffel

Le réalisateur de COWBOY BEBOP est bel et bien revenu aux affaires après le délicat KIDS ON THE SLOPE et la première saison, surprenante, de SPACE DANDY. Toujours sous l’égide du studio MAPPA, fondé récemment par le légendaire fondateur de Madhouse, Masao Maruyama, il propose l’anime TERROR IN RESONANCE, décrivant une fin du monde violente, profondément ancrée dans le Japon urbain contemporain. Mieux, les héros de la série relèvent d’archétypes qui peuplent les animes situés en milieu scolaire, mais distillant un pessimisme complètement à l’opposé des personnages de KIDS ON THE SLOPE. Pour COYOTE MAG, Shin’ichiro Watanabe revient sur la genèse d’une série originale et ouverte sur le monde. 

Comment le projet Terror in Resonance s’est-il développé ?

D’un point de vue extérieur, on pourrait sans doute croire que je n’ai rien fait de 2007 à 2012, l’année où j’ai réalisé Kids on the slope. Mais en fait, pendant tout ce temps, j’avais envie de m’atteler à la création d’une nouvelle œuvre. J’ai donc élaboré plusieurs projets, mais finalement, peu ont vu le jour. Terror in Resonanceest l’un des projets de cette période.

Vous avez donc tout fait pour que ce projet se réalise ?

C’est ça. C’est à cette période que Fuji Television m’a proposé Kids on the slope. À cette occasion, je leur ai également parlé du projet Terror in Resonance. Yamamoto Kôji, producteur chez noitaminA, m’a proposé que l’on se concerte non seulement sur Kids on the slope, mais aussi sur un futur projet original. C’est ainsi que Terror in Resonancea finalement vu le jour.

Cette série reste pour l’instant encore très mystérieuse, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Hé bien… Ça se rapproche beaucoup des séries étrangères. En ce moment, il y a beaucoup de séries étrangères d’excellente qualité. Grâce à leur format, plus long que celui d’un film, elles peuvent se permettre de traiter des thèmes plus sérieux tout en incluant les nécessaires éléments de divertissement. J’avais envie, tout en faisant du divertissement populaire, d’attirer les gens qui apprécient les séries étrangères.

Quel genre de séries étrangères ?

Si je devais prendre un exemple, je comparerais Terror in Resonanceà 24 heures chrono. (Rires) Des actes de terrorisme sont perpétrés à Tôkyô, un inspecteur de police vétéran se retrouve chargé de l’enquête. (Rires) Quand j’en parle comme ça, ça ressemble un peu à une blague, mais je me suis efforcé de faire intervenir la résolution des énigmes du groupe terroriste Sphinx dans chaque épisode. Je pense que les gens qui apprécient Sherlock, par exemple, apprécieront aussi cette série.

L’annonce de la série fait état de « deux adolescents qui, sous le nom de Sphinx, entraînent le Japon tout entier dans leur jeu. » Au regard de votre filmographie, cette œuvre n’est-elle pas la plus provocante ?

En effet, c’est peut-être le cas.

Pourquoi ?

C’est un peu difficile à expliquer. Quand on crée une œuvre, particulièrement une œuvre originale, il ne s’agit pas d’assembler différents éléments en respectant un concept préétabli. Pour une œuvre originale, il faut tout inventer, jusqu’au cadre de l’action, et nos sentiments, notre état d’esprit du moment influencent forcément la création. C’est pourquoi, même si cette œuvre peut paraître provocante d’un point de vue extérieur, ce n’est pas quelque chose que j’ai créé après avoir eu une épiphanie idéologique, par exemple. Mais mes sentiments et mes impulsions du moment y sont bien présents.

Les réflexions que porte votre projet ont-elles changé depuis 2007 ?

Le fond n’a pas changé. Mais j’ai modifié certaines choses d’un ordre plus superficiel. Dans mon ébauche de 2007, j’ai l’impression que j’avais concentré toute mon attention sur les personnages. Aujourd’hui, ils sont toujours au cœur de l’œuvre, mais je pense avoir élargi les horizons pour y inclure davantage du monde qui nous entoure.

Pourquoi ces changements ?

Ils ne proviennent pas uniquement de moi, mais aussi des changements de la société japonaise elle-même. Quand il y a eu le grand tremblement de terre du Kantô, par exemple, beaucoup de gens se sont mis à parler à leurs voisins alors qu’ils ne leur avaient jamais adressé la parole avant, n’est-ce pas ? Moi aussi, il m’est arrivé d’avoir une conversation avec un employé de magasin avec qui je n’avais jamais discuté, d’échanger avec une dame inconnue, ou de me demander ce que pensaient des gens avec qui je n’aurais jamais parlé. Ce genre de rapport de solidarité entre les gens est l’un des éléments que j’ai ajoutés à mon projet de 2007 pour aboutir à celui de 2014.

Le character design est signé Nakazawa Kazuto et la musique Kanno Yôko. Ce sont deux personnes avec qui vous avez un lien très fort et qui participent également à ce projet.

Leur point commun, c’est que je n’ai jamais vraiment besoin de leur expliquer les choses. Quand je leur dis « je voudrais faire un truc de ce genre », ils comprennent immédiatement ce que je veux dire, mettent tout en œuvre et parviennent à le réaliser. Ça semble évident à dire, mais les gens qui comprennent à ce point votre sensibilité, ce n’est pas si courant. On rencontre plus souvent des gens qui ne comprennent jamais, même si on leur explique dix fois… D’ailleurs, Nakazawa et Kanno ont un autre point commun. Ils ont vraiment l’envie de transmettre à un public le plus large possible le résultat de leur travail et du mien. Je ne suis pas quelqu’un de très renommé, donc travailler avec deux personnes aussi populaires est très stimulant.

En effet, c’est le genre de situation qui donne lieu à une longue collaboration telle que la vôtre !

Tout à fait. Et je veux insister sur un point : notre compréhension mutuelle instantanée est très importante, mais ce n’est pas la raison principale qui nous fait travailler ensemble. La raison principale, c’est l’adéquation parfaite de Nakazawa et Kanno au contenu de l’œuvre que je veux réaliser. Et il ne s’agit pas que d’eux. Le plus important pour moi, dans un travail d’équipe, c’est de solliciter un collaborateur « parce qu’il n’y a que lui qui peut le faire. » Et cette fois-ci encore, Nakazawa et Kanno ont parfaitement réussi à produire le contenu que je désirais.

Quel genre d’œuvre va être Terror in Resonance ? Vous en avez encore peu parlé, mais, sans rien dévoiler d’essentiel pouvez-vous nous donner quelques indices ?

Que dire… Hé bien, dans un sens, on peut dire que c’est une œuvre qui décrit la nature de la jeunesse. Dans toute son imperfection, son inexpérience, son impétuosité, son incomplétude. Car c’est aussi là que réside son charme. Je m’efforce de décrire la difficulté, la fugacité, la beauté de cette période d’imperfection et d’inexpérience. Bien entendu, comme je le disais tout à l’heure, l’œuvre a aussi tout un côté divertissant qui s’apparente à celui des séries étrangères. Mais en même temps, j’ai construit cette série autour de cette idée de jeunesse et imprégné du sentiment particulier du réalisateur qui atteint la dizaine d’œuvres. Cet état d’esprit m’ouvre de nouveaux horizons. Je suis très excité de voir ce projet de longue date prendre enfin vie. Je serais très heureux que vous le regardiez.

Remerciements à Aurélie Lebrun. Interview publié dans Coyote Mag n°50 de l’été 2014.


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