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Entretien avec Nehl Aëlin : Un autre monde musical !

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Nehl Aëlin n’est pas japonaise et n’a jamais composé de musique d’animé, mais sa musique et son univers visuel sont indéniablement empreints de références à la culture nippone et au cinéma en général. Relativement inclassable mais pétrie d’influences qui ne peuvent que nous enthousiasmer (Tori Amos, Joe Hisaishi, Dead Can Dance, Danny Elfman), son dernier album LE MONDE SAHA a été « produit » par le cinéaste français Jean-Pierre Jeunet (DELICATESSEN, LA CITÉ DES ENFANTS PERDUS, LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN) et fait référence


Texte : Christophe Lorentz / Photos : Laurent Koffel

.Peux-tu tout d’abord nous résumer ton parcours personnel et artistique à ce jour ?

À 6 ans, j’ai débuté le piano et cela a été un vrai coup de foudre ! J’ai étudié le piano « classique » et le solfège durant 10 ans. Plusieurs années plus tard, j’ai pris des cours de chant lyrique et de solfège au conservatoire. J’ai toujours composé et le chant est venu à moi comme indissociable du piano, des moyens d’expression artistique irremplaçables et indispensables pour moi. Et j’ai terminé l’an dernier une formation de musicienne intervenante…

.Ton nouvel album, LE MONDE SAHA, a été produit par le réalisateur Jean-Pierre Jeunet. Comment en es-tu arrivée à travailler avec lui ?

D’une façon des plus simples : je lui ai envoyé GHOST OF A CHILD, mon deuxième album, et il l’a aimé ! Nous nous sommes rencontrés, et avons échangé autours du prochain album. Il m’a proposé à ce moment-là de m’aider à le produire, car il croyait en ma musique. C’est le plus grand honneur qu’on ait pu me faire jusqu’à maintenant.

.Il est étrange de trouver un cinéaste aux commande d’un disque ! En quoi a réellement consisté le travail de Jean-Pierre Jeunet en studio ?

Il n’a absolument pas été au commande du disque, j’ai été entièrement autonome pendant toute la durée de création et de mixage de l’album. C’est uniquement une bonne étoile, pas un producteur comme on peut en voir dans le milieu du showbiz.

.On parle aussi souvent de l’influence Tim Burton pour évoquer ton univers… Est-ce que le cinéma est également une source importante d’inspiration pour ta musique ?

L’univers de Tim Burton est fabuleux, et il est à mon sens très proche d’ailleurs de l’univers de Jean-Pierre Jeunet. J’entendais à la radio il y a quelques jours ces deux hommes incroyables exprimer leur admiration mutuelle. Comme énormément de personnes, je suis admirative du travail de Tim Burton, de son univers clair-obscur, enfantin et sombre ; je m’en sens touchée. Danny Elfman, son compositeur fétiche, est assurément influencé lui-même par les compositeurs de l’époque romantique que j’admire, et ce n’est pas un hasard si mon travail sur GHOST OF A CHILD est parfois rapproché au sien et à l’univers de Tim Burton. Je suis honorée par ces comparaisons, bien que je me sente toute petite face à leur immense talent !

.D’où vient le titre de l’album LE MONDE SAHA et que signifie-t-il ?

« Saha » est un terme bouddhiste et signifie en sanscrit « Endurance ». Il a été traduit plus tard en japonais par un idéogramme représentant l’endurance, la patience et la persévérance. C’est le fil de l’album. LE MONDE SAHA représente la dualité du monde dans lequel nous vivons : nous pouvons choisir de le rendre meilleur en travaillant sur nous-mêmes, ou de sombrer dans la facilité des « passions trompeuses ».

.Y-a-t-il un concept particulier attaché à ce nouvel album, comme cela avait été le cas avec GHOST OF A CHILD ?
En effet, cet album est conceptuel, mais pas de la même manière que GHOST OF A CHILD, dans lequel il y avait une continuité musicale, textuelle et thématique. Dans LE MONDE SAHA, c’est plutôt le fil spirituel qui guide l’auditeur du début à la fin de l’album. Celui-ci va traverser 3 univers : L’ENFER AVICHI ET LES PASSIONS TROMPEUSES, nostalgique et douloureux ; FLEUR DE LOTUS tourné vers la spiritualité en langue japonaise ; et LES QUATRE INCOMMENSURABLES, univers léger et joyeux. L’auditeur passera par différents états, dans ce MONDE SAHA, concept bouddhiste sur la dualité du monde tantôt douloureux tantôt paisible.

.Tu chantes en japonais sur plusieurs titres et l’album est donc empreint de références à la culture traditionnelle japonaise. D’où te viennent ces références nippones ?

Ces textes sont tirés du SUTRA DU LOTUS, œuvre philosophique bouddhiste traduite du sanscrit au japonais il y a plusieurs siècles. J’ai composé un certain nombre de chansons aux sonorités asiatiques, avec du « yaourt » en guise de paroles. Lorsque j’ai découvert les textes du SUTRA DU LOTUS, je me suis dit qu’il fallait tenter de les poser sur mes mélodies : dans un moment magique, les textes collaient à la perfection sur les mélodies de chant que j’avais composées. Le concept reliant tous les titres est venu à ce moment-là. Savoir d’où viennent ces influences, je ne saurais le dire précisément… J’aime les musiques traditionnelles, elles m’inspirent. J’ai écouté un album de musique kabuki, la BO d’AKIRA, et les BO des films de Miyazaki. Cela a fait une mayonnaise étrange qui s’appelle LE MONDE SAHA !

.Comment travailles-tu au niveau du live ? Proposes-tu des versions réarrangées pour la scène de tes chansons ?

Oui, je travaille depuis plusieurs années avec Alban Aupert à la batterie et Stéphane Béguier à la basse. Ils font un merveilleux travail d’arrangement avec leurs instruments. Alban réussit à la perfection à adapter mes programmations électroniques, en transformant sa batterie en studio d’expérimentations sonores ! Deux autres musiciennes ont intégré mon projet depuis peu : Chloé Chaumeron au violon et Flora Chevalier au violoncelle. Leur jeu apporte une chaleur considérable aux versions live. C’est un grand bonheur de jouer avec tous ces musiciens talentueux.

.Tu participes aussi en tant que chanteuse au groupe metal Akphaezya. Que peux-tu nous dire sur ce groupe ?

Akphaezya n’est pas un groupe de métal comme les autres à mon sens. Nous sommes 4 à former ce groupe, et nous sommes tous dans le même état d’esprit musical : nous voulons faire la musique qui nous plait sans barrière. Et ça se sent ! Parfois ça perturbe, et c’est une chose qui nous plait ! Nous avons sorti notre second album, ANTHOLOGY IV, en mars 2012. Notre concept s’opère autours de 5 albums, et celui-ci rappelle une pièce de théâtre, souvent en dialogue. J’aime beaucoup d’ailleurs les textes de cet opus, écrits par Stéphan H., le guitariste. On y mélange stoner, rock, métal, death, jazz, samba et je ne sais encore quel style de musique ! Il a été très bien accueilli par la presse et le public. Nous avons eu l’occasion de jouer lors du festival européen Progpower en Hollande, en octobre 2012, devant un public des plus chaleureux ! Un souvenir scénique mémorable. En 2013, nous allons jouer entre autres lors du festival métal SWR au Portugal en avril.

.Que t’apporte ce projet à un niveau personnel et artistique ?

L’expression des pulsions négatives ! En particulier en live, c’est un pur bonheur que de pouvoir partager sur scène l’énergie agressive avec le public, pour la transformer en énergie positive. Comme j’écris les arrangements et mes mélodies chantées, je travaille différemment par rapport à mon projet solo. Je ne suis pas à l’initiative des bases de composition, je suis plutôt dans un travail d’arrangement en studio, et dans l’énergie avec le public en live. J’aime beaucoup ces deux projets, car ils m’apportent des choses très différentes, musicalement et humainement.

Enfin, que s’est-il passé pour toi entre la sortie du MONDE SAHA et aujourd’hui ?
Il y a eut quelques concerts, entre autres un très beau moment en première partie de Cécile Corbel à Dijon, dans un magnifique théâtre avec une organisation des plus agréables ! Le grand changement  pour 2013 est aussi la collaboration avec une agence de booking, Leska Booking. L’année 2013 sera pleine de concerts, nous l’espérons. Sinon, je prépare mon prochain album : je travaille en ce moment sur le pré-maquettage des chansons. Le grand changement, c’est que les chansons sont presque toutes écrites en français ! Il sera à découvrir, je l’espère, pour 2014… D’autre part, j’aimerais beaucoup travailler sur une base visuelle, faire la musique d’un film, d’un dessin animé ou d’un jeu vidéo. Avis aux réalisateurs !

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Interview

Interview de Keiko Nagita, scénariste de CANDY

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@Marie Carbonnier

Avec son regard pétillant et ses cheveux d’or, la jolie orpheline Candy a marqué toute une génération grâce à son adaptation animée diffusée lors de l’émission Récré A2 à la fin des années 70. Keiko Nagita, la scénariste du manga original CANDY CANDY a retrouvé son héroïne quarante ans plus tard pour écrire deux romans publiés aux éditions Pika. Lors de son passage à Livre Paris, en mars dernier, notre journaliste Marie Carbonnier a pu la rencontrer.

Parlez-nous de ces deux romans qui sortent en France. Contrairement à ce que l’on peut penser c’est du Young Adult !

Oui, il y a quarante j’ai écrit un premier roman sur Candy destiné aux enfants. En me basant sur les 2 000 pages du scénario du manga CANDY CANDY, j’en suis arrivée à 500 pages de manuscrit. Mais j’aurais pu en faire dix tomes ! Quand l’opportunité de rééditer mon roman s’est présentée, j’ai eu envie de le réécrire pour un lectorat plus adulte. J’estimais que mes personnages avaient grandis en même temps que moi.

Peut-on s’attendre à des différences entre le manga, l’animé et les romans ?

Bien sûr, j’ai pris de l’âge. Il m’est arrivé toutes sortes de choses qui n’ont pas toujours été faciles, comme pour mes personnages. Le temps et l’expérience nous ont fait évoluer. Le premier tome reprend l’histoire de Candy telle qu’on la connait mais d’un point de vue plus mature. Le second volume est un roman épistolaire et va raconter l’avenir des personnages. En fait, j’ai mis dans ces romans tout ce que je n’ai pas pu écrire pour le manga !

Comment est venue votre vocation pour l’écriture ?

J’ai perdu mon père quand j’avais dix ans, ça m’a beaucoup marquée. J’ai soudain pris conscience que la mort est imprévisible. Ce drame m’a poussée vers les livres et m’a fait réfléchir. Je me suis alors dit que le meilleur moyen de donner forme à mes pensées était la poésie. Et comme ça ne m’a pas suffi j’ai écrit un premier roman… mais aujourd’hui j’aurais bien trop honte si on le lisait !

Abordez-vous l’écriture différemment s’il s’agit d’un roman ou d’un scénario ?

Oui, complètement ! On est plus libre d’exprimer la psychologie des personnages dans un roman. Quand j’écrivais des scénarios je veillais toujours à ce que cela soit facile à retranscrire pour Yumiko Igarashi (dessinatrice de CANDY CANDY) que ça donne une belle image et qu’il puisse y avoir du mouvement. Le plus dur pour moi c’était quand l’éditeur modifiait certaines scènes. Avec le temps j’avais plus de mal à l’accepter. Un jour, je me suis dit que c’était devenu impossible pour moi d’écrire des scénarios.

Est-il vrai que vous avez écrit le dernier épisode de CANDY CANDY en France ?

Oui ! Au Domaine de Beauvois, un château hôtel à Luynes. Il n’y avait personne car on était hors-saison. J’avais envie d’être isolée, de me retrouver seule avec mes personnages. Je me souviens que j’avais le cœur qui battait, j’étais très excitée et j’ai énormément écrit. En revanche, la première fois que je suis entrée dans ma chambre j’ai vu un tableau de chasse et je me suis mise à pleurer parce que cela m’a fait penser à Anthony.

Vous êtes vraiment très attachée à vos personnages !

J’ai pleuré parce que j’étais désolée d’avoir fait mourir Anthony, mais aussi parce que je n’ai pas trop aimé le tuer lors d’une chasse au renard. Anthony est un personnage doux et gentil, je ne pense pas qu’il aime la chasse. À l’époque, l’idée ne me plaisait pas non plus mais il fallait un impact visuel pour le manga. C’est devenu l’une des scènes les plus importantes de CANDY CANDY… mais cela m’a vraiment désolée !

En France, cette mort a tellement choqué les parents que lors de la rediffusion de la série animée, le scénario avait été modifié par la chaîne Antenne 2 : Anthony était simplement blessé et à l’hôpital.

(Elle rit) Oui, j’ai appris ça ! Mais du coup, Anthony disparaît : où est-il ? A-t-il perdu la mémoire ? Néanmoins, je peux comprendre cette réaction. Moi-même j’ai eu pas mal d’hésitation à inclure cette mort dans le scénario.

Regrettez-vous ce choix scénaristique ?

Non, j’aurais tout simplement refusé sinon. Mais en vrai, l’homme meurt toujours de façon soudaine. Je l’ai moi-même expérimenté. La vie est éphémère et même si ça peut choquer les gens, c’est comme ça. Je ne trouvais pas plus mal de transmettre ce message aux enfants. En voyant Candy surmonter un drame similaire, les enfants peuvent se dire qu’eux aussi en sont capables.

Selon vous, est-ce pour cela que la mort et les orphelins sont omniprésents dans les œuvres destinées aux enfants ?

Quand j’ai perdu mon père, je lisais ANNE LA MAISON AU PIGNON VERT, le roman de Lucy Maud Montgomery. Cette lecture m’a beaucoup apportée et m’a réconfortée. Quand on vit un tel drame, on devient plus sensible à la gentillesse et à la bienveillance de notre entourage. J’espère que des œuvres de ce genre continueront d’exister et d’inspirer les lecteurs.

Le théâtre est un acteur important dans CANDY CANDY. Les pièces de Shakespeare en particulier y sont souvent représentées comme ROMEO ET JULIETTE, HAMLET, LE ROI LEAR… Le théâtre a-t-il été une source d’inspiration pour votre scénario ?

Bien sûr, Shakespeare m’a énormément influencée. Mais il y a aussi Racine et Giraudoux envers qui je suis extrêmement reconnaissante !

Que pensez-vous des « héritières » de Candy ? GWENDOLYNE de Yōko Hanabusa ou LA ROSE DE VERSAILLES de Riyoko Ikeda ?

J’ai beaucoup apprécié ces mangas et j’espère qu’il y en aura d’autres dans la même veine, mais je regrette qu’il y en ait si peu dans la production actuelle.

Pour vos dédicaces, il paraît que vous avez réservé un cadeau très spécial pour vos fans ?

J’ai apporté le stylo avec lequel j’ai écrit la fin de CANDY CANDY ! Maintenant j’écris à l’ordinateur mais je fais partie des gens qui ont écrit le plus longtemps possible à la main. Ce stylo, je l’avais acheté à Paris. Je ne l’ai plus utilisé depuis ce dernier chapitre. Quand on m’a invitée en France, j’étais tellement heureuse que je l’ai ressorti, quarante ans après ! Comme il est longtemps resté dans son coin, il doit être content d’être utilisé à nouveau.

Remerciements à Clarisse Langlet de chez Pika.

  • Résumé de CANDY – Candice White l’orpheline : Candice White est une petite fille espiègle et adorée de tous à la Maison Pony, l’orphelinat qui l’a recueillie. Elle y coule des jours heureux jusqu’à l’adoption d’Annie, son amie de toujours. Désormais seule, Candice voit peu à peu défiler les années et désespère de trouver une famille. Alors lorsque les Lagan se proposent de l’embaucher, même comme simple demoiselle de compagnie, Candice n’hésite pas un seul instant ! Et quoiqu’elle doive composer avec Neal et Eliza, deux garnements bien décidés à faire d’elle leur souffre-douleur, elle n’échangerait sa place pour rien au monde. Après tout, c’est ainsi qu’elle a rencontré Stair, Archie et, bien sûr, leur cousin Anthony ! Mais une chasse au renard pourrait bien tout faire basculer…

Le tome 2, CANDY – Le prince sur la colline, sortira en libraire le 12 juin prochain.

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Anime

Interview Shin’ichiro Watanabe – Réalisateur en résonance

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© Terror in Resonance Committee Photo © Laurent Koffel

Le réalisateur de COWBOY BEBOP est bel et bien revenu aux affaires après le délicat KIDS ON THE SLOPE et la première saison, surprenante, de SPACE DANDY. Toujours sous l’égide du studio MAPPA, fondé récemment par le légendaire fondateur de Madhouse, Masao Maruyama, il propose l’anime TERROR IN RESONANCE, décrivant une fin du monde violente, profondément ancrée dans le Japon urbain contemporain. Mieux, les héros de la série relèvent d’archétypes qui peuplent les animes situés en milieu scolaire, mais distillant un pessimisme complètement à l’opposé des personnages de KIDS ON THE SLOPE. Pour COYOTE MAG, Shin’ichiro Watanabe revient sur la genèse d’une série originale et ouverte sur le monde. 

Comment le projet Terror in Resonance s’est-il développé ?

D’un point de vue extérieur, on pourrait sans doute croire que je n’ai rien fait de 2007 à 2012, l’année où j’ai réalisé Kids on the slope. Mais en fait, pendant tout ce temps, j’avais envie de m’atteler à la création d’une nouvelle œuvre. J’ai donc élaboré plusieurs projets, mais finalement, peu ont vu le jour. Terror in Resonanceest l’un des projets de cette période.

Vous avez donc tout fait pour que ce projet se réalise ?

C’est ça. C’est à cette période que Fuji Television m’a proposé Kids on the slope. À cette occasion, je leur ai également parlé du projet Terror in Resonance. Yamamoto Kôji, producteur chez noitaminA, m’a proposé que l’on se concerte non seulement sur Kids on the slope, mais aussi sur un futur projet original. C’est ainsi que Terror in Resonancea finalement vu le jour.

Cette série reste pour l’instant encore très mystérieuse, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Hé bien… Ça se rapproche beaucoup des séries étrangères. En ce moment, il y a beaucoup de séries étrangères d’excellente qualité. Grâce à leur format, plus long que celui d’un film, elles peuvent se permettre de traiter des thèmes plus sérieux tout en incluant les nécessaires éléments de divertissement. J’avais envie, tout en faisant du divertissement populaire, d’attirer les gens qui apprécient les séries étrangères.

Quel genre de séries étrangères ?

Si je devais prendre un exemple, je comparerais Terror in Resonanceà 24 heures chrono. (Rires) Des actes de terrorisme sont perpétrés à Tôkyô, un inspecteur de police vétéran se retrouve chargé de l’enquête. (Rires) Quand j’en parle comme ça, ça ressemble un peu à une blague, mais je me suis efforcé de faire intervenir la résolution des énigmes du groupe terroriste Sphinx dans chaque épisode. Je pense que les gens qui apprécient Sherlock, par exemple, apprécieront aussi cette série.

L’annonce de la série fait état de « deux adolescents qui, sous le nom de Sphinx, entraînent le Japon tout entier dans leur jeu. » Au regard de votre filmographie, cette œuvre n’est-elle pas la plus provocante ?

En effet, c’est peut-être le cas.

Pourquoi ?

C’est un peu difficile à expliquer. Quand on crée une œuvre, particulièrement une œuvre originale, il ne s’agit pas d’assembler différents éléments en respectant un concept préétabli. Pour une œuvre originale, il faut tout inventer, jusqu’au cadre de l’action, et nos sentiments, notre état d’esprit du moment influencent forcément la création. C’est pourquoi, même si cette œuvre peut paraître provocante d’un point de vue extérieur, ce n’est pas quelque chose que j’ai créé après avoir eu une épiphanie idéologique, par exemple. Mais mes sentiments et mes impulsions du moment y sont bien présents.

Les réflexions que porte votre projet ont-elles changé depuis 2007 ?

Le fond n’a pas changé. Mais j’ai modifié certaines choses d’un ordre plus superficiel. Dans mon ébauche de 2007, j’ai l’impression que j’avais concentré toute mon attention sur les personnages. Aujourd’hui, ils sont toujours au cœur de l’œuvre, mais je pense avoir élargi les horizons pour y inclure davantage du monde qui nous entoure.

Pourquoi ces changements ?

Ils ne proviennent pas uniquement de moi, mais aussi des changements de la société japonaise elle-même. Quand il y a eu le grand tremblement de terre du Kantô, par exemple, beaucoup de gens se sont mis à parler à leurs voisins alors qu’ils ne leur avaient jamais adressé la parole avant, n’est-ce pas ? Moi aussi, il m’est arrivé d’avoir une conversation avec un employé de magasin avec qui je n’avais jamais discuté, d’échanger avec une dame inconnue, ou de me demander ce que pensaient des gens avec qui je n’aurais jamais parlé. Ce genre de rapport de solidarité entre les gens est l’un des éléments que j’ai ajoutés à mon projet de 2007 pour aboutir à celui de 2014.

Le character design est signé Nakazawa Kazuto et la musique Kanno Yôko. Ce sont deux personnes avec qui vous avez un lien très fort et qui participent également à ce projet.

Leur point commun, c’est que je n’ai jamais vraiment besoin de leur expliquer les choses. Quand je leur dis « je voudrais faire un truc de ce genre », ils comprennent immédiatement ce que je veux dire, mettent tout en œuvre et parviennent à le réaliser. Ça semble évident à dire, mais les gens qui comprennent à ce point votre sensibilité, ce n’est pas si courant. On rencontre plus souvent des gens qui ne comprennent jamais, même si on leur explique dix fois… D’ailleurs, Nakazawa et Kanno ont un autre point commun. Ils ont vraiment l’envie de transmettre à un public le plus large possible le résultat de leur travail et du mien. Je ne suis pas quelqu’un de très renommé, donc travailler avec deux personnes aussi populaires est très stimulant.

En effet, c’est le genre de situation qui donne lieu à une longue collaboration telle que la vôtre !

Tout à fait. Et je veux insister sur un point : notre compréhension mutuelle instantanée est très importante, mais ce n’est pas la raison principale qui nous fait travailler ensemble. La raison principale, c’est l’adéquation parfaite de Nakazawa et Kanno au contenu de l’œuvre que je veux réaliser. Et il ne s’agit pas que d’eux. Le plus important pour moi, dans un travail d’équipe, c’est de solliciter un collaborateur « parce qu’il n’y a que lui qui peut le faire. » Et cette fois-ci encore, Nakazawa et Kanno ont parfaitement réussi à produire le contenu que je désirais.

Quel genre d’œuvre va être Terror in Resonance ? Vous en avez encore peu parlé, mais, sans rien dévoiler d’essentiel pouvez-vous nous donner quelques indices ?

Que dire… Hé bien, dans un sens, on peut dire que c’est une œuvre qui décrit la nature de la jeunesse. Dans toute son imperfection, son inexpérience, son impétuosité, son incomplétude. Car c’est aussi là que réside son charme. Je m’efforce de décrire la difficulté, la fugacité, la beauté de cette période d’imperfection et d’inexpérience. Bien entendu, comme je le disais tout à l’heure, l’œuvre a aussi tout un côté divertissant qui s’apparente à celui des séries étrangères. Mais en même temps, j’ai construit cette série autour de cette idée de jeunesse et imprégné du sentiment particulier du réalisateur qui atteint la dizaine d’œuvres. Cet état d’esprit m’ouvre de nouveaux horizons. Je suis très excité de voir ce projet de longue date prendre enfin vie. Je serais très heureux que vous le regardiez.

Remerciements à Aurélie Lebrun. Interview publié dans Coyote Mag n°50 de l’été 2014.


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