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Me & Roboco

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Festival de gags non-stop, Me & Roboco a rejoint le catalogue des éditions Mangetsu. L’auteur dépense une énergie folle à chaque chapitre. Mais son sens de l’humour passe t-il le cap de la VF sans trop y perdre en efficacité ?

Me & Roboco a débuté il y a près de six ans, sur les bases d’une parodie de Doraemon – si vous ne connaissez pas ce pilier de la pop-culture japonaise, allez donc faire un saut à la médiathèque car il n’est plus disponible dans nos librairies. On y suit les mésaventures quotidiennes de Bondo, un écolier qui rêvait d’avoir une « overmaid », c’est à dire une charmante robot soubrette, mais qui se retrouve affublé de Roboco, une version « rugby » et maladroite, même si elle est tout à fait dévouée à le protéger, et à lui filer un coup de main avec ses soucis quotidiens.

BOKU TO ROBOKO © 2020 by Shuhei Miyazaki / SHUEISHA Inc.

Dès les premiers chapitres, la série a dépassé son concept de départ (délirer avec Doraemon), en multipliant les références à d’autres mangas, les scènes absurdes, les jeux de mots, etc. Au Japon, ça a bien marché : Me & Roboco est aujourd’hui la série la plus ancienne de Weekly Shônen Jump après One Piece. Le magazine a d’ailleurs entretenu pendant longtemps une tradition : proposer à la toute fin du sommaire un manga plus léger et décalé. En principe, les ventes des tomes reliés n’étaient pas mirobolantes, mais ces séries avaient avant tout pour mission d’apporter un peu de fraîcheur. On pense par exemple à Isobe Isobee Monogatari, qui a déroulé pendant quatre ans les déboires d’un jeune samouraï flemmard et obsédé par les estampes érotiques.

Adaptation en drama de Isobe Isobee Monogatari

Par contre, Weekly Shônen Jump n’avait plus de manga comique durable et à succès depuis la fin de Kochikame en 2016, après QUARANTE ANS de bons et rigolos services, et au bas mot 150 millions d’exemplaires vendus. On peut citer Kôkôsei Kazoku (11 tomes entre 2021 et 2023), toutefois cette histoire d’un adolescent horrifié de voir toute sa famille s’inscrire dans le même lycée que lui, et gâcher sa jeunesse, n’avait pas le potentiel de rassembler les lecteurs de 7 à 77 ans.

Me & Roboco est encore loin d’atteindre la longévité de Doraemon ou de Crayon Shin-chan. Cela dit, Shuhei Miyazaki et son éditeur peuvent sortir le champagne : la série a figuré huit fois en couverture de Jump, elle a adaptée en anime et brasse des lecteurs d’âges différents – et tel était sans doute l’objectif.

On entend souvent que l’humour japonais est « spécial » et ne fait rire qu’au Japon. Pas sûr que les humoristes français ou qu’un stand-up australien soient drôles au Japon non plus, l’humour étant propre à une culture, puisqu’il s’agit souvent de transgresser ses règles sociales.

Vous ne rirez jamais autant que les Japonais.es en lisant Me & Roboco, c’est un fait : de nombreuses références à la vie quotidienne et à des œuvres risquent de vous échapper. Il y en a partout, et c’est même annoncé par la couverture de chaque tome, qui parodie un manga célèbre. Évidemment, l’exercice s’arrête aux titres de Weekly Shônen Jump, à deux exceptions près (Doraemon et Détective Conan).

Capture d’écran du blog des éditions Mangetsu

Cela dit, si vous êtes branché.e.s sur la culture nippone depuis quelques années, cela suffira pour attraper à la volée tout un tas de blagues : pas besoin d’avoir passé huit ans à Tokyo pour capter pourquoi Madoka s’appelle Madokaaaaa, pour reconnaître la moto d’un bôsôzoku ou pour se souvenir que les personnages de Jujutsu Kaisen transpirent quand même… pas mal.

Mais il y a d’autres raisons de lire Me & Roboco en VF, à commencer par les multiples couches d’humour qui s’additionnent sans cesse. Le comique de situation bien cintré tient souvent la barre : Bondo a un problème et Roboco va le régler de façon complètement inattendue ou exagérée. Ou bien c’est sa nature de robot et son physique qui sont en cause : Bondo aurait tant voulu avoir une compagne mignonne, et non pas devoir se cacher les yeux quand il aperçoit la culotte de Roboco (un humour qu’on est en droit de trouver douteux par moments).

BOKU TO ROBOKO © 2020 by Shuhei Miyazaki / SHUEISHA Inc.

Shuhei Miyazaki a plus d’un tour dans son sac à malices : humour absurde, grimaces, gesticulations, répliques du tac au tac, détournements des tropes du shônen d’action et de la romcom, petits et grands moments gênants pour Bondo, etc. Aucun personnage n’est épargné par des caricatures qui en même temps les rendent attachants : une maman sans filtre, qui fait des commentaires sur la libido du fiston en citant To-Love Ru, ou bien une sage écolière qui n’a plus rien de mignonne dès qu’il s’agit de gagner à un simple jeu de société.

BOKU TO ROBOKO © 2020 by Shuhei Miyazaki / SHUEISHA Inc.

Me & Roboco prend aussi une certaine ampleur sur la durée. Les origines de Roboco, dévoilées à la fin du premier tome, vont jouer un rôle important pour renouveler la dynamique et l’intérêt de la série plus tard. Si vous ne voyez pas bien de quoi on parle, c’est parfait et évitez les spoilers qui s’empilent depuis des années sur les réseaux sociaux. Il y a des surprises qui sont bien plus amusantes à découvrir directement dans le manga.

BOKU TO ROBOKO © 2020 by Shuhei Miyazaki / SHUEISHA Inc.

Quand Mangetsu a annoncé publier Me & Roboco, je peux vous dire qu’entre journalistes la phrase qui est revenu le plus souvent est « force à eux ». Parce que tout le monde, et pas seulement dans les médias, a bien conscience qu’il n’est pas facile de vendre pareil manga en France. Mais la prépublication sur Manga Plus et nos passions envers le Japon (qui ne datent plus d’hier) ont sans doute préparé le terrain pour que l’on puisse mieux profiter de cette série.

Il existe donc plusieurs manières d’aborder cette série, que ce soit à travers ses références, son énergie comique ou encore les efforts de l’auteur pour se démarquer et bâtir un manga ultra délirant mais aussi un univers somme toute cohérent.

Auteur : Shuhei Miyazaki
Éditeur : Mangetsu
Tome 1 disponible
Prix : 8,20 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

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