Manga
Yakuza Zen représente pour les cancres
Et c’est bien sympa, ce retour de l’humour crétin au masculin, qui met sens dessus-dessous un temple bouddhiste dans le Japon actuel. Tome 3 à paraître en octobre aux éditions VEGA.


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Zéro pointé
Pour lancer son intrigue, Gen Momoji ne s’encombre pas de lignes scénaristiques compliquées. Jeune membre d’un clan de yakuzas, Kazunobu est un petit branleur, tellement insignifiant dans le grand schéma cosmique qu’il survit miraculeusement le jour où le clan est décimé par… un… mystérieux… assassin. Planquée dans un coin, la gamine du chef (RIP) en réchappe aussi.


©Gen Momoji / SHINCHOSHA
Afin d’échapper au tueur, qui sinon reviendra finir le travail, Kazunobu et la petite (Mutsumi) sont expédiés dans un temple bouddhiste isolé. Mutsumi est mise à l’abri discrètement à l’écart de tous, tandis que Kazunobu, tondu et donc dégoûté d’être chauve, doit adopter une vie monastique et faire profil bas (ce qui ne sera pas facile vu son tempérament).
Alors oui, les bases de l’histoire sont vite posées. Toutefois ce rythme sans temps mort va se prolonger au-delà de l’introduction, et faire partie du charme de la série.

©Gen Momoji / SHINCHOSHA
Zen pas relax
En quelques pages, l’auteur installe l’écart entre les désirs simples de son anti-héros (l’argent, les filles, le pouvoir) et les règles de vie au monastère, qui lui tombent dessus.
Et là, ça va tout de suite moins rigoler qu’à la jouer thug dans la street.
Yakuza Zen dépeint la dure vie des moines avec une dose d’exagération comique, mais sans non plus s’éloigner tant que ça de réalités qui ont déjà été rapportées en littérature (Le Pavillon d’or, de Yukio Mishima) ou en manga (Ikkyu, de Hisashi Sakaguchi).


©Gen Momoji / SHINCHOSHA
Réveil très matinal, repas riquiqui, corvées, obéissance aux aînés, méditation, châtiments corporels, etc… Forcément, plonger un ado du vingtième siècle en plein Moyen Âge, ça va finir en clash. Ce décalage, déjà drôle en soi, prend évidemment d’autres proportions quand Kazunobu se croit malin avec ses petits stratagèmes pour déroger aux règles du monastère – planquer un smartphone dans son slip, c’était pas l’idée du siècle.
Un temple fou fou fou
Dès le premier tome, et encore mieux avec le second, l’auteur détaille ses personnages secondaires, c’est à dire avant tout la petite bande de jeunes moines qui se forme autour de Kazunobu. Tous ne sont pas là de leur plein gré, parfois leur dévotion retombe comme leur moral, et Gen Momoji offre aussi des moments touchants, en évoquant les espoirs contrariés de ces adolescents.


©Gen Momoji / SHINCHOSHA
Ces émotions sonnent étonnamment justes dans un manga souvent régressif, qui ose de nos jours un humour puceau-quéquette qu’on n’avait pas vu depuis un bail en VF. Un humour un peu dans la veine de Youg GTO ou de G-Men (inédit en France), qui ramène les mecs de cet âge à leurs pulsions et à leur entêtement, sans non plus les réduire à de parfaits abrutis.
Alors voilà, confidence pour confidence, perso j’adore cette série. Parce que ça pulse dans tous les sens, et pourtant le récit est bien équilibré, entre gags de crétins, immersion dans un temple et soucis plus sérieux d’ados. Pour le moment, l’auteur ne développe pas complètement l’aspect policier et le tueur qui rôde, et ce n’est pas plus mal je pense. Cela laisse un atout à jouer plus tard. En attendant, cette comédie décalée chez les bouddhistes se suffit à elle-même. Surtout que Gen Momoji sait parfaitement remettre une pièce dans la machine pour lancer un autre tour de manège, et introduire de nouveaux personnages.
Scénario et dessin : Gen Momoji
Éditeur : VEGA
T.3 à paraître le 9 octobre
Prix : 8,35 €

