COMME DES BÊTES

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Ne vous cachez pas ! On le sait, vous aussi vous rêvez d’avoir des Minions chez vous. Mais bon, en vrai, ils n’existent pas ! En revanche, des animaux de compagnie, ça, on peut en trouver avec grand plaisir un peu partout. Chris Renaud, co-réalisateur de MOI, MOCHE ET MÉCHANT, est à la tête d’une nouvelle comédie d’Illumination Mac Guff. Le héros ? Un terrier nommé Max, chien d’appartement de New York qui adore ses moments uniques avec sa maitresse et ses journées avec ses camarades d’immeuble. Mais un jour sa maitresse revient à la maison avec un autre chien, Duke, et il n’a pas l’intention de lui laisser sa place. Leur inimitié les entraîne dans une aventure dans les rues et égout de la Grand Pomme. Si l’intrigue fait grossement penser à Toy Story, très rapidement, on fait fi de tous les déjà-vu, tant on rit. Les gags s’enchaînent et font tous mouche, bien plus que le film des Minions. Alors, les pets reprennent le pouvoir contre les bananes sur pattes ?

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Quand la maîtresse new-yorkaise de Max ramène un autre chien à son appartement, le terrier voit rouge et décide de tout faire pour chasser l’importun, même si Duke fait environ dix fois son gabarit. Ses manigances finissent par se retourner contre le duo, contraint de se soutenir pour se sortir des rues mal famées de New York, ville au cœur du long métrage en 3D, comme nous l’explique son co-réalisateur, Chris Renaud : « L’un des points qui nous importait le plus dans ce film est la notion d’échelle, comment avoir cette impression de grandeur de la ville par rapport aux petits appartements dans lesquels vivent ces petits personnages. Je pense que cette caméra, qui circule dans la ville, aide à donner cette notion d’immensité. Nous tenions également à cette bande-son très jazzy, new-yorkaise, dans le registre des films de Woody Allen. Nous avons dû trouver le bon moyen pour le faire, nous avons tenté plusieurs choses comme travailler avec un big band… Mais nous voulions vraiment renforcer ce sentiment d’être à New York dès les premières minutes du film. »

Cette exploration de la ville est donc au cœur de COMME DES BETES, qui réussit le tour de force de ne proposer aucun personnage réellement méchant, même si un lapin blanc fait de son mieux pour jouer les caïds : « La raison principale est que ce sont des animaux, et le public a beaucoup d’empathie pour les animaux. Encore plus qu’envers les humains ! (rires) Certes, ils paraissent méchants, mais on a de la peine pour eux, car ils ont été rejetés ou abandonnés. Les rendre méchants, cruels, n’aurait pas eu d’intérêt et n’aurait surtout pas fonctionné. Surtout, ce n’est pas un film à propos de personnages luttant les uns contre les autres, mais de personnages qui apprennent à vivre ensemble pour avancer dans la ville et dans la vie. Ce genre de film n’a pas besoin d’un grand vilain pour exister. »

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Tout le charme de cette odyssée urbaine (« Des fois, je compare COMME DES BETES au premier STAR WARS : on change sans cesse de lieu, on découvre sans cesse de nouveaux personnages… ») réside donc dans sa galerie d’animaux en proie avec leur instinct et leur manière d’appréhender le monde : « Le film est avant tout construit sur les expériences des membres de l’équipe avec leurs propres animaux de compagnie, aussi bien sur la structure globale du script que sur certains points spécifiques. C’était génial, car il y a une telle variété de propriétaires, des amoureux des chiens, des amoureux des chats, d’oiseaux, de poissons, de hamsters… que nous pouvions avoir plusieurs perspectives sur la façon d’agir de leurs animaux, leurs réactions, leur comportement. »

Plutôt que lutter sur le domaine des performances technologiques, Chris Renaud a choisi de se concentrer sur l’aspect artistique du film, qui s’avère une réussite sur sa direction artistique, sa musique et sa réalisation truffée de plans séquence mémorables. Ces arguments sauront-ils convaincre le public ? On l’espère : cette picaresque épopée à hauteur de chien qui vous fera sourire non-stop pendant 1h30 mérite une suite… que l’équipe saura rendre vraiment originale : « Le monde est vaste et riche en source d’histoires. Nous pourrions reprendre ce groupe d’animaux pour leur faire vivre une nouvelle histoire, mais à partir de ce matériau, nous pourrions tout autant construire une intrigue complètement inédite, avec uniquement des hamsters et des oiseaux comme héros par exemple. Quand nous développons un film, nous avons toujours un tas d’idées, qui oscillent entre différents genres, de la comédie au mystère… Il reste encore beaucoup d’espace à explorer ! »

Matthieu Pinon

 

 

 

 

 

Retrouvez notre entretien complet Avec Chris Renaud et Yarrow Cheney

 

Techniquement. COMME DES BETES semble ne pas entrer dans ce jeu, mais poser ses priorités sur la réalisation…

Chris Renaud : Je dirais que, oui, nous essayons de repousser nos limites techniques, mais nous étions vraiment courts sur notre planning. Donc nous avons dû trancher sur certaines décisions, sur ce que nous pouvions atteindre, donc notre but a vraiment été de faire un film bien réalisé, avec une bonne histoire et des personnages attachants. Plus qu’un chef d’œuvre technique.

Ceci dit… quand nous avons fait MOI, MOCHE ET MECHANT, nous avions posé certaines consignes : « pas d’eau, pas de fourrure »… et au final, l’équipe s’est améliorée techniquement et nous avons pu les intégrer dans COMME DES BETES. Ce n’est peut-être pas évident, mais je suis très fier du travail qu’ils ont fait sur les fourrures. La différence entre les fourrures des chats, des chiens… C’est probablement l’un des points les plus forts du film.

Il y a également des plans séquence, notamment un où les animaux traversent la ville… L’équipe en charge du layout a su améliorer et sublimer cette scène pour la porter à un niveau que nous n’aurions pas imaginé, en se posant des challenges, juste par rapport à la caméra.

L’un des points qui nous importait le plus dans ce film est la notion d’échelle, comment avoir cette impression de grandeur par rapport à ces petits personnages tournant en rond dans des petits appartements. Je pense que cette caméra, qui circule dans la ville, aide à donner cette notion d’immensité.

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Puisque nous parlons du plan séquence d’ouverture, j’ai été bluffé à la fin, dans Central Park, avec le choix des couleurs et la musique d’Alexandre Desplats, qui rappelle Gershwin. J’ai pensé au premier FANTASIA, avec une atmosphère très 1920. Etait-ce votre objectif ?

Chris Renaud : Absolument ! Nous tenions à cette bande-son très jazzy, new-yorkaise, dans le registre des films de Woody Allen. C’est ce qui a plu à Alexandre quand nous lui avons donné les ébauches de notre histoire, cette possibilité de faire une fusion entre jazz et musique de film. Nous avons dû trouver le bon moyen pour le faire, nous avons tenté plusieurs choses comme travailler avec un big band… Mais nous voulions vraiment renforcer ce sentiment d’être à New York dès les premières minutes du film.

 

Pourquoi avoir choisi Alexandre Desplat alors qu’il est français et pas new-yorkais ?

Chris Renaud : Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est impressionnant, il a remporté l’oscar du meilleur compositeur de musique de films. Et nos locaux sont à Paris… Et les compositions d’Alexandre sont distinctes, il y a une perspective unique dans ses musiques. Et comme il habite près de Paris, notre choix s’est naturellement tourné vers lui.

 

Aujourd’hui, les films jouent souvent sur deux niveaux de compréhension distincts : un pour les enfants, un autre pour les adultes. Bien sûr, il y a des références pour les adultes, mais très brèves, comme la carapace de Mario Kart, le clin d’œil à MOI, MOCHE ET MECHANT avec la chanson HAPPY dans le taxi, mais vraiment très courtes. Comment avez-vous géré cet aspect du script ?

Chris Renaud : J’aimerais vous répondre que c’était totalement prémédité… mais ce n’est pas le cas ! Par exemple, quand les animaux passent dans le taxi, nous pensions tout d’abord mettre NEW YORK, NEW YORK de Frank Sinatra, ce qui était aussi très drôle. Mais les choses ont fini par changer, quelqu’un a proposé HAPPY, et nous avons tous validé cette idée, ce petit clin d’œil. C’est une part du processus : on construit le film, on le regarde encore et encore, et on finit par faire quelques modifications ici ou là jusqu’à obtenir le meilleur tempo.

Yarrow Cheney : Et dans le cas précis de ces deux exemples, les blagues fonctionnent car elles sont très courtes. Le temps de saisir la référence, et c’est passé ! Si la chanson avait duré plus longtemps dans le taxi, cela n’aurait pas fonctionné aussi bien.

Chris Renaud : Le public est intelligent, il n’aime pas qu’on insiste trop lourdement sur un gag qu’ils ont instantanément compris.

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Au début du film, on peut voir un grand nombre d’animaux de compagnie (chats, chiens, hamsters…) mais au fur et à mesure du film, le bestiaire s’élargit énormément : des rats, des serpents, un alligator, un cochon… Pourtant, à la fin, le public se souvient de chacun. Comment avez-vous réussi ce tour de force ?

Chris Renaud : C’était un vrai challenge. Au fur et à mesure que nous construisions l’histoire, certains personnages se sont imposés par eux-mêmes, comme le faucon qui permet aux héros d’avoir une vue aérienne de la ville, par exemple. Nous avons vraiment construit l’histoire ainsi.

Il s’agit aussi d’une succession de découvertes. Des fois, je compare COMME DES BETES au premier STAR WARS : on change sans cesse de lieu, on découvre sans cesse de nouveaux personnages… C’était un challenge de fournir à la fois de la satisfaction au public, avec Max et Chloé par exemple, afin qu’il ne se sente pas lésé, mais également de proposer une variété « mémorable » de personnages. Il nous a même fallu en enlever par rapport aux premières pistes du script, car nous avons réalisé qu’ils étaient inutiles à l’intrigue et parasitaient la concentration du public. Le film repose vraiment sur son rythme, sur la découverte de New York, et il ne fallait surtout pas que le public se pose trop de questions.

 

J’ai des amis parents qui me disent parfois « Il y a des choses que tu ne peux pas comprendre, tu n’as pas d’enfants, tu pourras les saisir quand tu seras parent à ton tour ». Je ‘ai pas d’enfant… mais j’ai un animal de compagnie ! Et j’ai des amis qui n’en ont pas et qui ne pourront jamais saisir certains gags, car ils ne possèdent pas d’animal de compagnie. Avez-vous réuni l’équipe pour qu’ils partagent leurs propres expériences avec leurs animaux ?

Chris Renaud : Evidemment. Le film est avant tout construit sur les expériences des membres de l’équipe avec leurs propres animaux de compagnie, aussi bien sur la structure globale du script que sur certains points spécifiques. C’était génial, car il y a une telle variété de propriétaires, des amoureux des chiens, des amoureux des chats, d’oiseaux, de poissons, de hamsters… que nous pouvions avoir plusieurs perspectives sur la façon d’agir de leurs animaux, leurs réactions, leur comportement…

 

Envisagez-vous déjà une suite ?

Chris Renaud : Nous allons d’abord voir comment le public va réagir. Mais le monde est vaste et riche en source d’histoires. Nous pourrions reprendre ce groupe d’animaux pour leur faire vivre une nouvelle histoire, mais à partir de ce matériau, nous pourrions tout autant construire une intrigue complètement inédite, avec uniquement des hamsters et des oiseaux comme héros par exemple. Quand nous développons un film, nous avons toujours un tas d’idées, qui oscillent entre différents genres, de la comédie au mystère… Il reste encore beaucoup d’espace à explorer !

 

Le lapin finit par révéler sa vraie nature à la fin du film, et on réalise que COMME DES BETES est un film sans méchant ! Pourquoi ?

Chris Renaud : La raison principale est que ce sont des animaux, et le public a beaucoup d’empathie pour les animaux. Encore plus qu’envers les humains ! (rires) Certes, ils paraissent méchants, mais on a de la peine pour eux, car ils ont été rejetés ou abandonnés. Dans nos premières versions, la rédemption de Snowball s’obtenait car il trouvait l’amour, et sa résistance était peu à peu brisée par de simples actes comme des câlins de personnes lui disant « je t’aimerai pour toujours ». Les rendre méchants, cruels, n’aurait pas eu d’intérêt et n’aurait surtout pas fonctionné.

Yarrow Cheney : Surtout, ce n’est pas un film à propos de personnages luttant les uns contre les autres, mais de personnages qui apprennent à vivre ensemble pour avancer dans la ville et dans la vie. Ce genre de film n’a pas besoin d’un grand vilain pour exister. Bien sûr, certains films de ce genre ont un grand méchant, et sont de très bons films où les protagonistes doivent s’allier pour battre le bad guy. Mais ce film s’approche nettement plus des réactions que peut avoir votre chien quand vous venez avec un nouvel animal à la maison, ou votre bébé. Le cœur de COMME DES BETES, c’est ce genre de réactions extrêmement intimes, et le développement de ces relations.

 

Avez-vous dû étudier beaucoup de cochons d’Inde afin de donner votre voix à celui du film ?

Chris Renaud : (rires) Vous savez quoi ? Des cochons d’Inde, quand vous les sortez de leur cage, ils restent posés sur la moquette… et ils chient. Alors, nous avons dû faire en sorte que notre cochon d’Inde dans le film soit un peu plus actif que dans la réalité ! Quand j’étais plus jeune, nous avions deux cochons d’Inde, deux femelles, dont une enceinte, ce que nous ignorions alors. Et très vite, nous avons eu six cochons d’Inde ! Nous en avons donné deux à des amis, donc il nous en restait quatre, et nous devions garder le mâle dans une cage séparée. Mais nous le retrouvions souvent en dehors de leur cage, et nous accusions les enfants des amis de la famille de le faire sortir, jusqu’au jour où nous avons réalisé qu’il s’évadait tout seul, alors qu’il avait l’air amorphe la majorité du temps ! C’est à partir de ce souvenir que le personnage de Norman a été créé.

 

Propos recueillis à Annecy le 16 juin 2016 et mis en forme par Matthieu Pinon. Remerciements à Florence Debarbat.

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