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Interview

INTERVIEW JUSTIN WONG

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Justin Wong
Le secret le mieux gardé de Hong Kong

La bande-dessinée hongkongaise ? On en connaît surtout les récits d’action et de fantasy, trop bien codifiés. En marge, d’autres artistes tracent un sillon plus personnel mais peu atteignent nos librairies. Fraîchement publié aux éditions Rue de L’Échiquier, JE PRÉFÉRERAIS NE PAS (LONELY PLANET en V.O.) dévoile le secret le mieux gardé de Hong Kong : Justin Wong Chiu Tat.
Ancien designer graphique et multimédia, il passe à la BD en 2011 (l’autobiographique HELLO WORLD). Dessinateur de presse et artiste plasticien, il met au point son propre langage graphique, sous Adobe Illustrator. Avec JE PRÉFÉRERAIS NE PAS, il livre à la fois le portrait d’un trentenaire branché et de la vie à Hong Kong. Ce trentenaire, Butt, est en pleine « crise de l’homme moderne » : son quotidien hyper-connecté est vide de passion et de lien social. Afin de casser sa routine et découvrir son « Moi » profond, Butt refuse de chercher un emploi. À la place, il se lance dans quantité d’expériences plus ou moins farfelues (voyager, dire bonjour à tous les passants, filmer des fourmis, transformer son île – asphyxiée par le béton – en paradis terrestre, etc.).
Avec un regard aiguisé par un humour irrésistible, Justin Wong interroge ainsi le mode de vie conformiste de ses concitoyens et leur usage des nouvelles technologies. Des thèmes tout simplement universels. Après douze heures de vol, c’est à Hong Kong que nous avons longuement questionné cet artiste original, avec un point de vue sur le monde aussi mordant que faussement désabusé.

Comment avez-vous conçu cette histoire d’un ex-salarié qui traverse une sévère crise de la trentaine ?
Avant de réaliser cet album, je dessinais des strips sur des sujets politiques. J’ai débuté en 2006 et je tiens aujourd’hui encore une rubrique dans un journal quotidien (Ming Pao Daily – Ndr). La rédaction voulait publier une longue BD plus sérieuse et me proposa le projet. C’était en 2011, à l’époque où l’économie hongkongaise subissait un fort déclin. Dans toute la ville, l’atmosphère était morne et pessimiste. Je venais de changer de job, j’étais auparavant graphiste dans une société de design numérique. Devenu dessinateur de BD, freelance, j’étais convaincu qu’il était bien mieux de ne pas avoir un emploi à plein temps, de rester concentrer sur mes créations plutôt que d’aller au bureau tous les matins. Je réfléchissais beaucoup à l’équilibre entre travail et vie personnelle. J’ai donc proposé au journal une histoire au sujet d’un homme qui essaye de vivre différemment. C’est ainsi que j’ai défini le concept de LONELY PLANET (le titre original de JE PRÉFÉRERAIS NE PAS – Ndr). A la base, « Lonely Planet » est un guide touristique. Mais on ne devrait jamais vivre en accord avec un quelconque guide, on devrait au contraire décider soi-même de la route à suivre et écrire notre propre guide.

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A quel point ce héros et cette histoire sont-ils autobiographiques ?
Ils le sont… un peu (rires) ! Au moment de la publication dans le journal, en épisodes hebdomadaires, de nombreuses personnes de mon entourage m’ont demandé : « hey, est-ce que c’est toi, ce type ? » (rires). Mais non, ce n’est pas mon expérience réelle que je relate, même si j’avais déjà tenté quelques-unes des activités farfelues de Butt. Disons que j’ai joué avec mes propres pensées et attentes dans la vie.

« Le simple fait d’hésiter à dessiner sur certains sujets est le début d’une autocensure »

 

Pourquoi avez-vous opté pour un dessin vectoriel et un langage graphique souvent assez proche des infographies, avec des aplats de couleur, des symboles, des pictogrammes, etc ?
Ce style date de mes débuts dans la bande-dessinée politique. J’ai étudié aux Beaux-Arts et j’avais déjà fait du dessin traditionnel, par contre rien ne me prédisposait à verser dans le registre politique et quand on me l’a proposé, je m’en sentais incapable (rires). Je ne suis pas doué pour la caricature, j’ai donc développé un tout autre style qui m’évitait de dessiner des visages. Ce style, froid et très rationalisé, était nouveau dans le champ du dessin politique. Et à l’époque les retours ont été très positifs. JE PRÉFÉRERAIS NE PAS est une évolution, plus élaborée, de ce langage graphique parce que l’histoire est bien plus longue et riche que mes strips. J’ai donc adapté ma méthode de travail aux besoins de cet album. Mon expérience de designer graphique m’a aidé à composer les planches, à définir les aspects esthétiques, les symboles à utiliser, et à faire tenir tout cela ensemble.

On ne peut pas parler « d’influence » parce que vous avez un univers très fort et personnel ; toutefois le seul artiste dont on peut vous rapprocher est Chris Ware…
Ses œuvres sont l’une des raisons qui m’ont poussé à lire à nouveau des BD. J’ai acheté JIMMY CORRIGAN à Londres, en 2000. J’étais stupéfait… Plus jeune, j’avais dessiné des BD avant d’arrêter et je n’imaginais pas vouloir y revenir. Grâce à Chris Ware j’ai compris quelles possibilités la BD recelait : raconter une histoire en utilisant l’espace des pages différemment et déconstruire cet espace, au lieu de me cantonner à un usage traditionnel des cases. Cet état d’esprit m’a énormément inspiré. Aux alentours de 2008, on me disait parfois que mon travail ressemblait au sien. J’étais très, très embarrassé que l’on puisse penser que j’avais copié son style.

Justin Wong dans son bureau de la Hong Kong Baptist University où il enseigne la bande-dessinée, le design et l’illustration.

A travers ce personnage, Butt, vous décrivez Hong Kong comme une société éprise de technologie, de numérique, et ce sont précisément vos outils de dessinateur. Pourquoi centrer la vie de Butt sur ses aspects numériques ?
Comme je le disais, ce style est froid et répétitif, je pense que tout ceci représente bien les hongkongais. A l’époque, j’étais très critique envers mes concitoyens : notre éducation, la façon dont nous nous habillons… tout le monde a peur de sortir du lot. Je me dis souvent que les Hongkongais n’ont pas de visage parce qu’ils aiment trop être semblables. Dans JE PRÉFÉRERAIS NE PAS, je ne dessine quasiment pas de visages, seulement l’essentiel, et des silhouettes.

Ce conformisme n’est pas exclusif à Hong Kong, il fait partie de l’état d’esprit de capitales du monde entier. En quoi est-ce différent à Hong Kong ? Est-ce que les nouvelles technologies viennent renforcer des concepts propres à la pensée confucéenne ; par exemple, que le groupe prime sur l’individu ?
Notre société est contradictoire, aujourd’hui nous sommes très individualistes mais tout le monde a le même téléphone et consomme les mêmes contenus. Hong-Kong est certes une ville high-tech mais à aucun moment on ne questionne les possibilités que recèlent ces nouvelles technologies. Je pense qu’elles peuvent permettre d’agir différemment mais dans les faits, c’est tout le contraire : nous ne sommes pas créatifs dans les usages, on installe la dernière application à la mode et on l’utilise pour ses aspects pratiques. On va au plus simple et au plus rapide. C’est pourquoi Hong Kong est à la traîne en termes de développements créatifs basés sur ces technologies.
Il y a une vingtaine d’années, je me suis installé à Londres pour mes études. J’ai ensuite travaillé pendant deux ans avec un groupe de programmeurs qui étaient également musiciens : les créateurs de Last.fm. Aujourd’hui, ils sont peut-être millionnaires (rires). J’étais en tous cas stupéfait par leur approche, ils étaient à la fois des techniciens et des artistes, et ils réfléchissaient en profondeur à ce que la technologie peut créer de neuf.
L’état d’esprit à Hong Kong est très différent. Je ne dis pas que Londres est une ville meilleure mais y vivre m’a permis de rencontrer des gens très différents, à un point que je n’aurai pas imaginé. Parfois les gens sont même… étranges, il est vrai, cela dans le bon ou le mauvais sens du terme (rires). Cette expérience m’a fait réfléchir au mode de vie hongkongais : non, nous ne sommes pas obligés de faire comme les autres, de suivre leurs injonctions. Une autre vie est toujours possible.

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Ce qui frappe également dans JE PRÉFÉRERAIS NE PAS, c’est la solitude de Butt : plusieurs centaines d’amis virtuels et de contacts mais quasiment aucun camarade réel. Ce qui nous amène à certaines installations artistiques que vous avez créés, notamment une animation interactive où les choix du public définissent leur humeur du jour. Avez-vous l’intention de recréer du lien social à travers votre travail ?
Il est vrai que ce genre d’installation artistique peut rappeler aux gens des sujets importants, leur dire : « au fait, vous êtes des humains de chair et de sang » (rires) ! Je suis entouré de vrais amis, mais sur Facebook, combien « d’amis » n’ai-je jamais rencontré ? Cela peut d’ailleurs déboucher sur des situations embarrassantes quand on se croise enfin !
Plus jeune, j’étais vraiment timide. J’avais peur de parler à des inconnus ou bien de demander une information. La technologie pourrait aider chacun à dépasser cette anxiété, mais en même temps empêcher d’explorer le monde par soi-même en donnant l’opportunité de rester dans une zone de confort et de ne plus aller vers les autres. Le smartphone prend une telle place dans notre vie… Nous n’avons plus d’emprise sur certains aspects de notre vie numérique. Les artistes peuvent soulever la question, mais y répondre…

Vous exercez toujours dans la BD politique. Avec le recul, les processus de censure ou d’autocensure ont-ils pris du poids à Hong Kong depuis la « Révolution des parapluies » ?
Oui. Les journaux pour lesquels j’ai travaillé n’ont jamais censuré mon travail mais moi, j’ai en quelque sorte commencé à m’autocensurer. Je l’ai senti peu à peu. De 2006 à 2016, tout allait bien, je me sentais libre. Ces deux dernières années en revanche, j’ai commencé à m’inquiéter. J’hésite, parfois : dois-je dessiner telle ou telle histoire ? La plupart du temps, je le fais. Mais le simple fait d’hésiter est le début d’une autocensure qui grandit…
Cela dit, mon style graphique est à la fois inhabituel et peu provocant. Au contraire, il me permet de me tenir à distance des sujets que je traite, comme si je me contentais de les observer sans chercher à en rire ou à jouer sur les émotions. C’est peut-être ce qui me vaut de ne pas être inquiété (rires) !

« A l’époque, j’étais très critique envers mes concitoyens : les hongkongais n’ont pas de visage parce qu’ils aiment trop être semblables »

 

Votre travail n’en porte pas moins un message subversif. Quels sujets sont devenus plus délicats à aborder ces dernières années ?
Évoquer la Chine et le président chinois Xi, par exemple. Xi a aboli une loi constitutionnelle. Résultat : il peut en théorie se représenter aux élections indéfiniment et pourquoi pas être président à vie… Ce genre de sujet est délicat à traiter. D’ordinaire, la bande-dessinée politique hongkongaise parle de sujets locaux. Mais de plus en plus souvent, la politique chinoise interfère avec la politique hongkongaise. Se présentent donc certains sujets que je ne peux pas esquiver. Et c’est à ce moment-là que j’hésite à dessiner et dire certaines choses.

Butt est quant à lui en rébellion contre le productivisme. Il met donc au point un « programme d’inactivité ». Sauf que tenir ce programme s’avère encore plus complexe et épuisant que de travailler. Selon vous, la pression sociale qui pousse chacun d’entre nous à s’accomplir est-elle une fatalité ? Est-il devenu impossible de vivre une vie simple et épanouissante ?
Cela doit dépendre de l’endroit où l’on vit (rires) ! Les Hongkongais ont tendance à penser qu’ils n’ont pas le choix. J’ai deux enfants, âgés de huit et quatre ans, j’enseigne la bande-dessinée à l’université, je suis dessinateur… Je n’ai pas le choix, je ne peux rien laisser tomber, mais dix ou quinze ans plus tôt, je pensais déjà ne pas avoir d’autre choix que travailler dur ! Cette mentalité nous est inculquée dès le plus jeune âge. Si vous restez un temps inactif, les autres vous le reprocheront aussitôt, vos parents en premier. Mais quel problème y a-t-il à ne rien faire, parfois ?

Entretien préparé et mis en forme par Laurent Lefebvre. Photos et propos recueillis par Thomas Maksymowicz.
Special thanks to Léa Thévenot, Nicolas Finet and the best curators in the world Connie Lam & Rachel Lo.

Je préférerais ne pas (Lonely Planet) de Justin Wong / Rue de l’échiquer / 144 pages / disponible / 19,90 €

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Interview de Keiko Nagita, scénariste de CANDY

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le

@Marie Carbonnier

Avec son regard pétillant et ses cheveux d’or, la jolie orpheline Candy a marqué toute une génération grâce à son adaptation animée diffusée lors de l’émission Récré A2 à la fin des années 70. Keiko Nagita, la scénariste du manga original CANDY CANDY a retrouvé son héroïne quarante ans plus tard pour écrire deux romans publiés aux éditions Pika. Lors de son passage à Livre Paris, en mars dernier, notre journaliste Marie Carbonnier a pu la rencontrer.

Parlez-nous de ces deux romans qui sortent en France. Contrairement à ce que l’on peut penser c’est du Young Adult !

Oui, il y a quarante j’ai écrit un premier roman sur Candy destiné aux enfants. En me basant sur les 2 000 pages du scénario du manga CANDY CANDY, j’en suis arrivée à 500 pages de manuscrit. Mais j’aurais pu en faire dix tomes ! Quand l’opportunité de rééditer mon roman s’est présentée, j’ai eu envie de le réécrire pour un lectorat plus adulte. J’estimais que mes personnages avaient grandis en même temps que moi.

Peut-on s’attendre à des différences entre le manga, l’animé et les romans ?

Bien sûr, j’ai pris de l’âge. Il m’est arrivé toutes sortes de choses qui n’ont pas toujours été faciles, comme pour mes personnages. Le temps et l’expérience nous ont fait évoluer. Le premier tome reprend l’histoire de Candy telle qu’on la connait mais d’un point de vue plus mature. Le second volume est un roman épistolaire et va raconter l’avenir des personnages. En fait, j’ai mis dans ces romans tout ce que je n’ai pas pu écrire pour le manga !

Comment est venue votre vocation pour l’écriture ?

J’ai perdu mon père quand j’avais dix ans, ça m’a beaucoup marquée. J’ai soudain pris conscience que la mort est imprévisible. Ce drame m’a poussée vers les livres et m’a fait réfléchir. Je me suis alors dit que le meilleur moyen de donner forme à mes pensées était la poésie. Et comme ça ne m’a pas suffi j’ai écrit un premier roman… mais aujourd’hui j’aurais bien trop honte si on le lisait !

Abordez-vous l’écriture différemment s’il s’agit d’un roman ou d’un scénario ?

Oui, complètement ! On est plus libre d’exprimer la psychologie des personnages dans un roman. Quand j’écrivais des scénarios je veillais toujours à ce que cela soit facile à retranscrire pour Yumiko Igarashi (dessinatrice de CANDY CANDY) que ça donne une belle image et qu’il puisse y avoir du mouvement. Le plus dur pour moi c’était quand l’éditeur modifiait certaines scènes. Avec le temps j’avais plus de mal à l’accepter. Un jour, je me suis dit que c’était devenu impossible pour moi d’écrire des scénarios.

Est-il vrai que vous avez écrit le dernier épisode de CANDY CANDY en France ?

Oui ! Au Domaine de Beauvois, un château hôtel à Luynes. Il n’y avait personne car on était hors-saison. J’avais envie d’être isolée, de me retrouver seule avec mes personnages. Je me souviens que j’avais le cœur qui battait, j’étais très excitée et j’ai énormément écrit. En revanche, la première fois que je suis entrée dans ma chambre j’ai vu un tableau de chasse et je me suis mise à pleurer parce que cela m’a fait penser à Anthony.

Vous êtes vraiment très attachée à vos personnages !

J’ai pleuré parce que j’étais désolée d’avoir fait mourir Anthony, mais aussi parce que je n’ai pas trop aimé le tuer lors d’une chasse au renard. Anthony est un personnage doux et gentil, je ne pense pas qu’il aime la chasse. À l’époque, l’idée ne me plaisait pas non plus mais il fallait un impact visuel pour le manga. C’est devenu l’une des scènes les plus importantes de CANDY CANDY… mais cela m’a vraiment désolée !

En France, cette mort a tellement choqué les parents que lors de la rediffusion de la série animée, le scénario avait été modifié par la chaîne Antenne 2 : Anthony était simplement blessé et à l’hôpital.

(Elle rit) Oui, j’ai appris ça ! Mais du coup, Anthony disparaît : où est-il ? A-t-il perdu la mémoire ? Néanmoins, je peux comprendre cette réaction. Moi-même j’ai eu pas mal d’hésitation à inclure cette mort dans le scénario.

Regrettez-vous ce choix scénaristique ?

Non, j’aurais tout simplement refusé sinon. Mais en vrai, l’homme meurt toujours de façon soudaine. Je l’ai moi-même expérimenté. La vie est éphémère et même si ça peut choquer les gens, c’est comme ça. Je ne trouvais pas plus mal de transmettre ce message aux enfants. En voyant Candy surmonter un drame similaire, les enfants peuvent se dire qu’eux aussi en sont capables.

Selon vous, est-ce pour cela que la mort et les orphelins sont omniprésents dans les œuvres destinées aux enfants ?

Quand j’ai perdu mon père, je lisais ANNE LA MAISON AU PIGNON VERT, le roman de Lucy Maud Montgomery. Cette lecture m’a beaucoup apportée et m’a réconfortée. Quand on vit un tel drame, on devient plus sensible à la gentillesse et à la bienveillance de notre entourage. J’espère que des œuvres de ce genre continueront d’exister et d’inspirer les lecteurs.

Le théâtre est un acteur important dans CANDY CANDY. Les pièces de Shakespeare en particulier y sont souvent représentées comme ROMEO ET JULIETTE, HAMLET, LE ROI LEAR… Le théâtre a-t-il été une source d’inspiration pour votre scénario ?

Bien sûr, Shakespeare m’a énormément influencée. Mais il y a aussi Racine et Giraudoux envers qui je suis extrêmement reconnaissante !

Que pensez-vous des « héritières » de Candy ? GWENDOLYNE de Yōko Hanabusa ou LA ROSE DE VERSAILLES de Riyoko Ikeda ?

J’ai beaucoup apprécié ces mangas et j’espère qu’il y en aura d’autres dans la même veine, mais je regrette qu’il y en ait si peu dans la production actuelle.

Pour vos dédicaces, il paraît que vous avez réservé un cadeau très spécial pour vos fans ?

J’ai apporté le stylo avec lequel j’ai écrit la fin de CANDY CANDY ! Maintenant j’écris à l’ordinateur mais je fais partie des gens qui ont écrit le plus longtemps possible à la main. Ce stylo, je l’avais acheté à Paris. Je ne l’ai plus utilisé depuis ce dernier chapitre. Quand on m’a invitée en France, j’étais tellement heureuse que je l’ai ressorti, quarante ans après ! Comme il est longtemps resté dans son coin, il doit être content d’être utilisé à nouveau.

Remerciements à Clarisse Langlet de chez Pika.

  • Résumé de CANDY – Candice White l’orpheline : Candice White est une petite fille espiègle et adorée de tous à la Maison Pony, l’orphelinat qui l’a recueillie. Elle y coule des jours heureux jusqu’à l’adoption d’Annie, son amie de toujours. Désormais seule, Candice voit peu à peu défiler les années et désespère de trouver une famille. Alors lorsque les Lagan se proposent de l’embaucher, même comme simple demoiselle de compagnie, Candice n’hésite pas un seul instant ! Et quoiqu’elle doive composer avec Neal et Eliza, deux garnements bien décidés à faire d’elle leur souffre-douleur, elle n’échangerait sa place pour rien au monde. Après tout, c’est ainsi qu’elle a rencontré Stair, Archie et, bien sûr, leur cousin Anthony ! Mais une chasse au renard pourrait bien tout faire basculer…

Le tome 2, CANDY – Le prince sur la colline, sortira en libraire le 12 juin prochain.

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Anime

Interview Shin’ichiro Watanabe – Réalisateur en résonance

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© Terror in Resonance Committee Photo © Laurent Koffel

Le réalisateur de COWBOY BEBOP est bel et bien revenu aux affaires après le délicat KIDS ON THE SLOPE et la première saison, surprenante, de SPACE DANDY. Toujours sous l’égide du studio MAPPA, fondé récemment par le légendaire fondateur de Madhouse, Masao Maruyama, il propose l’anime TERROR IN RESONANCE, décrivant une fin du monde violente, profondément ancrée dans le Japon urbain contemporain. Mieux, les héros de la série relèvent d’archétypes qui peuplent les animes situés en milieu scolaire, mais distillant un pessimisme complètement à l’opposé des personnages de KIDS ON THE SLOPE. Pour COYOTE MAG, Shin’ichiro Watanabe revient sur la genèse d’une série originale et ouverte sur le monde. 

Comment le projet Terror in Resonance s’est-il développé ?

D’un point de vue extérieur, on pourrait sans doute croire que je n’ai rien fait de 2007 à 2012, l’année où j’ai réalisé Kids on the slope. Mais en fait, pendant tout ce temps, j’avais envie de m’atteler à la création d’une nouvelle œuvre. J’ai donc élaboré plusieurs projets, mais finalement, peu ont vu le jour. Terror in Resonanceest l’un des projets de cette période.

Vous avez donc tout fait pour que ce projet se réalise ?

C’est ça. C’est à cette période que Fuji Television m’a proposé Kids on the slope. À cette occasion, je leur ai également parlé du projet Terror in Resonance. Yamamoto Kôji, producteur chez noitaminA, m’a proposé que l’on se concerte non seulement sur Kids on the slope, mais aussi sur un futur projet original. C’est ainsi que Terror in Resonancea finalement vu le jour.

Cette série reste pour l’instant encore très mystérieuse, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Hé bien… Ça se rapproche beaucoup des séries étrangères. En ce moment, il y a beaucoup de séries étrangères d’excellente qualité. Grâce à leur format, plus long que celui d’un film, elles peuvent se permettre de traiter des thèmes plus sérieux tout en incluant les nécessaires éléments de divertissement. J’avais envie, tout en faisant du divertissement populaire, d’attirer les gens qui apprécient les séries étrangères.

Quel genre de séries étrangères ?

Si je devais prendre un exemple, je comparerais Terror in Resonanceà 24 heures chrono. (Rires) Des actes de terrorisme sont perpétrés à Tôkyô, un inspecteur de police vétéran se retrouve chargé de l’enquête. (Rires) Quand j’en parle comme ça, ça ressemble un peu à une blague, mais je me suis efforcé de faire intervenir la résolution des énigmes du groupe terroriste Sphinx dans chaque épisode. Je pense que les gens qui apprécient Sherlock, par exemple, apprécieront aussi cette série.

L’annonce de la série fait état de « deux adolescents qui, sous le nom de Sphinx, entraînent le Japon tout entier dans leur jeu. » Au regard de votre filmographie, cette œuvre n’est-elle pas la plus provocante ?

En effet, c’est peut-être le cas.

Pourquoi ?

C’est un peu difficile à expliquer. Quand on crée une œuvre, particulièrement une œuvre originale, il ne s’agit pas d’assembler différents éléments en respectant un concept préétabli. Pour une œuvre originale, il faut tout inventer, jusqu’au cadre de l’action, et nos sentiments, notre état d’esprit du moment influencent forcément la création. C’est pourquoi, même si cette œuvre peut paraître provocante d’un point de vue extérieur, ce n’est pas quelque chose que j’ai créé après avoir eu une épiphanie idéologique, par exemple. Mais mes sentiments et mes impulsions du moment y sont bien présents.

Les réflexions que porte votre projet ont-elles changé depuis 2007 ?

Le fond n’a pas changé. Mais j’ai modifié certaines choses d’un ordre plus superficiel. Dans mon ébauche de 2007, j’ai l’impression que j’avais concentré toute mon attention sur les personnages. Aujourd’hui, ils sont toujours au cœur de l’œuvre, mais je pense avoir élargi les horizons pour y inclure davantage du monde qui nous entoure.

Pourquoi ces changements ?

Ils ne proviennent pas uniquement de moi, mais aussi des changements de la société japonaise elle-même. Quand il y a eu le grand tremblement de terre du Kantô, par exemple, beaucoup de gens se sont mis à parler à leurs voisins alors qu’ils ne leur avaient jamais adressé la parole avant, n’est-ce pas ? Moi aussi, il m’est arrivé d’avoir une conversation avec un employé de magasin avec qui je n’avais jamais discuté, d’échanger avec une dame inconnue, ou de me demander ce que pensaient des gens avec qui je n’aurais jamais parlé. Ce genre de rapport de solidarité entre les gens est l’un des éléments que j’ai ajoutés à mon projet de 2007 pour aboutir à celui de 2014.

Le character design est signé Nakazawa Kazuto et la musique Kanno Yôko. Ce sont deux personnes avec qui vous avez un lien très fort et qui participent également à ce projet.

Leur point commun, c’est que je n’ai jamais vraiment besoin de leur expliquer les choses. Quand je leur dis « je voudrais faire un truc de ce genre », ils comprennent immédiatement ce que je veux dire, mettent tout en œuvre et parviennent à le réaliser. Ça semble évident à dire, mais les gens qui comprennent à ce point votre sensibilité, ce n’est pas si courant. On rencontre plus souvent des gens qui ne comprennent jamais, même si on leur explique dix fois… D’ailleurs, Nakazawa et Kanno ont un autre point commun. Ils ont vraiment l’envie de transmettre à un public le plus large possible le résultat de leur travail et du mien. Je ne suis pas quelqu’un de très renommé, donc travailler avec deux personnes aussi populaires est très stimulant.

En effet, c’est le genre de situation qui donne lieu à une longue collaboration telle que la vôtre !

Tout à fait. Et je veux insister sur un point : notre compréhension mutuelle instantanée est très importante, mais ce n’est pas la raison principale qui nous fait travailler ensemble. La raison principale, c’est l’adéquation parfaite de Nakazawa et Kanno au contenu de l’œuvre que je veux réaliser. Et il ne s’agit pas que d’eux. Le plus important pour moi, dans un travail d’équipe, c’est de solliciter un collaborateur « parce qu’il n’y a que lui qui peut le faire. » Et cette fois-ci encore, Nakazawa et Kanno ont parfaitement réussi à produire le contenu que je désirais.

Quel genre d’œuvre va être Terror in Resonance ? Vous en avez encore peu parlé, mais, sans rien dévoiler d’essentiel pouvez-vous nous donner quelques indices ?

Que dire… Hé bien, dans un sens, on peut dire que c’est une œuvre qui décrit la nature de la jeunesse. Dans toute son imperfection, son inexpérience, son impétuosité, son incomplétude. Car c’est aussi là que réside son charme. Je m’efforce de décrire la difficulté, la fugacité, la beauté de cette période d’imperfection et d’inexpérience. Bien entendu, comme je le disais tout à l’heure, l’œuvre a aussi tout un côté divertissant qui s’apparente à celui des séries étrangères. Mais en même temps, j’ai construit cette série autour de cette idée de jeunesse et imprégné du sentiment particulier du réalisateur qui atteint la dizaine d’œuvres. Cet état d’esprit m’ouvre de nouveaux horizons. Je suis très excité de voir ce projet de longue date prendre enfin vie. Je serais très heureux que vous le regardiez.

Remerciements à Aurélie Lebrun. Interview publié dans Coyote Mag n°50 de l’été 2014.


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