Interview Lastman

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Rencontre avec trois “Übermensch”

En quelques mois, LASTMAN a viré au phénomène éditorial. Il faut dire que cette série ambitieuse est un vrai succès public, tout en traçant sa propre voie dans le mouvement actuel de créations françaises inspirées du manga ! Quand des petits génies de la BD digèrent leurs influences pour ensuite réinventer la BD comme il leur plaît, ça s’appelle LASTMAN et ça tabasse. Rencontre avec le trio Bastien Vivès / Balak / Michaël Sanlaville.

Comment vous répartissez-vous le boulotsur LASTMAN ?

Balak : Je m’occupe du storyboard et de la mise en scène. Et du café.

Michaël Sanlaville : on se partage le dessin avec Bastien.

Bastien Vivès : oui, et en plus du dessin, je dirige un peu l’écriture.

Balak : j’explique le principe : Bastien a une idée de scénario globale et il me la balance, ensuite je change tout en préparant la mise en scène et je leur refile un storyboard. Et comme ils changent tout à nouveau… à la fin, nous sommes tous aussi surpris par ce que nous lisons !

Qui a eu l’idée du concept de départ ?

Bastien : le pitch original n’a plus rien à voir avec ce qu’est devenue la série. Au début, j’avais dans l’idée de faire quelque chose de très sérieux, style KEN LE SURVIVANT, et puis avec le temps on s’est rendu compte qu’il fallait que cela nous représente quand même, que le résultat soit un peu rigolo, sexy et orienté aventure. Et nous sommes partis là-dessus… il s’est bien passé un an et demi, voire deux, avant qu’on ne se mette vraiment au travail. 

L’histoire a-t-elle déterminé le format mangou est-ce l’inverse ?

Il s’est imposé comme une évidence à partir du moment où on a décidé de faire une série d’aventure ambitieuse. Pour ce genre de récit, le format franco-belge de 48 pages ne fonctionnait pas trop, tout comme le format comics.

Et d’ailleurs, avez-vous lud’autres mangas français ?

Balak : oui, j’en ai lu quand j’étais dans le fanzinat avec Rafchan, qui a sorti depuis DEBASER, le manga français que je préfère. Ensuite, j’ai lu un peu DREAMLAND et d’autres tentatives dans le genre et aucune ne m’a vraiment convaincu. Pour ce que j’en ai vu, les dernières productions du même style sont super grattées ; on a vraiment l’impression que ce sont des japonais qui les ont dessinées. Ces projets partent vraiment dans une direction qui n’est pas la nôtre, ils exploitent leur côté « ultra-manga » qui va parler directement aux fans, alors que nous sommes allés dans une autre direction…

Bastien : oui, vers la France « môssieur » ! (rires) Comme on l’a dit, pour nous, c’était davantage le format qui nous intéressait, plutôt que de mimer le style japonais.

Michaël : au début nous avons lorgné de ce côté puis, très vite, nous avons réalisé que ce n’était pas nécessaire.

Sinon, qu’en est-il de votre deal avec www.delitoon.com où LASTMAN est également publié, gratis ?

Bastien : C’est un format gratuit qui permet de valoriser la série et qui lui donne le plus de vie possible. En gros, quand un volume papier est publié, il va être également publié de façon temporaire sur Delitoon, sur la base d’un chapitre par semaine, donc 10 semaines par volume. Les habitués du site auront ainsi leur petit chapitre régulier, tandis que ceux qui veulent l’acheter ont également cette option. Et puis, le site fait un peu office de magazine de pré-publication.

Et quels sont les retours de vos pairs ? 

Bastien : Pas mal de personnes sont enthousiastes. Par exemple j’ai croisé Jean Solé (ndr : cofondateur de FLUDE GLACIAL avec Gotlib et Diament, ayant aussi contribué à L’ÉCHO DES SAVANES et PILOTE)à Angoulême, et il était vraiment enthousiaste de voir ce genre de projets fonctionner en France.

Michaël : Il y a aussi beaucoup de gens qui accrochent à l’histoire, grâce à la dynamique des sorties, le rythme de parution (quasi-trimestriel – chapeau ! Ndr),même s’ils n’ont pas trop accroché au volume 1. Ils n’ont pas le sentiment qu’on les prend pour des glands, la suite arrive…

Bastien : le plus difficile, c’est de leur mettre le volume entre les mains.

Et les grosses inspirations pour LASTMAN, quelles sont-elles ?

Balak : Enki Bilal et Hugo Pratt ! (rires)

Bastien : Dans la BD, pour moi il y avait surtout KEN LE SURVIVANT, que j’étais en train de lire et que j’adore pour sa grandeur et sa démesure. Mais en réalité, là où on va chercher le plus notre inspiration, c’est le cinéma.

Michaël : que ce soit pour la mise en scène ou les personnages.

Il y a également d’autres projets autour de LASTMAN, un jeu vidéo et de l’animation ?

Bastien : Oui, un jeu vidéo va bientôt passer en production, ce sera un jeu de combat intitulé LAST FIGHTqui devrait sortir en 2015 si tout va bien, d’abord sur PC en dématérialisé ; mais on vise aussi d’autres supports, comme les consoles. Quand à l’animation, il y a le projet de série animée avec France Télévision, qui est réalisée par Jérémie Périn.

Et plus globalement, quelles sont vos ambitions artistiques en faisant de la BD ?

Bastien : Retrouver ce côté plus populaire de la BD qu’on a perdu depuis des années en France, c’est devenu quelque chose de plus « auteur ». Je n’ai pas envie que la BD ait le même destin que le cinéma français. Avant on abordait plein de genres, les mecs bossaient en ateliers… Et franchement, je crois que je n’ai jamais autant pris mon pied que depuis que je fais LASTMAN.

Et la conquête du Japon alors ? Tu en reviens Bastien, tu as reçu un prix au Japan Media Arts Festival (festival annuel tenu par l’Agence pour les affaires culturelles du Japon et l’association CG-Arts depuis 1997)…

Bastien : Oui, j’ai eu un prix « découverte » dans la section Manga. Cela fait un an et demi que je suis publié là-bas, en sens de lecture français, avec mes albums LE GOÛT DU CHLOREet POLINA plus récemment. Ils ont trouvé leur petit public, ils ont une vie éditoriale et c’est bien. En plus ce fut l’occasion pour moi d’y aller avec mes exemplaires de LASTMAN sous le bras, de faire mon petit VRP en le glissant entre un maximum de mains. Et puis j’y ai aussi revu Naoki Urasawa, et Katsuhiro Otomo que j’avais déjà rencontré l’année dernière ; j’ai aussi discuté avec le rédac’ chef du Jump, les gens de Shueisha, et ils sont vraiment intéressés – je crois – par ce genre d’échanges. L’accueil a été bon en Corée aussi, où il y a un vrai public sur le numérique, avec des millions de lecteurs ; j’y suis également allé, vu que LASTMAN va y être publié.

Propos recueillis par Anton Guzman. Publié dans Coyote Mag n°49 (Avril 2014)

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