Interview Yumi Unita

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Comment élever une petite fille quand on est, comme Daikichi, un trentenaire célibataire, pris dans le rush de la vie à Tokyo ? Rin, n’est même pas sa propre enfant mais celle (illégitime) laissée en testament par son grand-père ! Daikichi devient alors un drôle de daron, qui refuse de choisir entre vie de famille et boulot. Une attitude à contre-courant d’une époque où (en France comme au Japon), on retarde l’arrivée d’un premier enfant pour se consacrer librement au travail. On a voulu en savoir plus sur ce shôjo qui bouscule les idées reçues avec une grosse dose de tendresse et pas mal de réalisme.

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A QUELLE ÉPOQUE AVEZ-VOUS RASSEMBLÉ LES PREMIÈRES IDÉES POUR UN DROLE DE PERE ?

YUMI UNITA : Le concept a été créé juste avant le début de la série. En fait, ma responsable éditoriale m’avait demandé : “et que penseriez-vous d’une histoire avec un homme qui élève seul une petite fille ?”. C’est à partir de cette suggestion que j’ai créé UN DROLE DE PERE.

COMMENT LES PERSONNAGES SONT-ILS NÉS ? LEQUEL A ÉTÉ LE POINT DE DÉPART DE L’HISTOIRE ?

Sans aucun doute Rin, qu’il s’agisse de son apparence ou de son caractère. Je pense que j’ai créé les autres personnages à partir de celui-ci, en cherchant des protagonistes qui colleraient bien avec Rin. A l’origine, comme le Feel Young est un magazine orienté pour les femmes, j’avais pensé faire de Daikichi un tombeur, un pur prince charmant, mais ma responsable éditoriale m’a dit : “et s’il était un personnage plus nonchalant, qui correspond mieux à l’originalité de vos mangas ?”.

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DAIKICHI EST UN PEU L’HOMME IDÉAL, IL NE CORRESPOND PAS DU TOUT AU CLICHÉ DU PÈRE QUI DÉLAISSE SA FAMILLE AU PROFIT DE SON TRAVAIL. SELON VOUS, CE PERSONNAGE POURRAIT-IL REDONNER COURAGE AUX HOMMES D’AUJOURD’HUI ?

Le magazine Feel Young étant destiné aux femmes, j’ai toujours considéré ma série comme un manga pour femmes. Ce n’était pas vraiment le but à l’origine, mais si jamais mon manga a pu donner un peu de courage à des hommes, j’en serais vraiment très heureuse ! En tout cas, d’un point de vue féminin, Daikichi, ne fait pas vraiment parti des stéréotypes des hommes à succès… Pourtant, j’ai l’impression que la plupart des femmes actives finissent par changer leur manière de penser en prenant de l’âge : plutôt qu’un homme doué en amour, ne finissent-elles pas par chercher un homme doué pour élever des enfants ?C’est en tout cas mon intuition. Et de ce point de vue là, Daikichi est un homme très rassurant.

MASAKO, LA MÈRE DE RIN EST EN FAIT UNE JEUNE MANGAKA. POURQUOI CE CHOIX PARMI TANT DE MÉTIERS POSSIBLES ?

Ce personnage n’est pas fait pour plaire et j’ai voulu éviter de froisser les lecteurs qui auraient le même métier que Masako. J’ai donc choisi mon propre métier. C’était probablement incorrect vis-à-vis des mes collègues mangaka… J’en suis désolée ! Mon but n’était pas de dire que ce métier est particulièrement difficile. Mais plutôt que dans le Japon d’aujourd’hui, ce n’est pas tous les jours un plaisir d’élever un enfant tout en continuant à travailler, quelque soit le métier que l’on exerce.

ELLE A “DÉMISSIONNÉ” DE SON RÔLE DE MÈRE ET APPARAÎT D’ABORD COMME UNE LÂCHE…

Ce qu’a fait Masako est sans aucun doute incompréhensible et impardonnable, surtout pour quelqu’un qui a des enfants. Cela dit, n’importe qui peut comprendre la souffrance et les doutes de Masako. Surtout les gens qui ont éduqué leurs enfants avec ferveur. En tout cas, j’espère pouvoir transmettre ce sentiment. Je n’ai pas du tout envie de dessiner Masako de manière caricaturale et simpliste.

RIN EST VRAIMENT ADORABLE. MAIS LES ENFANTS SONT PARFOIS ÉNERVANTS OU CAPRICIEUX. N’EST-ELLE PAS TROP PARFAITE POUR ÊTRE VRAIMENT RÉALISTE ?

Rin était sans doute obligée d’être très sage avec Masako, c’était sa manière de survivre… Et d’ailleurs, ce côté trop parfait de Rin est justement l’une des choses qui inquiète Daikichi. Ceci dit, vous remarquerez qu’il lui arrive aussi de parler sur un ton très dur à Daikichi et de lui exprimer très clairement ses envies. Elle arrive malgré tout à “faire le bébé” avec lui…

VOTRE STYLE GRAPHIQUE EST PARTICU-LIÈREMENT ORIGINAL. COMMENT L’AVEZ-VOUS FORGÉ ?

Je dessine comme cela me vient. J’ai grandi dans une petite ville de campagne et il n’y avait pas de mangaka dans le coin. Je n’ai jamais non plus été assistante, tout comme mes propres assistants… C’est peut-être pour cela que mon style est original. Mais tous les jours, je m’inquiète de savoir si la manière dont j’ai appris à dessiner n’était pas une erreur…

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QUEL(LE)S AUTEURS ONT PU AVOIR UNE INFLUENCE ?

Je citerai Osamu Tezuka, Akimi Yoshida (BANA-NA FISH – ndr), Motoei Shinzawa (HIGH SCHOOL!KIMEN-GUMI – ndr), Kazuhiko Shimamoto (LA PLUME DE FEU – ndr), Mochiru Hoshisato (KEK-KON SHIYOUYO – ndr). Enfant, j’avais très peu d’argent de poche et j’ai vraiment été influencée par ce que je pouvais voir gratuitement : les dessins animés et le théâtre de marionnettes !

COMMENT SE DÉROULE LE TRAVAIL AVEC VOS ÉDITEURS DE SHODENSHA ?

Comme je n’habite pas à Tokyo, nous communiquons essentiellement par téléphone et par mail. Et comme je suis très occupée par l’éducation des enfants, il m’est souvent difficile de répondre au téléphone. Pour UN DROLE DE PERE, j’ai beaucoup plus de marge de manœuvre en comparaison avec des travaux pour d’autres éditeurs. Les éditeurs de Shodensha accordent une grande confiance à leurs auteurs.

PARLEZ-NOUS DE VOS RÉCITS COURTS POUR LE MAGAZINE ITOSHI NO LOVE BABY…

Il s’agit d’un essai. Je raconte comment j’élève mes enfants. Il m’est bien sûr facile de trouver des sujets à dessiner. Pourtant, dans la mesure où ce manga est destiné au grand public, je veille à ne pas dessiner comme si je parlais de mes enfants à mes proches, car ce ne serait ni parlant ni drôle pour les lecteurs qui ne me connaissent pas personnellement. Mais en fait, c’est le seul manga de mon parcours professionnel où je peux dessiner à propos de mes enfants, c’est donc très important pour moi !

Interview publié dans Coyote Mag n°30 (mars 2009) par Laurent Lefebvre.

Special Magic Thanks à Maud Beaumont, Bruno Pham et Yuki Kakichii (éditions Delcourt /Akata), ainsi qu’à Yumi Unita qui a pris le temps de répondre à nos questions.

 

 

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Mass appeal madness eats your brain !!

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