Manga
Unsung Hero

Cette courte série se faufile dans les coulisses du music business, pour nouer une collab entre un producteur pas très pro et une chanteuse rebelle. Évidemment, cela va faire des étincelles, mais Unsung Hero ne s’arrête pas aux stéréotypes
Pas le remix d’un conte de fées
Allons directement à la dernière page du premier tome : une courte note nous apprend que les auteurs ont mené plusieurs interviews chez les pros du disque, et il ont sans aucun doute empilé pas mal d’autres documents afin que leur histoire repose sur des bases réalistes. D’où un manga sérieux et crédible, qui traite de production, de coaching vocal, de marketing, de composer des chansons, etc. Il ne s’agit pas non plus un documentaire, Unsung Hero reposant avant tout sur de fortes personnalités.
Ichirô est un jeune producteur, a deux doigts de se faire virer par sa maison de disques : ses compétences sont encore flottantes et il ferait mieux de la boucler et de planifier correctement son taf au lieu de donner son avis sur tout. Son rêve, qu’il gâche et dilue dans la bière, est de découvrir un nouveau talent qui le fera vibrer, et d’en faire une star.

© Mizuki Uratani & Taigami/ Kodansha Ltd.
La perle rare est à deux pas de là, nommée Jam Hiiragi, elle chante dans la rue pour les sans-abris. Problème : son caractère est aussi puissant que sa voix. Histoire que l’on comprenne bien le personnage, elle commence par expédier ses deux pieds en pleine tête du flic du quartier, qui a manqué de délicatesse à son égard. Les nuances d’écriture du personnage attendront quelques chapitres de plus, pour le moment Jam Hiiragi est simplement une forte tête avec une voix en or.
Ichirô a le coup de foudre (artistique) et il se met en tête de présenter Jam a sa maison de disques. Mais que désire t-elle vraiment ?!
Accorder les guitares (et les gens)
Avec un duo producteur quasi-raté / chanteuse de rue renfrognée, on pouvait craindre le pire : que les personnages soient réduits à une silhouette vide et à une fonction (business pour l’un, passion pour l’autre). On vous rassure (quoique vous n’aviez peut-être rien demandé), ils prennent assez vite de l’épaisseur. Ichirô est hanté par un ancien échec (mais qui est aussi une source de motivation), tandis que Jam est dans une situation personnelle délicate, où faire des choix d’avenir est compliqué. Ce ne sont que deux exemples, pour signaler que Mizuki Uratani a bien bossé son écriture tout au long du tome, une fois passée une intro qui va au plus rapide afin de présenter les rôles principaux.

© Mizuki Uratani & Taigami/ Kodansha Ltd.
Il évite aussi le schéma le plus facile, c’est à dire la course au succès, avec amitiés, embûches, trahisons et bouée de sauvetage inespérée. Unsung Hero se focalise plutôt sur le lien organique entre music business et questions plus humaines, plus intimes : l’industrie du disque ne fabrique pas de toutes pièces un.e artiste (bon, okay… ça existe, mais ce n’est pas ce cas qui intéresse les auteurs). Maisons de disques et labels s’appuient sur la personnalité des artistes et sur leurs désirs, pour développer leurs créations, les vendre, et remettre une pièce pour un autre tour de manège. Une affaire de compromis et de prises de risques, pour tous les participants.
Entre business et passion, tableurs Excel et chansons, Unsung Hero trouve donc son équilibre en traitant les deux avec le même sérieux, et la même efficacité. On comprend les positions et les mécanismes du côté de la production aussi bien que chez les artistes. Il n’y a pas d’antagonistes, de directeur artistique cynique, juste un groupe de personnages, et différents métiers, qui cherchent à s’ajuster sur le même tempo. Le tableau n’est pas non plus idyllique, par exemple la passion et le passé d’Ichirô sont à double tranchant, ce sera une aide ou un boulet. En tous cas, c’est cette approche réfléchie qui donne sa personnalité à Unsung Hero. Quatre tomes sont prévus.

© Mizuki Uratani & Taigami/ Kodansha Ltd.
Je n’étais pas très chaud ni convaincu au bout d’une trentaine de pages, même si la phase d’introduction est carrée. Pour moi le récit devient beaucoup plus intéressant dès qu‘il touche plus concrètement au lien entre Jam et la maison de disques. Pour vous faire une première opinion, le chapitre 1 est en accès libre sur le site de Nobi Nobi !
Auteurs : Mizuki Uratani & Taigami
Éditeur : Nobi Nobi !
Tome 1 disponible
Prix : 7,20 €

