Manga
Shiba Inu Rooms
Se loger au Japon à 30 balles par mois, c’est possible ! Il faudra simplement cohabiter avec l’esprit d’un shiba pas très mignon et hyper grognon.

La sortie de Shiba Inu Rooms marque les 20 ans de Doki-Doki et OMG que le temps passe vite. Je me revois en train de crier « mais c’est génial ! » devant les pépites dénichées par l’éditeur aux alentours de 2006 à 2009. Non pas que le catalogue soit devenu moins intéressant par la suite. Par contre c’est à cette période que Doki-Doki a vraiment élargi mon horizon manga. Pour une jeune maison d’édition, miser à l’époque sur du gros shônen ou sur ce qui marche déjà n’aurait eu aucun sens, les parts de marché étaient déjà prises. Alors ils sont sortis des sentiers battus et moi je me suis régalé avec Reiko the zombie shop, Shiori et Shimiko, Aya conseillère culinaire, Ping Pong Dash, Otaku girls ou encore le magnifique Cortège des cent démons.
Honnêtement, j’ai moins accroché à la ligne édito plus fantasy / otaku qui a pris la suite pendant quelques années/ Mais jusqu’ici il y a toujours eu des titres pour me surprendre : Mr Nobody (première sortie VF pour Gou Tanabe), Dédale (c’est génial c’est génial c’est génial), ou les plus « méta » The rising of the shield hero, Helck, The Eminence in the shadow, etc.
Et maintenant Shiba Inu Rooms, alors que les mangas de chats, chiens, lapins… ça fait partie du taf mais à la base c’est pas mes moments de vie préférés !

SHIBATSUKI BUKKEN © 2024 by Esu Omori/SHUEISHA Inc.
Wouaf the fuck ?!
Lui là, qui fait la grimace sur la couverture du premier tome, c’est Muu, l’esprit d’un shiba qui hante l’appartement 101 d’une petite résidence. À cause de lui personne ne loue, alors qu’un grand deux-pièces tout neuf, avec cuisine équipée et pipi-room séparé de la salle de bains, à 4800 yens c’est cadeau. Momose est lycéenne et rien ne lui fait peur – littéralement. Les araignées, les tests de courage et les films d’horreur ne lui font aucun effet. Elle est donc la locataire idéale, en plus elle a un plan pour se débarrasser de Muu en douceur et profiter seule de son appartement. Bien sûr, le plan échoue, la lycéenne et le toutou sont donc partis pour une longue colocation mouvementée (sept tomes à ce jour, au Japon, après la prépu sur Jump+).
Mais Shiba Inu Rooms n’est pas un gag-manga. Ou pas seulement. L’auteur ne lambine pas pour installer des bases plus diversifiées : humour à rebrousse poil avec Muu et son sale caractère (cela dit, son agressivité n’est pas gratuite…), portées entières de shiba-dorables en danger de mourir de douceur (vous comprendrez en lisant le premier chapitre), un soupçon de fantastique, quelques scènes plus feelgood, une bonne dose de compassion, et ce qu’il faut de drame psychologique. Muu et Momose ont tous deux des carences en amour, et un comportement imprégné de négativité qui reste à « corriger ».

SHIBATSUKI BUKKEN © 2024 by Esu Omori/SHUEISHA Inc.

SHIBATSUKI BUKKEN © 2024 by Esu Omori/SHUEISHA Inc.
Shiba-dass ou Shiba-balle ?
Les rôles et la relation sont suffisamment bien écrits, tout comme le concept du « Shiba de l’au-delà ». Muu est un esprit, mais il cause, il a une forte présence et un passé troublé, ce qui permet au récit de changer d’atmosphère selon ce que Muu fait de rigolo ou bien ce qu’il traverse de plus difficile.
S’installe aussi une dynamique de groupe entres les voisins / voisines de la résidence et les visiteurs, telle cette médium perchée qui déboule et repart comme un boulet de canon – pitié, faites la revenir c’est le side-kick parfait. L’humour graphique aurait pu suffire, Muu tirant des têtes pas possibles à longueur de temps, mais l’auteur ajoute constamment de petites touches humoristiques, pour illustrer le décalage entre les personnages, les mauvaises manières de Muu ou la froideur apparente de Momose, qui dissimule ses soucis.

SHIBATSUKI BUKKEN © 2024 by Esu Omori/SHUEISHA Inc.

SHIBATSUKI BUKKEN © 2024 by Esu Omori/SHUEISHA Inc.
Bref, un manga de chien qui ne donne pas toujours la pa-patte, avec un twist fantastique qui permet de métaphoriser et d’aborder des sujets plus sérieux, et une colocation où chacun.e à ses troubles à régler. C’est fun, parfois malin et souvent très drôle et touchant, sans en faire des caisses (ce qui est appréciable).
Et si c’est si drôle à lire en français, c’est grâce à une traduction qui se montre inventive avec ses jeux de mots, un vocabulaire adapté, une syntaxe fluide et quelques punch bien trouvées. La traduction et l’adaptation font partie de l’âme d’un manga et aucune IA n’aurait pu pondre celle de Shiba Inu Rooms.
Auteur : Esu Oomori
Éditeur : Doki-Doki
Tome 1 disponible
Prix : 7,95 €

