Connect with us
Advertisement

Manga

Les mystères de la résidence Kaika

Publié

le


Histoire de nous plonger dans le Japon de l’ère Taishô, cette série redéfinit l’élégance graphique et narrative. Si si, rien que ça.

L’ère Taishô (1912-1926) est une période très particulière de l’histoire du Japon. Souvenez-vous de vos cours d’histoi… de vos mangas préférés : pendant deux siècles, les frontières de l’archipel étaient fermées sur ordre du shogunat. À l’exception d’échanges commerciaux avec la Chine, la Corée et la Hollande, le Japon n’avait plus de contacts avec l’étranger. À l’ère Meiji (1868-1912), cette période d’isolement prend fin pour de bon et les Japonais.es découvrent les cultures occidentales : littérature, peinture, architecture, mais aussi les technologies, la philosophie, etc. Mais c’est durant l’ère Taishô qu les Japonais.es ressentent au plus fort les effets de la modernisation du pays, et de son ouverture au monde.

On ne juge pas un manga à sa couverture, mais là… wow…

Qu’ils soient curieux, passionnés ou sceptiques, ils sont rarement indifférents à cet autre monde qui se déverse chez eux. Le nombre de traductions de romans et de pièces de théâtre explose : 33 000 entre 1868 et 1955 (dont 6000 durant la seule ère Taishô). De nos jours, Taishô rime avec effervescence intellectuelle, romantisme et mystères dans l’inconscient collectif nippon. Ce qui n’a pas manqué d’inspirer par exemple Kei Toume (Les mystères de Taisho), Jirô Taniguchi (Au temps de Botchan, qui se déroule cela dit à la fin de l’ère Meiji), mais aussi quantité de dramas et de films, notamment dans une case horaire que la chaîne NHK réserve aux fictions se déroulant aux ères Taishô et Shôwa.

Lancée en 2022 dans le mensuel Harta, Les mystères de la résidence Kaika compte à ce jour trois tomes. C’est peu, Harta ayant publié six chapitres par an et le prochain n’est pas encore annoncé. C’est le prix de la qualité et ce n’est pas gênant, car la série repose sur des chapitres semi-indépendants, qui se recoupent, enrichissent peu à peu les personnages et dévoilent leur personnalité.

©Ameishi 2023 / KADOKAWA CORPORATION

Tout commence à travers le regard de Fuji, disciple d’un grand écrivain décédé avant qu’il n’ait pu achever Les manches parfumées, roman à succès publié en épisodes dans un journal. Solitaire et fermé, Fuji souffre de porter seul un secret à propos de son maître et ce premier chapitre évoque les affres de la création littéraire, d’autant plus lourds quand la vérité ne doit pas être ébruitée. La mangaka dessine immédiatement un Fuji complexe, prix en étau entre son sens moral, son éditeur et les attentes des lecteurs des Manches parfumées. Cette intrigue ne sera pas réglée immédiatement mais continuée au second tome.

Chaque chapitre introduit ensuite un nouveau personnage, sans négliger les autres, et le récit devient rapidement choral, certains rôles passant du second au premier plan et vice-versa. On fait ainsi la rencontre d’un détective privé, d’une lycéenne marquée par la mort d’un.e proche, d’une femme ayant le malheur de posséder un timbre de voix qui envoûte les hommes, ou encore d’un peintre mentalement épuisé, à force de chercher une nuance de bleu liée à un souvenir cher à son cœur.

©Ameishi 2023 / KADOKAWA CORPORATION

L’ère Taishô a été marquée par un essor du roman policier japonais et du récit à mystères. Il ne s’agissait pas de ceux trouvés sur une île au trésor ou dans un objet maudit, mais des mystères logés dans la psychologie humaine. C’est ce chemin qu’emprunte la série, en donnant à dose mesurée des révélations sur les protagonistes, leur passé, leurs blessures et leurs dilemmes, afin d’exprimer de quelle façon ils gèrent tout cela et continuent de vivre. Les mystères de la résidence Kaika n’est pas un récit qui se définit par la tristesse ou la noirceur. L’autrice prend soin d’amener une palette d’émotions et d’atmosphères, et l’issue des sous-intrigues n’est pas forcément fataliste ou malheureuse, au contraire.

Élégance et subtilité caractérisent ce manga d’un bout à l’autre. Inutile de parler de l’élégance du trait, les planches qui illustrent cet article en disent plus long que n’importe quel discours. Je vous confie simplement que j’ai été frappé comme par la foudre en découvrant le style de la mangaka, et son sens de la composition. Au cinquième chapitre, un simple reflet dans une vitre lui permet de caractériser un personnage et ce qui cloche dans sa vie.

©Ameishi 2023 / KADOKAWA CORPORATION

L’autrice offre une reconstitution soigneusement détaillé de l’ère Taishô, marquée par un contraste entre le Japon ancien et une esthétique occidentale moderne, aussi bien au niveau des vêtements que des architectures. Si la résidence Kaika est le « hub central » où tout le monde vit, se rencontre et se recroise, le récit nous amène à visiter de nombreux lieux, majestueux ou en voie de délabrement. Le moindre pli de vêtement, ainsi que le mobilier raffiné, ont autant de présence que les attitudes des personnages. Bien que l’autrice s’autorise quelques écarts plus stylisés en terme de chara-design, Les mystères de la résidence Kaika pose un cadre extrêmement réaliste.

Capture d’écran de la page Pixiv de l’autrice

On vous l’a dit un peu plus tôt, un chapitre tous les deux mois, c’est l’attente à accepter pour profiter d’un manga de ce calibre et de cette qualité, qui tutoie la perfection. Aussi bien sur le plan de la narration, captivante et qui cultive le mystère, que par son esthétique (sublime), l’épaisseur psychologique des personnages et la profondeur des thèmes et des émotions abordés.


AMEISHI poste ses illustrations sur sa page Pixiv mais aussi sur Instagram. Le troisième tome de la série est disponible, et le design de la couverture est toujours aussi sophistiqué – je veux des affiches au format A1 chez moi !!

Thanks to my man Ifté, qui m’a apporté certaines infos.

Autrice : AMEISHI
Éditeur : VEGA
Tome 3 disponible
Prix : 12,50 €

Chef de rubrique manga et membre de la team Coyote Mag depuis une éternité. Né à l'ère Shôwa, toujours dans le game à l'ère Reiwa. Fan de Keisuke Itagaki comme de Mari Okazaki.

cliquer pour commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Copyright © 2026 Studio Venezzia Médias - Coyote Mag