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Cinéma

En salles : THE RAID de Gareth Evans

Nous l’avions découvert au festival Mauvais genre à Tours en avril dernier. Ce film d’action et d’arts martiaux indonésien était précédé d’une réputation dithyrambique suite à sa présentation dans différents marchés de film. La rumeur avait enflé en forme de « film d’action qui “dynamite le genre“ ou de “meilleur surprise depuis le cinéma d’action Thaï“…

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Nous l’avions découvert au festival Mauvais genre à Tours en avril dernier. Ce film d’action et d’arts martiaux indonésien était précédé d’une réputation dithyrambique suite à sa présentation dans différents marchés de film. La rumeur avait enflé en forme de « film d’action qui “dynamite le genre“ ou de “meilleur surprise depuis le cinéma d’action Thaï“…

[dropcap]L[/dropcap]a comparaison est plutôt juste. Il y a dix ans, Tony Jaa et ses avatars avaient en effet impressionné la planète “gros kick dans ta face“ en repoussant les limites de cascadeurs inconscients, en imposant une violence extrême durant les combats et en mettant en scène des séquences de plus en plus complexes et spectaculaires.

Le mouvement thaïlandais, inventé et soutenu par la Sahamongkol Film, a disparu tout aussi vite, passant le relais a des cinéastes tels Wilson Yip à Honk Kong et désormais le jeune réalisateur britannique Gareth Evans, qui a jeté son dévolu sur une culture encore peu connu en Occident : le Pencat Silat originaire d’Indonésie. Si son premier film, intitulé MERANTAU et mettant en vedette l’artiste martial indonésien Iko Uwais, avait plus des allures d’un ONG BAK indonésien (en résumé, un jeune bouseux se rend à Jakarta pour péter la gueule à des trafiquants d’humains), THE RAID se veut beaucoup plus conceptuel. En installant en cinq minutes une situation très simple (un groupe d’intervention de la police se retrouve pris au piège lors d’un raid dans un immeuble de la mafia), le film rejoint un débat sur le cinéma d’action pur, qui a souvent invoqué la règle des trois unités pour tenter de donner une nouvelle référence au genre.

PIÈGE DE CRISTAL, la séquence la plus prenante de TIME AND TIDE de Tsui Hark, SPEED de Jan de Bont ou  BREAKING NEWS de Johnny To, en sont autant d’exemples plus ou moins réussis. Le cinéma d’horreur se sert aussi allègrement de ces principes et tente de maintenir un suspense avec très peu de personnages et une unité de décor. John Carpenter fut d’ailleurs pendant longtemps le maître de cet exercice avec des incontournables tels ASSAUT, PRINCE DES TENEBRES et, dans une moindre mesure, GHOST OF MARS.

[dropcap]E[/dropcap]n résumé THE RAID possède cette ambition de réaliser un film très spectaculaire à base d’action et de suspense non-stop pour un millions de dollars de budget. Le pari est à la fois enthousiasmant et vain. Si le huis clos horrifique nécessite d’abord des personnages et des comédiens solides ainsi qu’un rythme et une écriture maîtrisée, le cinéma d’action a surtout, voir seulement besoin d’une mise en scène intelligente, inventive et virtuose. Oublions les comédiens solides et l’écriture maîtrisée. THE RAID n’échappe en effet pas aux clichés de la série B d’action asiatique au sens large. Les mafieux sont crapuleux, les flics aussi courageux que transparents, la violence est aussi exacerbée que le cinéma d’horreur indonésien. Bonne nouvelle, cela n’a aucune espèce d’importance puisque le film se ménage quelques scènes de suspenses plutôt efficaces mais ne bascule jamais complètement (à tort ?) dans le survival…

À la lecture des fameuses critiques élogieuses, on s’attendait à un festival d’idées et de mise en scène nerveuse, et savamment déployée pour suivre Rama (Iko Uwais), le flic pris dans la tempête permanente de violence qui l’attend au détour de chaque couloir de l’immeuble maudit. Premier constat : Outre une esthétique sans aucune inventivité (une lumière froide vaguement stylisée), le film est horriblement répétitif. Hormis les quelques habitants neutres de l’immeuble, que le scénario ne prend jamais soin de développer et qui propose quelques situations originales, THE RAID se contente d’accumuler les variations de confrontations dans la monotonie des mêmes décors de couloir : Rama contre 2 mecs à mains nues, Rama contre 3 mecs à mains nues, Rama contre un mec au couteau, Rama contre 5 mecs au fusil d’assaut… Quand le film tente parfois des idées neuves telle la fusillade dans la cage d’escalier plongée dans le noir, on devine trop aisément l’influence des jeux vidéos (pourquoi pas) mais la mise en scène dévoile dans ces moments son manque absolu de pertinence.

[dropcap]M[/dropcap]anque de moyen ou talent, le point de vue se limite trop souvent à une caméra portée qui tente de saisir, parfois avec des défauts de cadrages embarrassants les prouesses des acteurs cascadeurs. La seule qualité de cette mise en scène au final, c’est l’économie de montage. Là où d’autres tocards de la série B vont passer des semaines en salle de montage pour donner des allures de clip à des rushs peu engageants, Garath Evans a retenu la principale leçon pour qui souhaite filmer efficacement des chorégraphies (cela vaut d’ailleurs aussi bien pour la comédie musicale que pour les arts martiaux).

Si vous n’êtes pas Tsui Hark, n’essayez surtout pas de cadrer, puis découper une chorégraphie complexe et aérienne de Pencat Silat… Cadrez large, laissez tourner et vous aurez plus de chances de capter le spectacle naturel d’un artiste martial doué. Et les acteurs indonésiens savent y faire. Les combats sont secs, brutaux et se veulent réalistes. Les confrontations entre Rama et “Mad Dog“, incarné par le comédien au physique en apparence peu charismatique Yahan Ruhian, sont en effet assez mémorables et font en réalité toute la réputation quelque peu surévaluée du film. Au-delà, que ce soit en termes de mise en images et de “production value“, THE RAID n’arrive malheureusement pas à la cheville de ses homologues thaïlandais. À déguster pour les fans hardcore d’arts martiaux, à apprécier le temps de quelques séquences enlevées pour les cinéphiles plus exigeants.

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