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Cinéma

Eric Khoo parle de TATSUMI

À l’occasion de la sortie en DVD et Blu-ray de TATSUMI, le formidable film d’Eric Khoo (juré pour les long-métrages à Annecy cette année) en hommage à un maître méconnu du manga : Yoshihiro Tatsumi, Coyotemag.fr vous propose l’intégralité de l’interview que nous avons réalisée lors de son passage à Paris en 2011. Rencontre avec un cinéaste à l’honnêteté et à la sensibilité désarmantes…

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À l’occasion de la sortie en DVD et Blu-ray de TATSUMI, le formidable film d’Eric Khoo (juré pour les long-métrages à Annecy cette année) en hommage à un maître méconnu du manga : Yoshihiro Tatsumi, Coyotemag.fr vous propose l’intégralité de l’interview que nous avons réalisée lors de son passage à Paris en 2011. Rencontre avec un cinéaste à l’honnêteté et à la sensibilité désarmantes…

 

 

Vous semblez être très amateur du récit omnibus.

C’est exact.

C’est donc par goût que vous avez choisi ce format pour le film ?

Non, plus par nécessité. Je suis un très grand fan de l’œuvre de M. Tatsumi depuis les années 1970, et j’ai toujours ressenti le besoin d’exorciser cette passion à travers un film. Je ne parvenais néanmoins pas à trouver le point d’entrée pour cette adaptation : ses histoires courtes tiraient leur puissance dans leur brièveté, et les étaler sur un long-métrage semblait leur faire perdre tout leur sel. Ce n’est qu’en lisant Une vie dans les marges que je suis parvenu à trouver la réponse à mes questions : je pouvais mêler ce récit autobiographique avec les histoires les plus représentatives de M. Tatsumi.

Saviez-vous dès le début que vous alliez employer l’animation ?

Oui, car tout ce film est pour moi une déclaration d’amour à M. Tatsumi. Et son style de dessin est indissociable avec ses récits ou sa narration. Faire un tel film en live n’aurait eu aucun sens à mes yeux.

Comment avez-vous choisi les récits que vous alliez adapter ?

Ce fut très dur, j’ai procédé par élimination. Je savais juste au départ que j’allais ouvrir le film avec L’Enfer, qui me semble non seulement donner le ton, mais qui de plus parle des traumas originaux du Japon dans lequel M. Tatumi a grandi. Et je savais que j’allais terminer avec Good bye, qui est probablement l’une des histoires les plus noires et radicales de son œuvre. Pour le reste, il y avait initialement une bonne quinzaine d’histoires différentes que je voulais adapter. Je les ai réduites considérablement, notamment pour voir comment elles pouvaient faire écho, ou pas, avec l’autobiographie. Par exemple, il me semblait logique que Monkey mon amour pouvait s’inclure après la section biographique où l’on raconte l’arrivée de M. Tatsumi à Tokyo : dans les deux cas, nous parlions d’une personne qui devait affronter une certaine solitude, car elle se retrouvait en dehors de son milieu naturel. Je crois d’ailleurs que, personnellement, cette histoire est ma préférée du film.

Racontez-nous votre rencontre avec M. Tatsumi.

Il était loin d’être acquis à la cause d’un film tiré de son œuvre. Mais deux éléments l’ont fait changer d’avis. En premier lieu, j’avais apporté avec moi mon carnet de croquis. En voyant que j’adorais moi-même dessiner, il a compris que l’on pouvait avoir un terrain d’entente, que nous pourrions parler le même langage. Mais je crois aussi que ce qui l’a convaincu, c’est que je suis venu dès cette première réunion avec une idée pour la conclusion du film : l’auteur qui, en déambulant dans une librairie puis dans la rue, croise les personnages principaux de son œuvre. M. Tatsumi était spécialement ravi de découvrir que j’avais même pris soin de faire apparaître le petit singe de Monkey mon amour.

Vous saviez également à cette étape que vous alliez terminer votre film sur un plan de M. Tatsumi en train de dessiner ?

Oui. D’ailleurs, si vous regardez attentivement le dessin qu’il est en train de faire, vous noterez qu’il s’agit du tout premier plan du film. C’était pour nous une façon de boucler le film, comme si nous disions au spectateur que nous leur avions proposé un tour complet de l’artiste et de son univers.

Vous a-t-il donné des conseils ?

Pas vraiment des conseils, mais il avait encore des réticences. Il ne comprenait notamment pas pourquoi je tenais tant à rester fidèle à son œuvre. Il m’a répété constamment : « Mais je veux voir ce que vous, vous pourriez faire avec votre propre style et sensibilité à partir de mes travaux ». Vous savez, deux choses caractérisent M. Tatsumi : il est d’une humilité sans égal, et il a énormément d’humour. Il ne cesse de faire des blagues très spéciales.

Comment avez-vous travaillé sur le découpage du film ?

Ma volonté étant de rester le plus fidèle possible au trait de M. Tatsumi, j’ai débuté par ses mangas : j’ai isolé chaque case, et j’ai essayé d’en tirer un story-board. Ca n’était pas toujours suffisant pour raconter les histoires, et il nous est arrivé de solliciter Tatsumi lui-même, qui est venu dans nos studios d’animation à Singapour et a signé quelques dessins spécialement pour le film.

N’est-il pas dangereux de découper son film en se basant ainsi presque exclusivement sur les pages d’une bande dessiné ? Après tout, ces deux médiums ont un langage totalement différent.

Dangereux, je ne sais pas, en tout cas, c’est difficile. Deux éléments m’ont donné beaucoup de fils à retordre. Les jeux sur la profondeur en premier lieu, qu’il a fallu entièrement déterminer en analysant les planches de manga. Ensuite, et surtout, le timing. Je tenais à avoir une animation minimaliste, je ne pouvais m’imaginer les dessins de Tatsumi prendre vie avec une fluidité totale de mouvements. Mais il s’est avéré très, très difficile pour mes animateurs de trouver le rythme adéquat, et je n’arrivais pas à bien leur faire part de mes désirs. Ce fut parmi les instants de la production où j’ai vraiment douté que je viendrai à bout de ce projet. Je suis donc revenu aux outils que je connaissais et maitrisais : j’ai filmé la totalité du film en vidéo, avec des comédiens. Et c’est avec ces éléments que j’ai créé l’animatique complet du film.

Vu tout ce que vous me racontez sur lui, j’imagine qu’il ne fut pas facile de convaincre M. Tatsumi de faire la voix-off pour les épisodes biographiques du film…

Pas vraiment, car à cette étape-là, j’avais toute sa confiance. D’ailleurs, une fois son anxiété passée, il a enregistré son texte très rapidement. Le plus étonnant néanmoins, a été l’enregistrement avec Tetsuya Bessho. Ce grand acteur de théâtre a également une émission radio très célèbre au Japon. Et il avait très peu de temps de libre : il est arrivé un samedi, nous avons commencé l’enregistrement le jour même, puis tout le dimanche, et il repartait le soir même ! Bessho a une incroyable faculté pour moduler sa voix, ce qui lui a permis d’interpréter tous ces personnages. Il voulait même faire les personnages féminins, mais ça me semblait tout de même trop ridicule (rires).

Eric Khoo et Yoshihiro Tatsumi. photo © Rory Daniel

Tatsumi est votre premier film d’animation. Est-ce le dernier ?

Oh que oui ! Je ne reviendrai plus jamais à ce support, c’est nerveusement trop éreintant.

J’avais pourtant cru comprendre que vous espériez adapter d’autres histoires courtes de M. Tatsumi…

Oui, c’est vrai, mais ce serait une erreur. Je suis tellement fier de ce film, que j’aurais trop peur de gâcher cette merveilleuse expérience avec une suite qui ne serait pas à la hauteur du premier. Par contre, je vais revenir dans l’univers de M. Tatsumi : il a tellement apprécié notre collaboration, qu’il m’a écrit un scénario pour un film live. Et, aussi fou que cela puisse paraître, il s’agit d’une merveilleuse histoire d’amour pleine d’humour !

Propos recueillis et traduits par Julien Dupuy. Remerciements à Mathilde Incerti, Laurence Granec et Karine Ménard.

Retrouvez le manga de Yoshihiro Tatsumi qui a inspiré le film, UNE VIE DANS LES MARGES, aux éditions Cornélius.

DVD et BR TASTUMI disponibles aux éditions CTV.

 

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