Yuuki Tokunaga

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La musique japonaise ne se résume pas au visual kei et à la J-pop ! Cette année, on a ainsi croisé au milieu des allées de la Japan Expo 2014, en marge de la programmation « officielle », Yuuki Tokunaga (ou simplement Yûki), interprète de 19 ans qui perpétue la tradition musicale du enka – la chanson traditionnelle et populaire nippone, chantée avec des trémolos dans la voix. Sacré meilleur chanteur du genre au Japon, il compte actuellement deux singles à son actif, dont le dernier, DODOMPA DANCE!, associe tradition musicale japonaise et sonorités latines pour un résultat léger et dansant. Rencontre avec un jeune chanteur qui veut réconcilier passé et présent, pour remettre du baume au cœur à son pays !

– Peux-tu nous résumer ton parcours personnel et artistique jusqu’à aujourd’hui ?
Depuis que je suis tout petit, il y a toujours eu du enka à la maison : mon père, ma mère, mon grand père – tout le monde chantait du enka ! On regardait beaucoup d’émissions de enka à la télé, donc j’ai vraiment grandi avec le enka, et j’ai commencé à en chanter moi aussi dès l’enfance. Et quand j’étais lycéen, j’ai participé au concours de la NHK pour « La plus belle voix 2012 » et j’ai remporté le Prix Grand Champion – meilleur chanteur du Japon ! C’est comme ça que je suis devenu chanteur professionnel, et j’ai sorti mon premier disque en novembre 2013.

– Peux-tu nous expliquer ce qu’est le Enka ?
C’est la vraie culture musicale japonaise, qui est née il y a longtemps. C’est très culturel parce que c’est lié à la littérature japonaise : les paroles traitent de la nature, des paysages, des animaux. Il y a plusieurs styles d’enka : des choses très gaies, des chansons d’amour, des chansons plus nostalgiques… Les paroles sont toujours très importantes et elles sont accompagnées par des mélodies traditionnelles japonaises.

– Est-ce que tu sais si ce style a des équivalents dans le reste du monde ?
En France, c’est ce que vous appelez la chanson. En Corée, il y a aussi une forme d’enka – dont j’ai d’ailleurs oublié le nom… Je pense que ce genre de musique existe un peu partout dans le monde en fait…

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– Comment travailles-tu ta voix pour chanter ce style ? Est-ce que tu suis un entraînement particulier ?
Je chante depuis que je suis à l’école maternelle : dans ma salle de bain, dans mon lit, avec ma famille… Donc déjà je chante tout le temps ! Mais depuis que je suis professionnel, je travaille surtout sur la respiration, car j’ai besoin de tenir une note très longtemps.

Le fait de pratiquer le judo – dont tu es ceinture noire – constitue-t-il un plus pour travailler ta technique de chant ou ta façon de bouger sur scène ?
Ce que j’ai surtout beaucoup appris grâce au judo, c’est le respect des autres, la politesse. Cela m’a donc surtout beaucoup aidé moralement pour ce que je fais aujourd’hui, car dans le enka il faut montrer du respect, pour les gens âgés, pour tous les publics – car ils viennent pour nous écouter… Le judo m’a donc beaucoup appris au niveau de la mentalité.

– Tu dis que le enka est une musique destinée à donner du courage aux gens. Penses-tu que, après le séisme de mars 2011 et les problèmes liés à l’accident de Fukushima, le Japon a plus que jamais besoin qu’on lui redonne du courage ?
Oui, c’est vrai que le Japon a été dans le deuil pendant quelques années et même aujourd’hui c’est encore très difficile – au Nord comme au Sud… C’est pour cela que nous avons besoin de chansons qui redonnent le moral. C’est ce que je fais avec mes chansons, qui donne du courage aussi bien aux enfants qu’aux plus âgés ! Parce que nous avons besoin de rassembler toutes les générations à travers la musique.

– Comment, lorsqu’on est un adolescent, on décide de s’orienter plutôt vers le enka que vers la pop ou le rock ?
C’est vrai que je fait partie d’une minorité : c’est rare de chanter le enka à mon âge. Mais avant tout j’adore ce style ! Mon esprit et mon énergie sont tout entiers dans le enka : donc je ne vais pas abandonner le enka parce que la pop ou le rock marchent mieux ! Mais c’est vrai qu’aujourd’hui au Japon il n’y a pas beaucoup de jeunes gens comme moi qui s’intéressent à ce genre. Et c’est un peu dommage car je pense que c’est une culture qui doit continuer à vivre. Donc je fais le pont entre les plus vieux et les très jeunes, parce que sinon il n’y a personne ! Et il faut que des jeunes prennent la relève pour que cette culture ne disparaisse pas…

– Es-tu quand même sensible au J-rock ou à la J-pop ?
De temps en temps je vais aussi au karaoké avec mes amis, et tous mes amis chantent de la J-pop. Donc c’est comme ça que je me suis essayé à chanter de la J-pop, mais franchement ça ne me correspond pas ! J’essaie d’écouter un peu de pop, mais dès que j’ai du temps je réécoute quand même du enka !

– Interviens-tu dans la composition des chansons que tu chantes ?
Pour l’instant je n’ai rien écrit. C’est Kazufumi Miyazawa qui m’a écrit ma dernière chanson, DODOMPA DANCE! : il est très connu dans la musique japonaise et je suis ravi d’avoir eu cette opportunité. Mais plus tard je compte bien écrire moi-même, et je m’entraîne dans ce but…

– Peux-tu nous expliquer de quoi parlent les deux premières chansons que tu as sorties ?
Le premier single, SAYONARAWANAMIDA NI, parle de quitter sa ville natale. Je suis né à Osaka mais mes parents venaient d’une autre ville, qu’ils ont dû quitter pour s’installer à Osaka. Donc j’évoque ce changement de paysage, ces souvenirs… Partir c’est toujours triste mais c’est aussi un défi, et c’est ce que je chante là.
Quant à mon deuxième single, DODOMPA DANCE!, c’est un titre très gai, fait pour réunir tout le monde dans une bonne ambiance, pour faire la fête, s’amuser tous ensemble.

– Est-ce que ta tenue est une tenue totalement traditionnelle, ou a-t-elle été adaptée ?
C’est le costume « joyeux », le costume traditionnel de la fête. Pendant l’été, il y a en effet des gens qui portent ce costume à l’occasion des fêtes, mais moi j’ai fait aussi exprès de le porter ici à Japan Expo, car il est tricolore – bleu, blanc, rouge – et ce sont les couleurs de la France !

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– Il y a apparemment un personnage qui s’inspire de toi : Kapi-yan. Que peux-tu nous dire sur lui ?
Mon agent me disait que je ressemble à cet animal – au niveau de la tête ! Donc nous avons inventé une mascotte, en mélangeant ma tête et l’allure de l’animal. C’est tellement rare qu’un chanteur de enka ait une mascotte, qu’ainsi nous marquons les esprits. Et depuis, Kapi-Yan est comme mon frère !

– Il semble que tu es aussi très attiré par les trains : tu passes ton temps libre à faire des photos autour des gares, tu sais imiter un chef de gare ou un contrôleur… D’où te vient cette fascination pour l’univers des trains ?
La maison que nous habitions quand j’étais enfant était près de la gare : donc depuis que je suis tout petit les trains front partie de mon quotidien. J’ai commencé à m’y intéresser et j’ai demandé à mon père de m’amener à la gare voir les trains. Et ça m’a fasciné de voir tout ce mouvement, ces gens qui passent, ces machines qui bougent… C’est une passion depuis que je suis enfant et maintenant cela me relaxe…

– Quel effet cela te fait-il de venir chanter en France, dans le cadre de Japan Expo ?
Hier j’ai fait ma première présentation et franchement j’avais très peur : déjà parce que c’est du enka et qu’il y a la barrière de la langue – comme je ne parle ni anglais ni français, j’avais peur de faire un blocage et que le public ne vienne pas. Et en fait ça s’est très bien passé : le public français est très chaleureux, ils ont visiblement aimé… En plus ma nouvelle chanson est très dansante, il y a une chorégraphie, et j’ai vu que tout le monde dansait, tout le monde participait. Donc maintenant je suis soulagé !

– Est-ce que tu te sens à l’aise dans l’univers de Japan Expo, qui est surtout très tourné vers le manga et les animes ?
C’est vrai : dans toute l’histoire de Japan Expo, je suis le premier chanteur de Enka à me produire ici ! Mais les jeunes ici ne sont pas fermés, comme j’ai pu le constater hier. Et je suis également fier d’être l’ambassadeur du enka dans cet évènement qui se déroule à Paris. Donc j’avais peur mais finalement ça s’est très bien passé.

– Est-ce que tu envisages de faire plus que de la chanson ? De la télévision ou du cinéma par exemple ?
Oui, j’ai déjà un peu commencé car je participe à beaucoup d’émissions de type « talk show », et c’est comme ça que je rencontre d’autres artistes de mon âge issus d’autres domaines. Donc je ne refuse jamais rien, je prends toutes les opportunités car cela me fait de l’expérience et cela m’ouvre à d’autres choses…

– As-tu une autre activité principale en dehors de la musique ? Es-tu encore étudiant ?
Quand j’ai gagné le concours NHK, j’étais encore au lycée, et une maison de disques est venue tout de suite pour me faire signer un contrat, mais mes parents ont refusé : ils m’ont dit que je devais d’abord avoir mon bac, et qu’ensuite seulement je pourrai faire ce que je veux ! Parce que c’est très difficile d’avancer si l’on n’a pas le bac. Mais maintenant que j’ai eu mon bac, je me consacre uniquement à la chanson…

– Quels sont maintenant tes prochains projets musicaux ?
Pour l’instant, je suis concentré sur mon single DODOMPA DANCE!, car il est sorti uniquement en France pour le moment. Lorsque je vais rentrer au Japon, je vais donc devoir travailler sur la promo, etc. Après il y aura évidemment un troisième single et puis un album…

– Quels sont tes espoirs et tes attentes pour ton futur et, plus généralement, celui du Japon ?
Déjà en ce qui me concerne, je veux continuer à chanter sans m’arrêter : mon espoir est de participer à cette énorme émission de chanson japonaise, qui est un peu l’équivalent de vos Victoires de la Musique ! Si je peux aller dans cette émission, alors je serai connu dans tout le Japon ! C’est pour ça que je ne vais pas baisser les bras et je poursuis mon travail. Et pour le Japon, il y a les Jeux Olympiques de 2020 : on a l’espoir d’être sélectionnés, donc on va se battre, malgré toutes les difficultés que l’on pourra rencontrer. Il faut avancer, garder l’espoir et la bonne humeur !

– As-tu un message pour le public français ?
Je m’appelle Yûki, je vous amène le véritable air du Japon et je vous invite à découvrir le enka. Ma chanson DODOMPA DANCE! est téléchargeable en France : elle est très facile à chanter et à danser, aussi bien pour les petits enfants que pour les personnes âgées ! La vie est difficile pour tout le monde, mais l’espace de quelques minutes, on peut être joyeux !

■ Site officiel : www.itoh-c.com/tokunaga/

■ Page de l’artiste : http://emirecords.jp/tokunaga

■ Blog officiel “Yûkirin-rin” : http://ameblo.jp/tokunaga-yuuki

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