We are X – Interview Yoshiki

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Yoshiki
Photo : © Laurent Koffel

Yoshiki a beau sourire, il ne parvient pas à masquer la douleur sur son visage. Fraîchement opéré, le leader de X Japan compte pourtant mener à leur terme ses nombreux projets un instant mis en pause. Car, plus que quiconque, il souhaite exploiter au maximum chaque jour de sa vie, comme il l’explique dans le documentaire WE ARE X qui est sortit en salles le 4 octobre 2018.

D’habitude, la question introductive est de pure politesse, mais cette fois, elle entre directement au cœur du sujet. Alors, Yoshiki, la santé ?

 Il y a quelques mois, on a inséré un disque métallique entre mes vertèbres 3 et 4. Mais la zone abîmée de ma nuque s’étend entre les vertèbres 3 et 6. Donc, jouer de la batterie risquerait de me renvoyer au bloc.

Tombant au plus mauvais moment dans le planning du groupe, l’intervention a contraint Yoshiki à innover :

Notre tournée japonaise de juillet était sold-out et il était hors de question d’annuler. Puisque je n’étais pas en état de taper sur une batterie, j’ai pensé à ne jouer que du piano dans une orchestration symphonique. Et je pense que c’est l’un des spectacles les plus cool que X Japan ait proposés dans sa carrière.

Yoshiki
Photo : © Laurent Kofel

Partout, la mort

Cette carrière, les Occidentaux peuvent la découvrir dans le documentaire WE ARE X – DEATH AND LIFE OF X JAPAN de Stephen Kijak, déjà responsable de films sur les Rolling Stones, les Backstreet Boys et Scott Walker. Pourtant, le réalisateur avoue à la presse souhaiter abandonner ce genre :

L’histoire [de X Japan] est tellement surréaliste, que je ne vois pas où je pourrais encore aller après.

Le sous-titre même donne le ton : ici, c’est la mort qui est en tête d’affiche. Inéluctable, la disparition des êtres chers à Yoshiki (son père, le guitariste hide, l’ex-bassiste Taiji) ponctue le film à travers de récurrentes interviews près de leurs tombes. Et il suffit d’évoquer le terme « suicide » en sa présence pour que l’artiste réagisse instinctivement.

Je ne sais pas ce qui est le plus difficile : vivre ou mourir ? Je l’ignore toujours. Mais je suis farouchement opposé au suicide. Particulièrement parce que mon père s’est ôté la vie. La mort a toujours été auprès de moi, mais je ne considère pas ce fait négativement. Vous pouvez perdre quelqu’un de cher à n’importe quel instant, peut-être demain. Et ça implique qu’il faut vivre sa vie au maximum ! Demain, vous en serez peut-être privé ! Il ne faut pas prendre l’instant présent pour acquis. N’essayez pas d’échapper à ces moments, même douloureux. Ne vous enfuyez pas. Même si vous pensez que votre existence n’est pas justifiée, ne gâchez pas cette chance que vous avez d’être en vie, car la mort vous rattrapera sans vous prévenir.

C’est par cette démarche que Stephen Kijak a fini par convaincre le musicien :

Jusqu’ici, j’avais refusé toute proposition car revenir sur l’histoire du groupe était trop douloureux. Mais quand une équipe m’a expliqué comment la tragique aventure de X Japan pourrait aider certains spectateurs à accepter leur propre vie, j’ai été convaincu. Nous avons commencé à tourner en septembre 2014, et il m’a fallu quelques mois avant de faire entièrement confiance à Stephen.

Yoshiki accepte alors d’enregistrer des versions inédites avec Toshi devant la caméra, en plus d’offrir l’accès à toutes les archives du groupe.

Yoshiki
Photo : © Laurent Koffel

Rock around the world

Loin de sombrer dans l’hagiographie, WE ARE X aborde sans filtre les pires moments du groupe : le renvoi de Taiji, la mort inexpliquée de hide, l’embrigadement de Toshi dans une secte… Aucune zone d’ombre n’est ignorée dans le documentaire ! Mais c’est avant tout sous la lumière des spots que brille X Japan, deuxième facette du film qui dissèque l’ascension du groupe, devenu phénomène de société et leader d’un mouvement artistique, le visual kei. Les archives parlent d’elles-mêmes, avec ces milliers de fans regroupés dans les stades, tous habillés, maquillés et coiffés à l’image du quintette.

Pour mieux comprendre l’impact artistique du groupe, de nombreuses pointures du rock occidental témoignent de leur admiration pour X Japan, à commencer par Gene Simmons, leader de Kiss, selon qui « s’ils avaient chanté en anglais, X Japan serait le plus grand groupe de rock du monde ». Fanboys assumés, ces guitar heroes n’ont qu’un objectif : populariser le groupe de Yoshiki à travers la planète. En toute logique, quand X Japan annonce la production d’un nouvel album, les propositions affluent !

Il y aura beaucoup de collaborations. Je ne devrais pas le dire, mais Marylin Manson sera également présent sur l’album. J’ai tellement de chance, ce sont des artistes incroyables qui m’apportent un tel soutien !

Une précision s’impose ici. Yoshiki parle du futur album original de X Japan, et non de la B.O. du film, récemment sortie, qui propose les plus grands hits du groupe… en version inédite :

Toshi et moi avons réenregistré en studio les chansons que nous avions jouées devant les caméras, j’ai choisi l’ordre des titres et produit la soundtrack. J’ai laissé toute latitude à l’équipe pour le choix des morceaux sur le film, mais j’ai exigé le contrôle sur la B.O. L’album inédit sortira pour dans quelques mois, il ne reste plus que quelques finitions. Nous allons d’abord nous concentrer sur la tournée acoustique (du 11 au 17 juillet, au Japon) et ensuite tout donner sur l’album. Quand vous l’écouterez, vous réaliserez que nous avons franchi une étape. Quand il sortira, je veux que ce soit de manière très agressive, pour qu’il ait le maximum d’impact.

Pendant cette dernière phrase, le rictus sur le visage de Yoshiki ne provient pas, pour une fois, de la douleur. Mais de la frustration d’un musicien qui sera peut-être bientôt privé à jamais de batterie.

Propos recueillis le 8 juillet 2017 à Paris chez Sony Music et mis en forme par Matthieu Pinon

Remerciements à Stéphane Ribola

Interview publié dans Coyote Mag n°68

Affiche du film documentaire We Are X

A Propos de l'auteur

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