VULGARIA de Pang Ho-cheung

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Vulgaria de Pang Ho-cheung éclabousse le 36ème Festival International du Film de Hong Kong.

En France, nous avons découvert Pang Ho-cheung en 2006 avec la sortie vidéo de AV, une comédie assez inhabituelle sur une bande de jeunes bras cassés voulant se lancer dans le porno. L’an dernier, tandis que la sortie chez Asian Star d’un ses premiers films, Men suddenly in black, passait presque inaperçue, Dream Home, un incroyable thriller horrifique avec en toile de fond, la crise immobilière de Hong Kong, faisait les beaux jours des festivals et de l’éditeur Wild Side. Pang Ho-cheung n’est pas, comme certains l’ont écrit, uniquement ce fanboy amateur de déviance, d’humour potache et de sexe à l’écran. Non seulement ses projets possèdent une ambition évidente dans leur écriture (le film à sketchs Trival Matters) mais défendent également des concepts souvent intenables (l’inceste dans Isabella, la fin de la domination masculine dans Exodus, le meurtre comme outil d’accession à la propriété dans Dream Home) que le cinéaste arrive à aborder à chaque fois avec le traitement juste. Aujourd’hui, Pang Ho-cheung s’est acheté une position unique dans l’industrie du cinéma de Hong Kong. Réalisateur à la fois de comédies à succès taillées pour le grand public local (le tout récent diptyque Love in Puff/Buff) et de films à sensation catégorisés 3 (le niveau qui interdit l’exploitation auprès des moins de 18 ans), il semble plus que jamais capable aujourd’hui d’orienter l’opinion de ses spectateurs sur des sujets très polémiques. Vulgaria, second film du réalisateur présenté cette année au HKIFF (après Love in the Buff plébiscité en ouverture du festival) est peut-être son plus provocant, son plus ouvertement « vulgaire » et, pourtant, entre deux éclats de rires, le film se débrouille toujours pour mettre le doigt sur des éléments dramatiques qui crédibilisent des personnages dans des situations improbables.

To Wai-cheung (Chapman To, Infernal Affairs 2), un producteur peu talentueux et fauché, explique très sérieusement à une salle d’étudiants en cinéma que son métier consiste uniquement à faciliter, telles des poils pubiens, les rapports (les frottements…) entre les personnes qui participent au financement et à l’élaboration d’un film. Malaise dans la salle de cours, rires dans la salle de cinéma. Et à To Wei-cheung d’illustrer son propos à travers le récit d’une production outrageante pour les oreilles polies des spectateurs chinois…

Vulgaria est donc ce récit construit en flashbacks sur les mésaventures d’un producteur fauché obligé d’accepter l’aide d’un mafieux venu de Chine continentale. Brother Tyrannosaurus (c’est son nom), incarné par le formidable Ronald Cheng, est littéralement fou et obsédé. Lors d’un dîner qui célèbre le deal, Wei-cheung est obligé de consommer du vagin de truie (caricaturant les mœurs culinaires des continentaux…) avant d’honorer, littéralement, la « femme » du parrain, à savoir une mule. La conclusion de cet épisode zoophilique est un running gag laissé en suspend jusqu’au dénouement du film.

Autre souci pour Wei-cheung, le projet signé, évidemment érotique, doit être un hommage à l’idole de Brother Tyrannosaurus, l’actrice Shaw Yin-yin, vétérante de la Shaw Brothers, qui n’a pas tourné dans un film « léger » depuis 40 ans, et qui fait l’objet d’un come-back saisissant depuis quelques années dans des seconds rôles récompensés (The Pye-Dog, Galants).

Entre une assistante qui va bientôt l’accuser à tort de harcèlement sexuel, une ex-femme qui le menace de perdre son droit de visite, des vedettes difficiles à convaincre, un financier imprévisible et dangereux, Wei-cheung ne trouve du réconfort qu’auprès de sa petite amie. Cette aspirante actrice soumise et sans cervelle (Dada Cheng) trouve au milieu de toute cette corruption humaine une innocence à toute épreuve et finira, lors d’un gag improbable, en doublure de corps pour la vedette Shaw Yin-yin

Résumé de la sorte, le film semble privilégier un humour qui tâche, sans concession. Une approche assumée et poussée à l’extrême d’abord pour défendre, y compris politiquement, la langue du Guangdong, le Cantonnais, qui subit actuellement de nombreuses pressions visant à la faire disparaître des médias de la Chine du sud. Pour un non locuteur, la moitié des subtilités du slang local resteront un mystère mais le message reste clair pour le reste du monde : Vulgaria porte bien très bien son nom.

En s’appuyant sur une histoire authentique, le film s’inscrit malgré son caractère complètement burlesque dans une réalité tangible d’autant plus que plusieurs des vedettes y jouent leurs propres rôles à l’image de Shaw Yin-yin ou de Hiro Hayama, actuellement dans le collimateur de la presse à scandale cantonaise après son « exposition » dans le déjà culte Sex & Zen 3D… Mieux, les relations du producteur avec son ex-femme y sont traitées avec une froideur qui n’a rien de caricatural soulignant que, si les solutions prêtent à rire généreusement, les problèmes du héros demeurent bien réels.

Vulgaria s’est monté avec un scénario à peine écrit et a été tourné en seulement douze jours. Non seulement, il fait preuve d’un cohérence esthétique redoutable mais il propose également une narration magnifiée par un montage audacieux. Faire rire avec des gags aussi dignes  que ceux de John Waters, brosser un portrait au vitriol de l’état de l’industrie locale du cinéma, impliquer un groupe de comédiens de premier plan prenant de véritables risques pour leurs images, dialoguer un tel projet avec la vulgate parlée la plus extrême, n’est pas donné à n’importe quel cinéaste. Résolument, Pang Ho-cheung est peut-être ce qui est arrivé de mieux à Hong Kong depuis Stephen Chow

Thomas Maksymowicz

Vulgaria Premiere at the HKIFF, 2012 march 27th.

Chapman To and Dada Cheng

 

Chapman To and Hiro Hayama

 

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Kamen Writer !!!

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