Radiant, interview Tony Valente

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RADIANT – Le shônen franco-nippon à l’état pur !

RADIANT est souvent regardé comme « le plus japonais des shônen français ». Il faut avouer qu’au feuilletage, il y a comme une odeur de ramen à la viande de Dragnir ! Apparences quasi-trompeuses : RADIANT, c’est du 100% Tony Valente, un auteur punchy qui aime autant dessiner du shônen pur jus qu’en détourner les codes. On l’a rencontré, pour une interview qui ne mâche pas ses mots.

QUE VOULAIS-TU INCLURE DANS RADIANT ?

Tout ce qui m’intéresse ! J’ai le problème d’avoir trop d’idées, j’ai donc cherché un projet qui me permette de raconter tout ce que je voulais. Si une idée me plaît et trouve sa place dans RADIANT, je l’intègre. Au départ RADIANT vient d’une idée développée dans HANA ATTORI (BD qu’il a publiée chez Soleil en 2008-2010 – Ndr). J’avais créé un village avec des handicapés, des étrangers et toutes sortes de parias en lutte contre le pouvoir. Ça m’avait vraiment intéressé, au final plus que mon histoire principale ! J’ai dû mettre HANA ATTORI de côté, et cette idée a donné RADIANT, dans lequel j’ai mis tout ce que j’aimais : de la baston, des pouvoirs magiques, etc. Puis je me suis intéressé à la sorcellerie et à l’inquisition, qui se sont vite imposés car c’était complètement raccord avec les thèmes que je voulais aborder.

POURQUOI AS-TU FAIT DE LA MAGIE UNE FATALITÉ ET NON PAS UN DON, ALORS QUE DEPUIS HARRY POTTER C’EST TROP COOL D’ÊTRE MAGICIEN ?

Je voulais orienter le propos sur le rapport de chacun aux apparences, à la norme et à l’exclusion. Je voulais mettre en scène les réactions des gars sur qui ça tombe : qu’en font-ils, en bien comme en mal ? Si l’histoire avait tourné autour d’un monde où n’importe qui peut se battre à l’aide de pouvoirs, elle aurait dû s’orienter vers la volonté de chacun de dépasser ses propres limites. Ça m’intéresse moins. C’était aussi une manière de prendre de la distance avec ce qui existait déjà, dans ces shônen où tous les personnages puisent dans une énergie intérieure. Du coup, le processus qui amène à devenir magicien est un peu compliqué et sera mieux développé une fois passé le premier tome…

L’UNIVERS EST ASSEZ NOIR ET FATALISTE, AVEC DES CRÉATURES CÉLESTES QUI SORTENT DE NULLE PART ET DÉTRUISENT TOUT, TANDIS QUE SEULS CEUX QUI ONT SURVÉCU À LEUR CONTACT PEUVENT TENTER DE LES CONTRER, TOUT EN RISQUANT DE SE FAIRE MASSACRER PAR LA POPULATION…

Un jour j’ai entendu un scientifique théoriser sur le fait que l’homme était un virus rongeant la Terre et que le cosmos nous envoyait des anticorps : les météorites, dont le nombre à passer proche de notre planète augmente exponentiellement sans que l’on puisse l’expliquer. Ce point de vue m’a intéressé, tout comme l’augmentation du nombre de catastrophes naturelles, qui crée une anxiété chez les gens ; on vit un peu tous avec ça… Cela faisait un bon point de départ pour un univers qui ne soit pas tout rose, où le peuple aurait besoin de boucs émissaires, des gens louches que l’on peut pointer du doigt, priver de liberté et fliquer. Sur le fond, c’est donc assez noir, mais Seth, mon héros, est plein de vie, il veut dépasser son apparente monstruosité. Et sa condition de bourrin aussi, car au début il ne fait pas mieux que les monstres…

AUTRE ENTORSE AUX STÉRÉOTYPES : LA GUILDE EST UNE VASTE FUMISTERIE AU LIEU D’ÊTRE UN SUPER-QG DE SORCIERS. POURQUOI ?

La guilde fonctionne comme une entreprise d’exploitation de tous les sorciers car même si le prix à payer est pour eux exorbitant, ils n’ont nulle part ailleurs où aller. C’est aussi une bonne métaphore du monde de l’édition tel que je le connais suite à une mauvaise expérience chez Soleil. On te dit : « Viens, c’est fabuleux, fais ta BD chez nous, c’est ta passion et en plus on va te payer pour le faire. Et puis tu vas te ruiner la santé pour ma cause. » Tu sais, le chat jaune était un éditeur au début !

ARRÊTONS-NOUS SUR SETH : INCARNE-T-IL TA VISION DU SHÔNEN, COMME NATSU POUR MASHIMA OU LUFFY POUR ODA ?

Seth est celui qui va à l’encontre des idées reçues, il a à cœur de ne pas être traité comme un monstre et de prouver que les « infectés » ne sont pas responsables. J’ai l’impression d’y mettre mon expérience ; mon but c’est de trouver ma place dans le marché du manga, vaste et encombré, avec un shônen qui m’éclate autant que mes lectures ! On ne sait pas trop à quoi tient le succès d’un manga, moi j’essaye de chasser les préjugés au sujet des auteurs de manga français : on est peut-être capable de faire aussi bien, voire différemment que les Japonais. Seth s’attaque à un truc trop mastoc pour lui, avec beaucoup de conviction, il veut le faire bien et aller au bout : c’est aussi ma conviction au sujet de RADIANT ! Avec une folie et des aspirations communes, c’est plus facile d’en faire un personnage vraiment consistant et humain !

LES PERSONNAGES SONT EN TOUS CAS TRÈS NOMBREUX DÈS LE PREMIER TOME. ON SAIT QUE TU LES AIMES TOUS, MAIS COMMENT LES AS-TU TRAVAILLÉS ?

Je commence par les dessiner et trouver leurs caractéristiques physiques, non pas les accessoires mais leurs expressions, car c’est à partir de ça que je vais construire leur personnalité, leur manière de parler, etc. Par exemple, pour Torque le Fauve je suis parti du regard, ambigu, dense et très chargé en émotion, puis j’ai construit son histoire : comment est-il passé à la tête d’un groupe d’inquisiteurs ? Pourquoi apparaît-il si virulent quand il boit du thé ?

TU DISAIS PAS MAL T’INSPIRER DU TRAVAIL D’ASTIER SUR KAAMELOTT…

J’aime qu’un personnage soit léger pour véhiculer des idées. L’humour, c’est vivant, ça permet des dialogues et des relations riches entre les protagonistes. Comme chez Astier, ils m’échappent et vivent leur vie ; Alma a vite pris une plus grande importance que prévu, par exemple. J’ai aussi fait attention à ne pas retomber dans les grandes lignes de FAIRY TAIL, ce qui a été le cas au début, j’ai donc relu les aventures de Natsu et modifié ensuite le projet RADIANT qui du coup est devenu son contre-point par moments : les aventures sont subies plus que recherchées, la magie est dure à générer et quasi incontrôlable, l’humour est souvent ironique, voire cassant…

AS-TU UNE VISIBILITÉ SUR LA FIN DE LA SÉRIE ?

Trois tomes sont prévus à ce jour, si je tiens la route et si le public suit !

Propos recueillis par Antonin Lacomme

Interview publié dans Coyote Mag n°49 (mai-juin 2014)

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