DEUX LASCARS ET UN MICRO

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Interview : 

Emmanuel Klotz et Albert Pereira-Lazaro

Réalisateurs du film Les Lascars

Pensez-vous qu’aujourd’hui, comme aux Etats-Unis, il est impossible de monter en France un film d’animation conséquent sans un parterre de voix connues ?

E.K. : Nous avons découvert pendant le développement du film que le financement était monté en fonction du générique. C’est déjà toujours vrai pour les films en prises de vues réelles et c’est important aujourd’hui dans l’anim’.

A.P.L. : Surtout sur un projet atypique comme Lascars. Les investissements sont très conséquents et les investisseurs cherchent des moyens rationnels de se dire que cela va marcher et de mettre le doigt sur les choses qui sont pour eux synonymes de succès. Jean Dujardin explose avec un film très en vogue comme Brice de Nice et, d’un coup, il devient magique, super, et il est demandé partout alors que deux ans auparavant, il était honni par le monde du cinéma parce que c’était un acteur de télévision… 

E.K. : Pour Lascars, la plupart des comédiens n’ont pas travaillé avec leur cachet habituel. Ils ont tous eu un vrai coup de cœur pour le projet.

Vous les avez tous choisis ?

A.P.L. : Ils furent tous notre choix. Vincent Cassel et Diane Kruger ont été les premiers à nous dire « banco » et il y a eu un effet domino. Les chaînes ont vite signé derrière.

E.K. : Mais ce ne fut pas aussi facile. Le montage financier a été finalement laborieux et il n’était pas encore bouclé quand le projet était déjà bien avancé. Les producteurs espéraient lever plus de fonds qu’à l’arrivée.

A.P.L. : Le budget final est de 7,5 millions d’euros et ça comprend tout : environ 5 millions ont été affectés à la production du film. Le reste a été dépensé en pré-production et surtout en promotion. Le film a été solidement distribué. 5 millions, c’est beaucoup d’argent mais c’est ridicule pour faire un long-métrage d’animation. La moyenne en Europe est davantage autour de 15 millions pour les films familiaux ou pour enfants. Et on ne parle pas des MINIMOYS à plus de 60… Quand tu vends un côté urbain, hip-hop, une connotation « banlieue », cela fait peur aux investisseurs.

E.K. : Je me souviens que le projet plaisait beaucoup aux gens mais personne ne misait dessus. On doit le film à la confiance de certaines personnes, aux comédiens qui ont débloqué le financement, et aux personnes qui sont devenues coproducteurs sur le film. Nous avons bénéficié d’un vrai élan humain. Ce film ne s’est pas monté d’une manière classique.

A.P.L. : On était dans une super bonne vibe. On a bossé pendant six mois sans garantie de voir le projet aboutir. C’est vraiment Roch Lener de Millimages qui a pris le pari de nous laisser développer le scénario et le story-board alors que personne n’en voulait. Nous avons créé des animatics, enregistré des voix témoins, des maquettes exploitables avec les auteurs et des copains.

On peut voir ces animatics sur le Blu-ray, ils communiquent l’essentiel…

E.K. : Comme il fallait montrer quelque chose, nous avons réalisé trente minutes d’animatics dont on a montré dix minutes nécessaires aux premières personnes indispensables : Vincent, Diane et France 2 cinéma.

A.P.L. : Cela donnait l’idée, le ton, l’humour, à quoi cela allait ressembler. Pour l’international, nous avons même enregistré des voix en anglais aux Etats-Unis pour une séquence en couleur d’une minute. Fatlib des Pharcydes a ainsi participé grâce au réseau d’IZM et du producteur Philippe Gompel, sans parler du réseau extrêmement important de Lucien Papalu (compositeur)… C’est intimidant et libérateur de se retrouver dans un studio avec des artistes du Wu Tang Clan ou de De La Soul qui s’enthousiasment sur tes images avant de poser un son dessus…

Certains acteurs ont-ils refusé ?

A.P.L. : Non, le plus gros pari a été Vincent. Mais il avait la double faculté d’être bankable comme on dit, et une légitimité dans la culture hip-hop. Il est dedans depuis qu’il est minot, avec son frère Rockin’Squat du groupe Assassin, et il aime ça. On se posait toutefois des questions sur son registre comique. On ne l’avait pas vu faire ça, à part dans SHEITAN. Une fois qu’on avait trouvé le ton, ça n’a été par la suite que du bonheur et on a découvert que la plupart d’entre eux connaissaient et appréciait la série des LASCARS…

Fut-il indispensable de pré-enregistrer les voix ?

A.P.L. : On n’aurait pas pu procéder autrement. La « touch » LASCARS est faite de véracité, les dialogues reposent sur de la spontanéité, une observation et une performance.

Avez-vous eu du temps pour faire des lectures ?

A.P.L. : Surtout avec Vincent et Diane. Nous avons pris le temps de caler des personnages. On a bossé comme sur un film live.

E.K. : Et nous avons enregistré presque tout au long de la production. Cela a évolué sur quasiment deux ans.

A.P.L. : Ce fut hyper long : lorsqu’on a commencé a enregistré avec lui, il commençait à être en prise de poids pour MESRINE, et lors des dernières séances, il avait fini le film et avait séché, un vrai accordéon (rires).

Certains ont-ils été plus durs à diriger ?

A.P.L. : Diam’s est très instinctive et elle a été une très agréable surprise. Une fois que tu instaures une confiance, comme pour un film, les comédiens sont à l’aise et se lâchent. Quand tu arrives dans un studio, même pour un petit rôle, tu te retrouves devant un micro, tous les regards sont tournés vers toi à attendre la moindre erreur et on te demande d’être génial à la première prise. Même si tu as quelque chose en toi, cela ne va pas sortir.

Avec elle, nous ne lui demandions pas une composition énorme, elle a ce tempérament, cette énergie qui colle super bien à Jenny, la cousine, avec son franc parlé, un peu grande gueule, qui n’hésite pas à mettre son cousin à l’amende.

E.K. : On leur demandait souvent d’être naturel car au début, il modifiait leur voix et en rajoutait beaucoup parce qu’il voyait plus ça comme un cartoon. On leur a tout de suite dit qu’on cherchait exactement l’inverse. Il fallait qu’ils se débarrassent de leurs a priori sur le dessin animé, ou de leur culture en animation souvent incomplète ou tronquée.

La gestion du timing des scènes entrent beaucoup en compte à cette étape. 

E.K. : Pour certaines scènes oui, mais nous voulions les laisser s’exprimer ou improviser en fonction de l’implication dramatique des personnages. Cela tombait bien pour les personnages d’Omar et Fred (Sami et Narbe), qui ont une aventure parallèle avec des situations plus simples. Leur dynamique repose davantage sur deux copains qui se vannent. Ce sont eux, et de loin, qui ont le plus composé avec le texte.

A.P.L. : Hafid Benamar, qui fait la voix de Momo, a également beaucoup improvisé. Mais il y a eu ensuite, sur 18 ou 19 jours, un travail long et minutieux de choix des prises et de montage des voix. Tu te retrouves avec beaucoup de prises et, ce qui est génial, c’est que tu élabores un premier montage « virtuel » du film avec la possibilité de mixer plusieurs prises pour ne garder que la crème de leurs performances. C’est le résultat de ce travail qui fait que le son du film coule, que les dialogues sont au cordeau. Mais c’est du boulot car on n’a pas encore l’habitude de faire ça en France.

Vous êtes-vous autocensurés ?

E.K. : Notre seule limite, c’était nous mêmes, nos goûts et ceux des auteurs.

A.P.L. : Le film est tout public et cela nous a beaucoup surpris. On s’attendait à un petit avertissement à destination des parents pour leur indiquer que ce n’est pas pour les tout-petits.

On a travaillé en gardant un peu à l’esprit que le film serait globalement compris par les enfants même s’ils ne saisissent pas toutes les allusions, et on le recommandait à partir de dix ans. Mais c’est aussi l’avantage de faire un film qui ne coûte pas trop cher. On savait qu’on n’aurait pas trop à se soucier de cet aspect et qu’on ne nous imposerait pas de quotas ou de « gentil animal »

Votre mise en scène est très réaliste. Si l’idée était de faire des plans réalisables en réel, était-ce une règle stricte ?

E.K. : C’était plus une manière d’aborder intellectuellement la mise en scène. C’est aussi notre style.

A.P.L. : On ne raisonne pas en termes d’animation. On pense à faire un film et on va chercher le moyen le plus efficace pour raconter notre histoire ou faire passer l’émotion recherchée. Cela peut être un truc simple : comme un slide à la japonaise lorsque, par exemple, Momo arrive. Car c’est ce qui correspond la mieux à sa personnalité et l’effet comique est cohérent. Cela peut aussi être des plans hyper complexes. Mais rien ne m’agace plus que la gratuité de ces caméras 3D qui se baladent sans aucun sens dans un décor, juste pour montrer qu’on peut faire ce genre de mouvement. Je pense plutôt que tout doit servir la narration.

E.K. : Le dosage de la mise en scène a demandé beaucoup de boulot, justement parce que les techniques et les styles sont parfois très différents dans le film. Ce fut une vraie prise de tête pour placer les bonnes choses au bon endroit, mettre de la poudre aux yeux quand il le fallait ou encore économiser sur telle scène et pas telle autre là où, souvent, la comédie se suffit à elle-même. Tout comme valoriser tel aspect visuel à tel endroit pour que globalement, les gens se rendent compte le moins possible des contraintes budgétaires qu’on a eu…

Par exemple, malgré l’approche réaliste du découpage, tu vois très rarement des personnages se déplacer cadrés en pieds car animer des pieds au sol, c’est plus long et plus cher. On prenait toujours en compte le travail de notre pote Thomas Digard, directeur de l’animation, pour lui faciliter la tâche. Et personnellement, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un long-métrage avec pratiquement aucun déplacement en plan large. On a dû découper la 2D de façon maline pour que cela ne se remarque pas… mais ce souci d’économie a été assez extrême.

APL : Cela fait bientôt dix ans que nous travaillons avec nos producteurs et Thomas Digard. On se connaît tous très bien et on a toujours eu le souci de suivre à fond toute la chaîne de production. Nous sommes préparés pour tirer le maximum du budget qui nous est proposé et c’est pour ça que le film paraît « plus cher » qu’il ne l’est.

Le style d’animation semble suivre la même logique, peut-on déterminer une moyenne d’images par seconde ?

APL : Pas vraiment, il y a beaucoup de techniques mises en œuvre.

EK : Il n’y avait pas d’intervallistes dans le studio de Thomas. Les animateurs les faisaient eux-mêmes au besoin. Je me trompe, Albert ?

APL : Ils ont dû en employer parfois mais l’important est que les animateurs assistaient eux-mêmes leurs plans. Ils travaillaient sur un résultat déjà cleané, ils faisaient leurs intervalles quand il y en avait. Il faut ajouter que chaque personnage avait une technique d’animation bien à lui. Clémence, par exemple, était plutôt très fluide, avec beaucoup d’intervalles et une animation quasi pleine même si elle n’a pas ce coté « acting » très poussé des personnages de Disney. Pour la teuf chez les policiers en revanche, l’animation est hyper limitée, cela collait bien à la perception de Tony à ce moment-là. Tout devient un peu stroboscopique et cela provoquait un effet très amusant. C’était la configuration parfaite pour une scène à l’économie, car la technique adoptée servait très bien la narration.

Le choix du studio ukrainien s’est fait tout seul ?

APL : Complètement. Nous avions déjà fait le court-métrage pour le spectacle d’Arthur avec eux, puis la série Corneil & Bernie.

EK : Il n’était même pas envisageable de le faire avec d’autres au regard du budget et des délais. La communication était déjà en place et c’est avec eux qu’on sait faire des choses bien et moins chères. Thomas les a formés depuis quelques années et ils ont un niveau exceptionnel pour un studio étranger.

Le design particulier des lascars n’a pas été un frein à la production de l’animation ?

APL : Ils avaient déjà fait la saison deux et avaient donc plusieurs personnages bien en main. Le passage au film a été davantage un upgrade avec plus de moyens, le tout dans un temps extrêmement court. Beaucoup de français sont d’ailleurs partis là-bas pour se former. La production du film était une vraie opportunité pour des jeunes tout juste sortis de l’école. Ça leur a fait un bon CV, ils sont revenus en France et maintenant tout va bien pour eux (rires).

Parlez-nous des décors… Ils semblent avoir été réalisés très efficacement, avec une méthode qui privilégie les textures informatiques …

APL : La méthode mise au point par Patrice Chaume, le chef décorateur, lui a permis de réaliser tout seul 70% des décors du film, ce qui est absolument dingue. Il a eu droit à un back up d’un décorateur pendant six mois et dans l’équipe de Kiev, ils étaient quatre. Il y a en effet la méthode et surtout la qualité de l’équipe. Ils sont bons et très rapides, ce sont des mutants avec une capacité de travail disproportionnée ! Vous savez, il n’y a pas de miracle ou de mystère, si le film a été bouclé dans ce budget-là, c’est aussi parce que les gens n’ont pas compté leurs heures et leur énergie.

D’autant plus qu’il s’agit d’un film et non d’une série, avec une masse d’information à l’écran bien plus importante. 

APL : La HD rend bien compte de ce travail. Il y a des détails partout, des clins d’œil dans pleins de recoins que chaque membre a réussi à placer, comme Gizmo des Gremlins dans la boutique des chinois au début. Cela témoigne aussi du plaisir que les gens ont pris.

Vous avez tergiversé sur le choix du format ?

APL : Non, nous avons naturellement adopté le 1:85. Avec le scope, tu entres dans des contraintes supplémentaires de découpage. Ce n’est pas non plus un western moderne (rires). Le format standard nous convenait parfaitement et il était déjà bien assez compliqué.

Les compositeurs ont commencé à travailler à quelle étape ?

APL : Dès que les animatics étaient définitivement fixés, ils partaient simultanément à la production de l’animation et chez les compositeurs : Lucien Papalu, le directeur musical, et Nicolas Varley qui s’occupait de l’orchestration. Ils nous faisaient assez vite des propositions mais trouver le bon équilibre a été assez laborieux. Nous avons opté au départ pour beaucoup de musiques orchestrales. C’était très beau mais on s’est rendu compte qu’il y en avait trop et qu’il fallait garder un peu plus de sécheresse pour correspondre davantage à l’esprit hip hop des Lascars. Il a fallu réaménager pas mal de séquences.

EK : La musique a joué un énorme rôle dans la recherche de l’équilibre général du film. C’était comme faire de la dentelle. Tu bouges un élément et tout le mur se casse la gueule derrière. Il fallait jongler avec la mise en scène, le design et un élément très difficile qui est la comédie. La musique a servi un peu d’arbitre car les animatics étaient a priori réglés mais la musique pouvait encore faire bouger les choses, surtout en terme de ton. Des scènes comiques sont devenues plus dramatiques et vice versa. C’est vraiment du tricot, il n’y a rien qui finalement est le fruit du hasard. Il a fallu beaucoup de temps et de tâtonnements pour trouver la bonne formule.

On a l’impression que l’habillage musical est présent sur toute la durée du film…

APL : Même s’il y a beaucoup de thèmes récurrents, on doit être autour de 55 mn, seulement une demi-heure sans musique. C’est très présent, surtout avec du hip hop qui peut être très lancinant et qui reste en tête, un peu comme une musique de Mozart : le silence après du Papalu c’est encore du Papalu (Rire).

Qui est l’auteur du texte du générique ? 

APL : Lucien Papalu et De La Soul pour la partie en anglais. Il a enregistré sa maquette à Paris avec toute sa musique. De La Soul a posé son flow à New York. On  récupérait les éléments en télétravail comme avec le studio ukrainien. Quand tu connais bien les gens, il n’y a pas de problème de réactivité. Cela fait partie des choses qui ont été hyper fluides, nous n’avions plus qu’à mixer, ce fut un vrai plaisir.

La sélection de Lascars à la semaine de la critique a été poussée ou c’est tomber tout seul ?

APL : L’expérience de Persépolis nous a motivés. On s’est dit : « pourquoi pas nous ? » et on l’a présenté à Cannes…

C’est étonnant qu’il s’est retrouvé à la semaine de la critique, c’est moins leur ligne éditoriale que celle de la quinzaine des réalisateurs par exemple. 

APL : C’était d’autant plus flatteur pour nous car ce sont des programmations exigeantes. Des mecs comme Tarantino sont passés par cette case. C’était la classe pour nous et un joli coup de pub pour eux. Tout le monde était content, c’était un acte gagnant-gagnant (rire).

Le film a fini à combien en salles ?

APL : Environ 600 000 entrées, sur 250 copies au départ et c’est monté à 300 la deuxième semaine. Nous étions premiers pour le taux de remplissage sur la région parisienne mais nous avons manqué de communication en Province. C’est la rançon d’un budget réduit.

C’est la télévision qui concentre aujourd’hui le gros d’une promotion efficace. 

APL : Nous avons eu pas mal de presse, Les enfants de la télé, tous les JT, Canal +… Après, tu es limité parce que c’est un film d’animation. Même quand tu as Vincent Cassel ou Omar et Fred qui se déplacent pour la promo. Beaucoup de gens en France ne réagissent pas à l’animation.

Vous bossez sur quoi actuellement ? 

APL : On est encore dans l’après Lascars. Mais nous avons plusieurs projets en écritures. Aussi bien de l’animation que des propositions pour du Live. C’est flatteur.

Vous êtes a priori capables de faire les deux, c’est plutôt une chance et c’est rare. Vous serez peut-être les Mamoru Oshii français !

APL : Manu en a vachement envie

EK : C’est vrai ! (rires).

APL : Nous n’avons pas non plus envie de lâcher ce qu’on sait faire en animation. Quand tu vois un film comme Spiderman, tu es à la limite de live et du cinéma d’animation. Il y a tout un cinéma populaire qui nous fait triper mais ce sont des budgets très importants qui impliquent obligatoirement des contraintes éditoriales. Le plus dur est de trouver l’équilibre entre avoir les moyens de faire des choses sympas et ne pas compromettre ce que tu as envie de faire. Mais nous avons bon espoir de faire ce cinéma-là en France. Les choses changent petit à petit et il y a déjà de plus en plus de gens comme nous pour pousser dans ce sens. Cela nous ramène à toutes ces séries écrites par des geeks dans le monde, des choses impensables il y a quinze ans. Ce n’est pas juste un phénomène de mode, c’est générationnel : l’idée de faire des choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

Propos recueillis en septembre 2009 par Thomas Maksymovicz.  `

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